Les Lèvres rouges, ressortie du film de vampires culte avec Delphine Seyrig

Publié le 15 Mars 2020

Une curiosité pour les amateurs de fantastique chic et décadent.

 

Les fans de cinéma fantastique et underground ont longtemps fantasmé sur Les Lèvres rouges, du cinéaste belge Harry Kümel, un objet de curiosité longtemps invisible que Malavida a fini par exhumer en DVD en 2013, et qui vient de ressortir en salles. Tourné au tout début des années 70, le film est un huis-clos vénéneux rejouant le mythe de la comtesse Bathory – la "comtesse sanglante" qui se baignait dans le sang de ses victimes – dans un hôtel d’Ostende, où l'héroïne, une diva éthérée, va croiser la route d’un couple de jeunes mariés en pleine lune de miel. Harry Kümel (connu aussi pour son adaptation de Malpertuis avec Sylvie Vartan et Orson Welles) filme son actrice, Delphine Seyrig, qui sortait alors tout juste du tournage du Peau d’Ane de Demy, comme une star de l’âge d’or égarée dans la mauvaise époque, errant dans une ville fantôme – Ostende est saisie dans sa gangue hivernale, comme endormie, l’hôtel est désert et la nuit envahie par la brume.

Dans une interview donnée au site chaosreigns, le cinéaste raconte que Seyrig venait alors de revoir beaucoup de films avec Marlene Dietrich et avait demandé à "faire son entrée dans l’hôtel comme Dietrich dans Angel, comme un coup de vent". Tout en se référant aux icônes du passé, l’actrice, impériale et ironique à la fois, annonce le style chic et décadent de Catherine Deneuve et David Bowie dans Les Prédateurs de Tony Scott, et est la grande attraction de ce film ouvertement féministe, où la comtesse choisit sa prochaine victime moins pour l’asservir que pour la libérer du joug d’un mari violent et pervers. Au croisement du chic, du bis, de l’érotisme soft et de Fassbinder, Kümel fait souffler sur un coin de Flandre irréel des effluves d’un Hollywood décadent et babylonien. On regarde ainsi le film comme on feuilletterait des pages oubliées et jaunies d’un livre inédit de Jean-Jacques Schuhl, un fantasme de cinéma à la von Sternberg raconté avec l’amertume et le désenchantement typique du début des seventies. Les amoureux qui tombent ici dans les filets de la Bathory ressemblent à un couple de branchés invités à une fête en plein cœur du Swinging London, mais qui se seraient trompés de route, se réveillant soudain seuls au monde, avec une violente gueule de bois. Et un méchant goût de sang dans la bouche.

Source première 

Rédigé par Michael

Publié dans #sorties cinéma, #cinéma gay, #lesbien

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