Interview de Désiree Akhavan Cannes 2015

Publié le 14 Mai 2015

Interview de Désiree Akhavan Cannes 2015

Desiree Akhavan, réalisatrice (Appropriate Behavior) et comédienne (Girls), est la présidente de la 5ème édition de la Queer Palm. Comment compte t-elle présider ce jury 100% féminin? Quel est son regard sur le ciné et les séries queer ? Rencontre.

c'est la première fois que le jury est intégralement féminin...

C'est important. Aussi parce que le cinéma queer est généralement plutôt dominé par les hommes. Les gays ont un monopole sur cette industrie cinématographique. Les films lesbiens sont généralement plus difficiles à monter et les distributeurs en sont conscients. Avoir un jury intégralement féminin pour cette Queer Palm, c'est excitant. Ceci étant dit, je suis sûrement la plus gay de tout ce jury ! (Rires)

En tant que jury queer, par quel biais allez-vous juger les films présentés ?

C'est justement une discussion que je veux avoir avec le jury. Est-ce l'auteur ? Le scénario ? Les messages ? Ce sont des facteurs que l'on doit prendre, ou pas, en compte. Mais je suis aussi curieuse de voir Amy (Ndlr : le documentaire sur la chanteuse Amy Winehouse). Ce n'est pas à proprement un film queer mais Amy est bien une icône de cette communauté. Donc c'est vraiment une question à laquelle nous devrons répondre en équipe. Si un réalisateur est gay, toute son oeuvre est-elle à voir sous cet angle ? Ainsi, Mommy serait-il un film queer ?

Que pensez-vous justement des films précédemment couronnés à la Queer Palm ? Y en a-t-il un que vous préférez ?

Je ne pense pas les avoir tous vus mais L'Inconnu du Lac probablement (ndlr : le film d'Alain Guiraudie a été sacré en 2013). Il représente aussi tout ce que la question queer englobe et ne ressemble à rien de ce qu'on a pu voir auparavant. Et c'est très précisément le cinéma auquel je suis sensible. Sans forcément tomber dans l'avant garde ou le délire, si je m'aperçois qu'un film traite quelque chose que j'ai déjà vu auparavant, je décroche. Je ne suis plus investie de la même manière. Et c'est aussi ce que j'aime plus généralement à propos du Festival de Cannes. La sélection prend des risques, regarde ailleurs.

Vous êtes apparue dans l'excellente saison 4 de "Girls"...

Elle était vraiment bien en effet, et je le dis d'autant plus facilement que je ne suis pas responsable de son écriture ! (Rires) Et même si je n'y fais qu'une petite apparition, j'étais très excitée. Lorsque j'ai regardé cette saison dans sa totalité, j'étais très heureuse des choix retenus, et pas seulement ceux liés à la révélation de l'homosexualité du père d'Hannah.

Pour vous, "Girls" est donc une série queer...

Techniquement, avec le personnage queer, on pourrait simplement répondre oui. Personnellement, je m'intéresse davantage au fait qu'il y ait une voix queer au coeur du projet et que cette voix soit vraiment infusée dans le projet. Looking est, de manière plus évidente, un queer show. Comme Transparent ou Orange is the New Black. Des séries comme Gossip Girl ou Sex & the City relèvent plus du faux cliché, de l'idée qu'on se fait d'un personnage gay.

Le succès d'une série comme "Transparent" justement peut changer quelque chose, dans la production ou la perception ?

Je l'espère de tout coeur. J'y réfléchis souvent, notamment parce que j'assiste à des réunions où on me dit régulièrement "Il y a déjà Transparent sur cette thématique." Il est dommage de ne pas faire quelque chose parce que telle ou telle chose existe déjà. Personne n'a envie de copier Transparent. Mais je ressens cette hésitation à produire des projets queer. Et j'en ai proposé bien avant, à Los Angeles ou ailleurs. Il y a encore une résistance. Mais dans 5 ans nous verrons une vraie différence. Actuellement j'ai davantage l'impression qu'une chaîne en peut se permettre qu'une seule série "gay". Netflix avec Orange, Amazon avec Transparent, HBO avec Looking...

Avez-vous un projet en tant que réalisatrice actuellement ?

Mon producteur et moi-même développons l'adaptation d'un roman en ce moment. Et nous écrivons également un pilote de série que l'on pourrait produire en Angleterre. J'ai d'ailleurs déménagé là-bas. Pour l'instant, son titre provisoire est "Switch Hitter", c'est une comédie amoureuse bisexuelle. Mais personne n'aime ce titre ! (Rires) Nous verrons bien...

Propos recueillis par Brigitte Baronnet et Thomas Destouches à Cannes le 13 mai 2015. Toute l'inteview par ici

source allociné

Rédigé par Michael

Publié dans #cannes 2015

Commenter cet article