« Cunningham », un documentaire dansé sur un chorégraphe d’exception

Publié le 1 Janvier 2020

La réalisatrice russe et new yorkaise Alla Kovgan a choisi de rendre un hommage artistique et dansé à Merce Cunningham, l’un des chorégraphes les plus avant-gardistes de l’histoire.

C’est un des chocs esthétiques de ce début d’année ! Dans la lignée du Pina de Wim Wenders qui donnait à revivre en 3D les grandes créations de la chorégraphe Pina Bausch, la réalisatrice russe et new yorkaise Alla Kovgan a choisi de rendre un hommage artistique et dansé à Merce Cunningham, l’un des chorégraphes les plus avant-gardistes de l’histoire qui préférait lui, être qualifié de simple danseur et qui a énormément travaillé avec son compagnon le musicien John Cage.

 

Introverti

Les chiffres sont tout simplement vertigineux : en 70 ans de carrière, Merce Cunningham (mort en 2009 à 90 ans) a créé pas moins de 180 chorégraphies originales. Le film est un hommage au danseur et à son travail de création : on y découvre l’homme, plutôt introverti mais gros bosseur, son goût pour tous les arts qui lui ont permis de collaborer avec des artistes tels que le peintre et plasticien Robert Rauschenberg ou des figures du Pop Art comme Andy Warhol.

Relation avec John Cage

Sa relation amoureuse avec le compositeur, poète et plasticien américain John Cage est évoquée avec pudeur sachant que pendant les années sur lesquelles se concentre le film, elle était secrète. Personne et pas même l’administrateur de la troupe de danse n’était au courant de leur histoire intime comme l’explique la réalisatrice dans le dossier de presse du film : « C’est important de connaître ce lien désormais acquis, et d’en parler. Mais jusqu’en 1964, année de leur tournée mondiale, personne n’était au courant de cette liaison. (…) Ils n’ont habité ensemble qu’à partir des années 1970. Mais il y a, dans le film, cette incroyable lettre datant de 1944 et assez unique, que Cage lui avait envoyée, avec ces quelques mots : Quand allons-nous être ensemble ? signé : le Sans-Nom. Par la suite, ils ont peu parlé de leur vie commune. John Cage a dit un jour lorsqu’on les questionnait sur leur relation : Je cuisine et c’est Merce qui fait la vaisselle ».

« Il faut aimer passionnément la danse pour continuer. Elle ne rend rien, pas de manuscrit à entreposer, pas de toile à exposer sur les murs ou dans les musées, pas de poèmes à publier »

Mais, au-delà, de la vie intime et professionnelle du chorégraphe, le film d’Alla Kovgan prend le soin de mettre en scène avec toute la profondeur de champ que permet la 3D et dans des décors surprenants (créées pour l’occasion ou naturels comme un toit d’immeuble new yorkais, un bois, une place d’une ville allemande, un tunnel …) près de 15 des ballets créés par Cunningham. Le résultat est assez époustouflant et fait mentir le chorégraphe qui se désolait en son temps de l’éphémère de la danse : « Il faut aimer passionnément la danse pour continuer. Elle ne rend rien, pas de manuscrit à entreposer, pas de toile à exposer sur les murs ou dans les musées, pas de poèmes à publier, rien si ce n’est ce moment éphémère où l’on se sent vivant ».

Alla Kovgan et Wim Wenders l’ont bien compris, le cinéma, et particulièrement les techniques qui permettent de filmer et de visionner le résultat en trois dimensions, ouvre un nouveau champ pour les amateurs de danse puisqu’il est désormais possible de fixer à tout jamais des chorégraphies créées pour l’éphémère, de les revoir, de les étudier mais aussi de les magnifier, rendant ainsi hommage à des créateurs, qui via leur art, leur discipline et leur regard moderne sur la vie et leurs contemporains ont participé à la création d’un inconscient collectif : celui lié au corps et au mouvement.

Source Komitid

Rédigé par Michael

Publié dans #sorties cinéma, #cinéma gay

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