Pourquoi Euphoria est une série taillée pour la jeunesse queer

Publié le 11 Juillet 2019

 

Violence, machisme et défonce… Euphoria dresse le portrait féroce d’une jeunesse américaine qui va mal. Pourtant, au-delà de cet océan de tristesse, le teen drama de HBO propose une représentation nouvelle de la fluidité sexuelle et de la transidentité.

C’est la nouvelle série choc de HBO. A mi-chemin entre Skins et 13 reasons Why, Euphoria raconte l’histoire d’une jeunesse américaine qui va mal. Très mal. Drogue, anxiété, harcèlement, binge drinking, revenge porn… Ce teen drama produit par le rappeur Drake, adapté d’une série israélienne, décrit une génération Z dont les « tendres années » frisent le cauchemar. 

Rue a 17 ans et elle sort à peine de cure de désintoxication. Jules est une jeune fille trans récemment arrivée en ville. Entre elles vont naître des liens très forts. Il y a aussi Nate, un sportif dont les problèmes de gestion de la colère cachent difficilement des troubles sexuels plus profonds, sa petite copine Maddy ou encore Kat, qui explore sa sexualité tout en tentant de faire face à la grossophobie dont elle est victime…

Ce petit monde boit, baise, s’embrouille et se défonce jusqu’à saturation. Certes, la série agace souvent par sa recherche insatiable de polémiques, son esthétique clipesque qui romantise des trajectoires hardcore ou sa fierté potache à exhiber un nombre de bites record à la télévision américaine… Mais il faut bien cela pour séduire une jeunesse accro à Tumblr et Instagram.

Un casting malin et respectueux

Car c’est tout l’enjeu. Avec Euphoria, HBO entend draguer un public ado plus prompt à consommer des vidéos sur YouTube ou à binger en deux nuits une saison entière de série Netflix qu’à regarder des programmes en linéaire. Alors pour aguicher les 15-18 ans, le showrunner Sam Levinson (Assassination Nation) a choisi de s’entourer d’un cast malin.

À commencer par Zendaya, l’ex-Disney girl, en ce moment à l’affiche de Spider-Man: Far From Home, qui campe ici Rue, ramène avec elle ses 58 millions de fans sur Instagram et ses 15 millions de followers sur Twitter. L’actrice de 22 ans est parfaite en ado-weirdo-toxico. Un rôle anti-glamour où son personnage passe les premiers épisodes à vomir, faire une overdose ou assis sur une cuvette à pisser à la chaîne sur des drug tests sous le regard réprobateur de sa mère.

Jusqu’ici Hunter Schafer, était connue pour son statut d’égérie pour Marc Jacobs, Dior ou Miu Liu. Si elle débute en tant qu’actrice, c’est pourtant elle la révélation du show. Dans ce rôle de jeune fille trans’ (Schafer est elle-même trans’), elle crève l’écran. 

Après Orange Is The New Black, Pose et même Designated Survivor (la série de Netflix où l’actrice Jamie Clayton joue la belle soeur trans d’un président des Etats-Unis joué par Kiefer Sutherland) les rôles de personnages transgenres joués par des personnes elles-mêmes trans sont en passe de devenir la norme en série, là où le cinéma est toujours aussi rétif au respect de leur juste représentation (GirlThe Danish GirlDallas Buyers Club…) L’episode 4 explore notamment l’enfance de ce personnage complexe et le traitement psychiatrique terrible qui lui a été infligé en raison de sa dysphorie de genre.

L’acteur australien Jacob Elardi est la caution beaugossitude de la série. Il incarne l’archétype de l’athlète de l’école étouffant sous le poids démesuré des ambitions de son père et du machisme ambiant.

Ajoutez à cela la présence de Eric Dane, l’ex-« Docteur Glamour » de la série Grey’s Anatomy qui incarne ici un père de famille doublé d’un prédateur sexuel. Sa performance dans une scène de sexe, taillée pour la controverse, n’a pas manqué d’attirer l’attention des médias sur la série. 

Ouvrir le champ des désirs

Mais au delà du mal-être, des scènes chocs et des dialogues crus, la série laisse entrevoir des instants lumineux aussi fugaces qu’intenses. [ATTENTION SPOILERS:] Comme l’amour/amitié qui nait entre Rue et Jules, dessinant un possible au-delà des frontières des sexualités et du genre.

Homo ou hétéro, cis ou trans, ces labels ne semblent plus avoir de pertinence pour cette génération. Quand ils cessent de la subir, ces ados ne se définissent plus en fonction de leur sexualité : une fille cisgenre est attirée par une fille trans, qui elle semble préférer les garçons ; un garçon cis, au premier abord hétéro, dialogue avec une fille trans via une appli gay… Le champ des désirs semble totalement ouvert sans que les personnages n’éprouvent le besoin de les nommer. Ce rejet des étiquettes, très fort chez la jeunesse américaine comme le prouve une récente étude, la série réussit à le cerner, avec brio. 

Tout comme l’obsession pour les smartphones. Applis de rencontre, textos, sextos, »dick pics », sexcam… La fiction (inspirée par une histoire vraie) souligne au stabilo l’importance démesurée prise par les téléphones mobiles dans nos vies et dépeint, non sans malice, une sexualité désormais inextricablement liée au monde digital. Mais ce n’est pas ce qu’Euphoria décrit le mieux.

Envie de choquer

Dans le troisième épisode 3, à travers une engueulade où Rue reproche à Jules de se mettre en danger en voulant rejoindre de nuit un garçon avec qui elle dialogue via une appli, l’histoire permet une discussion autour de la notion de privilège, « C’est la différence entre toi et moi. Je n’ai pas le privilège de rencontrer les gens en public », lui répond Jules. Cette scène essentielle oblige le public à voir en face les risques auxquels une jeune fille trans doit parfois s’exposer pour espérer avoir une vie amoureuse dans une société transphobe.

Même si l’horizon de la série ne semble pouvoir que s’assombrir, on aimerait voir Euphoria proposer une juste représentation des sexualités queer. Une représentation dépassant l’envie de choquer et résistant avec la même force à l’ellipse et l’envie de faire pudiquement panoter la caméra sur une fenêtre comme dans Call Me By Your Name. Malgré sa noirceur, cette première saison porte en elle assez de place pour imposer une sexualité positive pour ses deux personnages féminins principaux. Et les spectateurs

Source têtu

Rédigé par Michael

Publié dans #séries gay, #Netflix, #Trans&transgenre

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Commenter cet article

kirjava 12/07/2019 11:24

On reste enclin à penser en visionnant cette série, que le degré de caution moraliste entre en ligne de compte dans le déroulement des actions des personnages. "regardez les enfants ce qui pourrait vous arriver si vous succombez aux tentations", c'est d'autant plus manifeste que le New York Times entre autres a réservé pas moins de quatre articles autour de la série, notamment une vision et témoignage de deux jeunes femmes ex addicts, et leur regard et analyse sur la série. Un panel de parents 'type le CSA des parents de droite catholique et républicain" s'en prend me^me au PJ rate de la série, mais ils semblent en fait carrément à côté de la plaque, dans leur position, car la série agit déjà comme une catalyseur moraliste. Un contre exemple magnifié par les actrice set acteurs excellent, c'est vrai que le role de Jules et fantastique et on se demande ce que ce type de cats aurait ajouté au catsing du très beau "Girl". La plus déprimante en terme de typologie de personnage reste la jeune femme en sur poids qui tombe dans une spirale très ambigue et dérangeant (la scène de skype de l'épisode 3 en est l'appex !). Merci pour votre travail, vous êtes précieux. Amitiés quinquagénaire queer..

Michael 14/07/2019 18:29

Très belle analyse. Je ne peux pas trop juger la série car je ne l ai pas regardé. Merci également à vous de faire vivre mon blog par votre présence.