« Hard Paint », chef d’œuvre du cinéma queer venu du Brésil

Publié le 14 Mai 2019

Sacré meilleur film aux Teddy Awards de Berlin en 2018, « Hard Paint », du duo brésilien Filipe Matzembacher et Marcio Reolon sort enfin en salles en France. À ne pas manquer !

Komitid vous avait déjà prévenu, Hard Paint, nouveau film du duo brésilien Filipe Matzembacher et Marcio Reolon (Beira Mar, The Nest), récompensé aux Teddy Awards berlinois en 2018, est un chef d’œuvre. Film sublime, simple et direct, Hard Paint est une explosion de couleurs et de musiques transcendée par une réelle vision politique de la violence subie par les minorités. Voici quelques bonnes raisons de vous précipiter en salles le 15 mai !

Un film sensible et politique

Solitaire, fuyant le lien social, Pedro trouve son salut sous le pseudo de « Garçon Néon » sur un site de chat via webcam. Là, il s’exhibe à la vue des internautes-clients magnifiant son corps et ses mouvements par des peintures fluorescentes et des effets de lumière. Sa rencontre avec un camboy rival, Léo, un danseur qui lui aurait piqué son concept de jeux de peinture, va ouvrir en lui un nouveau champ des possibles. À travers le parcours de Pedro et de Léo, c’est toute la violence de la société brésilienne contre les minorités qui est donnée à ressentir plus qu’à comprendre. Le travail des deux réalisateurs sur les corps, physiques et sociaux, sur la dureté de l’environnement, de la ville (celle de Porto Allegre au sud du Brésil, une ville qu’on quitte) rappellent les grandes heures du « new queer cinema ». Ce travail dessine les contours d’un cinéma brésilien affirmé, politique qui avait vu venir la radicalisation politique en place quelques mois après le tournage du film. Un geste de cinéma brut et politique.

Une recherche esthétique cinéphile

Si le film développe sa propre esthétique des lieux (intérieurs dépouillés aux couleurs passées que sauvent les jeux de peinture et de lumière noire, rues d’une ville en pleine crise sociale, lieux de fête idéalisés comme des îlots de liberté), les cadres, les palettes de couleurs et les atmosphères rappellent de nombreux maîtres du cinéma queer. On peut penser à Derek Jarman, à Rainer Fassbinder ou même à Xavier Dolan. Les deux jeunes cinéastes, que Komitid a interviewés, revendiquent une vraie cinéphilie et de nombreuses influences européennes et développent un univers personnel qui n’a pas peur de montrer les corps, le sexe, et sa possible marchandisation comme les rares échappatoires face à une société violente et en déliquescence. La violence de cette société est elle aussi présente à chaque instant que ce soit lors du parcours judiciaire de Pedro, ou lors de confrontations inattendues au détour d’une soirée ou d’un flashback de quelques secondes. Mais l’autre personnage principal du film, c’est la musique. La bande-son qui alterne groupes électro indé brésiliens et titres plus internationaux est un vrai bijou, à découvrir sur Spotify.

Ces choix musicaux précis collent à la perfection aux ambiances, au propos et ajoutent à la singularité de la mise en scène qui fait la force incontestable du film. À titre d’exemple, le dernier plan du film, sans autre son que le sublime titre d’Anohni, Drone Bomb Me, est l’un des gestes de cinéma les plus purs, les plus beaux, les plus simples et signifiants qu’on ait vu depuis longtemps.

Par  pour Komitid

Rédigé par Michael

Publié dans #sorties cinéma, #cinéma gay

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