Le thriller policier de William Friedkin vient de ressortir en DVD et Blu-Ray

Publié le 28 Janvier 2022

Le thriller policier de William Friedkin vient de ressortir en DVD et Blu-Ray.

Considéré à sa sortie en 1980 comme un navet racoleur et homophobe, Cruising (La Chasse) fait aujourd’hui figure de sommet dans la filmo de William Friedkin. Mais comment diable un tel revirement a-t-il été possible ?

Quand il s’agit de réhabiliter les films maudits de William Friedkin, il n’y a pas de meilleur avocat que William Friedkin. Après avoir sorti ces dernières années le génial Sorcerer du purgatoire où il croupissait depuis 1977, puis accompagné l’entrée de Police fédérale Los Angeles dans la postérité, le réalisateur de L’Exorciste s’est attaqué au cas plus épineux de Cruising, polar fou et échec cuisant, dans lequel Al Pacino traque un serial killer dans les clubs gays SM de New York. Ressuscité à Cannes en 2007, le film s’offre aujourd’hui un lifting (un chouïa trop flashy) en Blu-ray et se retrouve célébré comme un classique par la critique désormais unanime. 

 

Après avoir été quasi invisible, presque oublié, dans les années 80 et 90, Cruising, une fois ressorti du placard, s’est logiquement mis à faire des émules. Les années 2010 auront été celles des citations et des hommages. Yann Gonzalez s’en inspire dans Un couteau dans le cœur, histoire de tueur fou décimant une communauté seventies underground, tout en prenant bien soin, en interview, de rappeler les sources esthétiques de Friedkin (le porno gay New York City Inferno et son immense bacchanale cuir). James Franco, lui, délire dans Interior. Leather Bar. sur les fameuses 40 minutes "perdues" du film, que Friedkin avait coupées pour échapper au classement X. Personne, à vrai dire, ne sait ce qu’il y avait dans ces scènes supposées scandaleuses. Mais tant mieux : ça alimente la légende.

Si Friedkin est toujours partant pour raconter des anecdotes de tournage de Cruising, ne comptez pas sur Al Pacino pour jouer à ce petit jeu-là. À l’origine super chaud pour interpréter ce rôle très risqué (quelle star de son rang accepterait aujourd’hui d’être filmée cul nu et ligoté dans une séance de bondage ?), l’acteur déchante dès le tournage, quand le projet est taxé d’homophobie par la communauté gay new-yorkaise. Et il devient fou de rage à la vision du produit fini, qui n’a plus grand-chose à voir avec le script d’origine. Pacino demandera à sa petite amie de l’époque, Marthe Keller, de ne jamais regarder le film. Et il n’évoque que très rarement en interview sa prestation – la plus bizarroïde et impénétrable de sa carrière.

 

L’une des sources d’inspiration de Cruising était un article écrit par Arthur Bell, publié dans Village Voice (la bible de la contre-culture new- yorkaise) et témoignant d’une vague de meurtres inexpliqués au sein des clubs SM du Lower West Side. Ironiquement, c’est le même Arthur Bell qui allait lancer la fronde contre le film, appelant ses lecteurs à en saboter le tournage. Les manifs furent très violentes et cette colère anti-Cruising devint un moment de cristallisation du militantisme gay, dix ans après les émeutes de Stonewall. Aujourd’hui, les tensions sont oubliées et Village Voice publie des éloges : "Un film franchement excitant à revoir alors que la chose la plus scandaleuse qu’on puisse désormais faire dans un club gay new-yorkais est d’allumer une cigarette". 

 

Fan notoire de Cruising (dont il a repris le "It’s so easy" de Willy DeVille dans la BO de Boulevard de la mort), Tarantino avait projeté le film à l’équipe d’une pièce qu’il jouait à Broadway dans les 90s : "Un triomphe !", explique-il dans le documentaire Friedkin Uncut. "Les homosexuels découvraient un monde disparu, qui leur était inconnu." C’est dans ce même docu qu’il raconte sa rencontre avec Friedkin, quelques années plus tard : "Je lui ai dit : “Hey, Billy, je me suis toujours demandé, pendant le tournage de Cruising, au moment où la communauté gay protestait contre le film, organisait des manifs, te traitait de tous les noms, et que toi tu continuais à filmer contre vents et marées, comment t’as vécu tout ça ?” Réponse de l’intéressé : "J’ai adoré !"

 

En 1980, de nombreux gays américains ne supportaient pas que l’un des rares films à les représenter choisisse une optique aussi sensationnaliste, et lie de façon si grossière la pulsion sexuelle à la pulsion de meurtre. Rétrospectivement, pourtant, Cruising apparaît presque visionnaire dans sa description d’un monde infernal où la communauté homosexuelle est frappée par un mal incontrôlable, incompréhensible, qui préfigure les ravages du sida. Certains commentateurs ont mis en avant cette idée bouleversante : un nombre considérable de figurants du film – les véritables habitués des clubs SM, que l’on voit en arrière-plan des scènes où "cruise" Pacino – allait être décimé par l’épidémie dans les années qui suivirent.

Source Première par ​Frédéric Foubert

Rédigé par Michael

Publié dans #sorties dvd, #dvd gay

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