Documentaire lesbien : Small talk

Publié le 28 Mars 2017

 

Une réalisatrice de Taïwan narre ses relations tumultueuses avec sa mère lesbienne

Son documentaire "Small talk" a remporté le mois dernier le Teddy Award décerné par le festival interational du film de Berlin, qui récompense des films portant sur la thématique LGBT.

C'est le point culminant de 20 années passées à filmer ses difficiles relations avec sa mère. Le film, qui sort dans les salles en avril, débarque à Taïwan alors que le Parlement s'apprête à voter en dernière lecture une loi sur la légalisation du mariage entre personnes du même sexe.

Parallèlement, la Cour constitutionnelle examine des recours cruciaux, qui, s'ils sont acceptés, pourraient aussi faire de l'île le premier territoire asiatique à autoriser le mariage gay.

Mais il y a 30 ans, quand Mme Huang était enfant, l'homosexualité était beaucoup moins bien acceptée. Elle se rappelle comme si c'était hier comment, à l'âge de 11 ans, elle avait entendu deux membres âgés de la famille décrire sa mère comme une anormale, une "tongzhi", le terme chinois pour une personne gay.

Jusqu'alors, Mme Huang, qui a aujourd'hui 39 ans, ne s'était pas posé de questions sur les relations de sa mère avec les autres femmes. "Mes impressions quand j'étais petite, c'est qu'elle était toujours entourée d'amies. Qu'elle aimait les filles et était amie avec elles", dit-elle. "Cette phrase a semé le doute dans mon esprit. Pourquoi est-ce anormal?".

La cinéaste raconte qu'elle se sentait comme une étrangère à cause de sa famille non conventionnelle. Dès l'âge de six ans, elle travaillait pour sa mère, tout comme sa soeur, et l'aidait à remplir ses fonctions de prêtresse taoïste.

Avec son documentaire, Huang Hui-chen veut aider les jeunes générations qui se sentent isolées et sous-estimées. "Les enfants qui ne vont pas à l'école, les gens qui 'guident les morts', une fille avec une mère 'tongzhi', tous ceux là valent plus que l'étiquette que leur colle la société", dit-elle.

Sa mère Hung Yue-nu, surnommée Anu, n'a jamais tenté de cacher sa sexualité après sa séparation avec son père. Elle n'a eu ensuite de relations qu'avec des femmes. Mais elle n'en a jamais parlé non plus avec sa fille, qui dit de sa mère qu'elle était distante.

Portrait courageux

"En surface, nos relations étaient paisibles mais des courants violents faisaient rage en profondeur". Elle a commencé à s'intéresser au cinéma à l'âge de 20 ans quand un réalisateur est venue la filmer dans le cadre d'un projet sur les rituels funéraires. Elle a ensuite pris des cours gratuits de cinéma et a commencé à explorer les relations avec sa mère.

"J'ai appris une autre façon d'observer le monde". Le jury de Berlin a qualifié son documentaire de "portrait courageux", qui fait parler sa mère, ses anciennes petites amies et les membres de sa famille.

Anu s'est vue à l'écran pour la première fois lors de la première mondiale du film à Taipei, en vue des Golden Horse Awards de Taïwan de 2016, où il avait été nommé dans la catégorie meilleur documentaire. "Elle était assise à côté de moi et je voyais qu'elle retenait ses larmes", dit Mme Huang.

Devenue mère d'une petite fille de cinq ans, Mme Huang dit que la communication avec sa mère reste difficile. "Ce documentaire, c'était pour mieux comprendre ma mère mais aussi pour qu'elle me comprenne mieux".

Elle espère aussi qu'il favorisera le débat sur les droits des homosexuels, l'éducation et les parents célibataires. Mais Anu ne semble pas s'intéresser plus que ça aux débats en cours sur le mariage gay, dit sa fille.

(Source AFP)

Rédigé par Michael

Publié dans #Documentaire, #lesbien

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