Deux, un amour triomphant au troisième âge

Publié le 9 Février 2020

Dans Deux le premier long métrage de Filippo Meneghetti, deux voisines de palier septuagénaires tentent de garder leur amour secret. Un drame pudique et bouleversant.

 

Madeleine et Nina partagent le même palier, dans un immeuble résidentiel. Alors que pour ceux qui les entourent elles ne sont que simples voisines, les deux   septuagénaires vivent depuis de nombreuses années une relation amoureuse dans le plus grand secret. Formidablement incarné par ses actrices, le premier long-métrage du réalisateur italien Filippo Meneghetti questionne dans un huis-clos saisissant l’autocensure que l’on construit au regard de son entourage.

Madeleine, interprétée par Martine Chevallier, de la Comédie Française, est veuve. Elle vit dans son appartement à la décoration bourgeoise, quasi-figée, où ses enfants lui rendent visite régulièrement (notamment sa fille incarnée à l’écran par Léa Drucker). Nina (Barbara Sukowa) mène quant à elle une vie plus sauvage. Elle a rejoint Madeleine en France il y a plusieurs décennies et n’attend qu’une chose, que les deux femmes s’installent ensemble en Italie. A la suite d’un accident, Madeleine perd sa voix et son autonomie. Le film devient le récit pudique de la convalescence de Madeleine, de sa fille Anne qui organise sa vie autour de celle de sa mère, et de Nina qui devient empêchée du jour au lendemain d’approcher la femme qu’elle aime.

Autocensure

Afin d’atteindre Madeleine, Nina doit user de stratagèmes et de manipulations. Le passage d’un appartement à l’autre relève de la véritable infiltration. Comment retrouver une place aux côtés de Madeleine sans compromettre ce qu’elle avait choisi de ne pas révéler ? Il s’agit pour Meneghetti d’interroger le rapport que l’on a aux passions et à la sensualité de nos parents. Pourquoi Madeleine tait depuis tant d’années cette relation à ses enfants ? Comment se construit-on, sans ne jamais se préparer à une éventuelle nouvelle vie amoureuse de nos parents ?

Dans ce mélodrame naturaliste aux accents de thriller, Meneghetti signe un film dont la mise en scène capte le spectateur au premier instant. La photographie oscille entre chaleur et âpreté. Tournée en scope, les personnages semblent suffoquer dans le théâtre que forment les deux appartements. Les ambiances sonores participent activement à la dramaturgie grâce à une attention particulière portée aux bruits : le tambour d’une machine à laver, le son d’un réfrigérateur ou la minuterie de l’éclairage ne font qu’accroitre l’angoisse et la solitude des deux personnages, séparés par un palier et des conventions sociales.

Urgence d’aimer

Deux c’est aussi le récit sur l’urgence d’aimer. On ne peut que s’émouvoir devant la vitalité de la relation des deux femmes. Une scène particulièrement bouleversante s’arrête sur le pouvoir quasi miraculaire de la musique qui permet de raccrocher des souvenirs perdus. Madeleine absente depuis son accident, semble renaître à l’écoute des premières notes d’une chanson que Nina lui fait écouter. Les deux femmes sont submergées d’émotion et revivent par des regards et des gestes ce souvenir perdu.

On pense enfin au documentaire Les Invisibles de Sébastien Lifshitz (2012), qui témoignait pour la première fois des hommes et femmes homosexuels nés pendant l’entre-deux guerre. Deux c’est l’une des premières représentations de fiction traitant des amours de cette génération invisible. Présenté en première à Toronto en septembre 2019, ce drame universel ne cesse de voyager dans les festivals du monde entier.


Sortie le 12 février

Source têtu

Rédigé par Michael

Publié dans #sorties cinéma, #cinéma gay, #lesbien

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