Xavier Dolan en 5 films

Publié le 25 Août 2015

Xavier Dolan en 5 films

Comment Dolan est devenu grand

 

 

Xavier Dolan a débarqué avec fracas dans le cinéma en 2009 avec J'ai tué ma mère, une déclaration d'amour-haine à sa génitrice à la fougue toute adolescente, sélectionnée à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes et d'autant plus remarquée qu'elle était l'oeuvre d'un gamin de 20 ans. (Seulement) cinq ans plus tard, le cinéaste québécois est incontournable sur la Croisette, a remporté le prix du Jury lors de la dernière édition du Festival (ex-aequo avec Jean-Luc Godard) en parlant encore de maman (Mommy), et fait la couverture de Première.

 

À l'occasion de la diffusion de Mommy ce soir sur Canal+, petite analyse du chemin parcouru à travers sa filmo.

Canal+ créé l'événement ce soir en diffusant Mommy, le cinquième et dernier long-métrage en date du prodige québécois Xavier Dolan, un des événements cinématographiques de l'année 2014. Présenté en fanfare en compétition à Cannes, le film fut l'une des claques du festival, au point d'apparaître comme l'un des favoris légitimes à la Palme et aux récompenses principales. Le film décrocha finalement le prix du Jury à égalité (symbolique) avec Jean-Luc Godard et son Adieu au langage.

Du moment de sa présentation cannoise à sa sortie en salles en France, Première n'a cessé de faire partie de ceux qui ont vu dansMommy l'oeuvre de la maturité de la part de Xavier Dolan. Au moment de la sortie en salles du film , voici ce que Première écrivait au sujet de Mommy : "Diane (Anne Dorval), veuve à la dérive, doit composer avec son fils Steve (Antoine-Olivier Pilon) dont elle ne parvient plus à gérer les accès de violence. Lorsqu’une énigmatique voisine (Suzanne Clément) s’immisce dans leur vie, la mère et l’adolescent retrouvent une apparente forme d’équilibre.

Au dernier Festival de Cannes, Mommy a provoqué une hystérie collective, débouchant sur des déclarations excessives ("La Palme, sinon rien") et sur une envie de chanter du Céline Dion jusqu’à l’aube. Quelques mois après cette euphorie, l’évidence se confirme :Xavier Dolan a bel et bien réalisé un film monumental qui fait écho à son modeste premier long (J’ai tué ma mère, 2009).

Affranchi des poses, mû par une véritable générosité, le cinéaste fait se croiser les destins de trois personnages brisés qui, en dépit de leurs différences, partagent un même malaise. Ensemble, ils se (dé)battent, tombent, s’aiment. Toute la force de Mommy réside dans le regard empathique que Dolan porte sur ses protagonistes, comme en témoigne cette scène d’anthologie au cours de laquelle Steve élargit littéralement le cadre pour s’en extraire. Le réalisateur offre ainsi à ses trois formidables comédiens l’occasion d’exceller dans des séquences d’une intense musicalité et d’une grande acuité psychologique.

S’il fallait citer une référence pour évoquer une telle richesse, une telle maturité, ce serait non pas un film mais une série comme Six Feet Under, qui parlait de la mort pour mieux célébrer la vie et qui, dans son épilogue sublime, nous terrassait totalement. Figurez-vous que, sans prévenir, le temps d’un fantasme, Xavier Dolan, du haut de ses 25 ans, réussit à produire la même puissance émotionnelle, faisant appel à l’expérience et aux rêves de chacun. On sort de la salle en lambeaux mais contents, convaincus que si la mélancolie est un doux mélange de joie et de tristesse, alors oui, Mommy rend heureux".

Porté par un accueil critique très largement enthousiaste, Mommy est devenu le plus gros succès en salles de Dolan, son premier film à passer la barre du million d'entrées (1,2 million au total), et lui valut par ailleurs le César du meilleur film étranger il y a quelques mois. Il devint par ailleurs le ticket d'entrée vers le cinéma hollywoodien pour son réalisateur (bien que le film ait manqué de peu d'être nommé à l'Oscar du meilleur film étranger) qui devrait prochainement réaliser The Death and Life of John F. Donovan avec Kit Harington,Jessica Chastain et Susan Sarandon. Mommy s'est imposé comme le film de la consécration d'un cinéaste que tout le monde savait déjà très doué, mais qui a certainement offert avec Mommy son œuvre la plus aboutie jusqu'ici, et donc à redécouvrir à tout prix grâce à sa diffusion ce soir sur les antennes de Canal+.

 

L'histoire de Mommy : Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Xavier Dolan en 5 films

J'ai tué ma mère (2009)

D’abord acteur, Dolan devient réalisateur avec ce mélo vaguement autobiographique qui explore la relation d’amour/haine entre un ado rebelle (joué par Dolan) et sa mère. Entre sauvagerie, comédie vacharde et bouffées narcissiques, Dolan plonge dans l’intimité disloquée de ce couple dysfonctionnel à travers un récit heurté qui semble s’inventer au gré des coups de tête du duo. Fascinant, irritant, bordélique et maladroit comme un premier film qui voudrait tout prouver, ponctué de drippings lyriques et de chansons pop phénoménales, le film (brouillon de Mommy) va à la Quinzaine des réalisateurs et attire l’attention sur ce jeune Québécois de 20 piges.

Xavier Dolan en 5 films

Les Amours imaginaires (2010)

Deuxième long, et l’ambition monte d’un cran. Autoproclamé film générationnel, ces Amours... racontent les relations fantasmées entre un jeune gay (encore Dolan), Marie, sa meilleure amie hétéro, et Nicolas, un séducteur dont les deux premiers vont tomber amoureux. Dolan multiplie les citations appuyées, étale son audace plastique et son énergie clippesque et torturée dans tous les plans. Si le glacis de la stylisation Nouvelle Vague ne masque pas toujours le côté conventionnel de son cinoche de vignettes, lui s’impose comme une promesse prête à exploser.

Xavier Dolan en 5 films

Laurence Anyways (2012)

Le grand saut. Troisième volet de sa « trilogie sur l’amour impossible », Laurence... compile les grands thèmes des premiers films du cinéaste en réussissant cette fois à tout canaliser. À tout concrétiser. En suivant le parcours d’un homme qui devient femme, Dolan signe une fresque passionnelle, une épopée existentielle. Le vernis glam craque et permet au cinéaste d’accéder à des hauteurs mélancoliques. D’où son incompréhension d’être privé de compète officielle à Cannes et de rester dans la section Un certain regard.

Xavier Dolan en 5 films

Tom à la ferme (2013)

Pour refuser les étiquettes et brouiller les pistes, Dolan bricole ce thriller hitchockien « lo-fi » contre tout ce qu’il a fait jusqu’alors. Premier film de genre, première adaptation, première œuvre sans chansons (ou presque), première délocalisation à la campagne, Tom à la ferme troque le lyrisme pop pour un naturalisme rugueux puis sombre dans le thriller fantastique. Même s'il est un peu décevant, les vraies questions de ce Tom sont passionnantes : comment transfigurer son récit ou sa personnalité ? Comment passer à autre chose en restant le même ? Réponse avec...

Xavier Dolan en 5 films

Mommy (2014)

Ça y est. Revenant au thème de son premier film (une relation mère-fils agitée), Dolan devient le grand réalisateur qu’on attendait, un virtuose qui réussit à transcrire en langage ciné les recoins les plus complexes de sa sensibilité. Musique, maîtrise des effets (ouverture du cadre, les flash-forward de sa vie fantasmée), direction d’acteurs : tout est d’une puissance écrasante, sublime. Mais Mommy est surtout le film où le cinéaste réalise enfin pleinement sa vision, un geste de cinéma qui ouvre grands les bras (et le cadre). A star is born.

Rédigé par Michael

Publié dans #programmes télé gay, #Xavier Dolan

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