Publié le 17 Juin 2007

 

 

CHAP.1

 

 

Il faisait une chaleur étouffante cet après-midi d'avril et Michaël était songeur. Le cours de philo qu'il était en train de suivre était tellement loin de ce qui le préoccupait en ce moment, qu'il n'écoutait pas vraiment. Son regard se perdait au-delà des vitres sales, vers un point que lui seul pouvait apercevoir.

Quand la sonnerie retentit, après un bref brouhaha, il sortit de sa stupeur et son esprit revint à la réalité. Son ventre se mit à faire des bruits gênant, ce qui lui rappela qu'il était temps d’aller manger. Il préféra se trouver une place sous un arbre, plutôt que de fréquenter le restau U hyper bondé de l’université de Nanterre.

 

Michaël était un jeune homme de 19 ans, très solitaire. Il arrivait de province et ne s'était pas encore fait beaucoup d'amis. En fait, il n'y tenait pas trop. Il vivait seul dans un vieil HLM et recevait régulièrement de l'argent de ses parents pour payer ses études de droit.

 

Cet instant de calme fut perturbé par l'arrivée de jeunes en scooter. On l’avait m’y en garde, car ils appartenaient à une bande de la citée voisine, extrêmement violente.

Sa première réaction avait été d'envisager la fuite, mais il ne voulait pas montrer qu’il avait peur. L'un des jeune beur s'arrêta juste devant lui et stoppa le bruit assourdissant que faisait sa machine trafiquée. Michaël fut surpris de voir un visage aussi angélique sous cette allure de voyou :

 

-"T’es nouveau, n'est-ce pas ?"Michaël fit un signe affirmatif de la tête. Ces trois compagnons étaient en train de tourner autour d'une fille un peu plus loin :

-"J’sais pas si t’es au courant, mais ce campus est réputé très dangereux et j’crois pas que t’as d'assurance vie?

- Une assurance vie?

- Contre 50 € par mois on peut assurer ta sécurité " Michaël éclata de rire. Combien de fois avait-il eu affaire à ce genre de rackette ? Déjà au lycée des petits merdeux avaient tenté leur coup. L'inconnu parut surpris de sa réaction et ressenti une certaine admiration pour son courage voir son inconscience :

-"OK mec, je t'aurai prévenu.

- Toi et tes potes vous ne me faites pas peur ! Vous n’êtes qu’une bande de petits ringards qui joue les terreurs !!" Le jeune homme remit son scooter en marche et parti avec ses compagnons en ne laissant derrière lui qu'un amas de poussières.

Michaël se sentit soulagé, car malgré tout ce qu'il avait pu dire, il était mort de trouille. Il connaissait trop bien ce genre de bande pour s'en méfier.

 

 

Le temps repris son cours et Michaël oublia cet incident sans pour autant effacer de sa mémoire le visage angélique de l'inconnu.

La nuit tomba rapidement sur la fac pourtant  Michaël n’était pas vraiment pressé de rentrer dans son petit studio trop exigu.

A peine venait-il de faire quelques mètre en direction du R.E.R qu’un groupe de jeunes capuches sur la tête, arriva rapidement à sa hauteur. Il aurait aimé pouvoir s'enfuir cette fois, mais il était acculé au bout du quai et pas de train en vue. Des bruits de chaînes teintèrent à ses oreilles et un frisson de terreur lui parcouru le corps. Il regrettait à présent d'avoir refusé l'assurance vie. Maintenant il était sur le point de se faire salement amocher.

A son grand étonnement, le jeune homme qu’il l’avait abordé sur le campus, s’adressa à ses copains. Il sentit son coeur tressaillir et la sueur perler sur son front :

 

-"Foutez-lui la paix, je m’en occupe" Sur ces quelques mots, toute la bande repartit. Après la peur un sentiment d'incompréhension fit place en lui :

-"Pourquoi as-tu fait ça pour moi ?" Le jeune homme s'approcha un peu plus de Michaël :

-"Moi c'est Samir et toi ?

- Michaël, mais ça ne répond pas à ma question.

- J'ai été impressionné par ton aplomb l'autre jour alors j'ai décidé de te donner un coup de main.

- Et c'est tout!" Samir ne savait même pas ce qui l'avait poussé à agir de la sorte envers quelqu'un qui était un parfait étranger. Si sa bande découvrait qu'il leur avait menti, il ne donnait pas cher de sa peau :

-"Ecoutes Michaël, ne cherches pas à comprendre et estimes toi heureux de ne pas avoir de bobos." Après un instant de réflexion, il regarda bien Samir dans les yeux :

-"Pourquoi restes-tu avec eux ? Tu n'es pas de leur espèce.

- Qu'est-ce que t’en sais ?

- Tu ne m'aurais pas sauvé ainsi si tu étais comme eux." Samir n'avait pas envie de discuter plus longtemps et repartit en courant aussi loin que possible de ce garçon qui l'attirait tant.

 

 

CHAP.2

 

 

 

Il se passa une bonne semaine avant que Michaël n'entende de nouveau parler de la bande de la citée.

Il était descendu en bas de son immeuble pour vider les poubelles, lorsqu’il entendit des bruits de verres brisés, comme une bagarre. Il aperçut quatre jeunes cagoulés en train de s'acharner sur un autre jeune. Michaël fini par reconnaître le visage de Samir.

Il fut pris d'effroi, recula et trébucha sur une poubelle, ce qui fit un vacarme épouvantable. Les quatre jeunes surpris s'enfuirent en laissant derrière eux leur victime. Michaël se précipita à ses côtés, l'aida à se relever et l'emmena chez lui pour le soigner.


Samir avait été bien amoché, Il avait horriblement mal à la tête et avait l'impression d'être passé sous un bulldozer. Michaël alla lui chercher une aspirine et quelques pansements. Samir essaya de se lever mais le sol se mit à tourner. Michaël l’obligea à rester assit et vint à ses côtés décidés à en savoir plus :

-"Alors tu veux que l'on en parle ?

- Non, j'aurai mieux fait de te laisser l'autre jour. Maintenant j’me suis mis ma famille à dos !!

- T’appels ça une famille ?! Après ce qu’ils t’ont fait ?

- Lâches-moi mecs, tu peux pas comprendre. Tout ça c’est ta faute,  j’aurai du les laisser te crever !" Il se détourna vers la fenêtre, la discussion était close. Michaël le laissa partir. Mais il se promit de tout faire pour aider Samir à sortir de ce gang. Il y avait quelque chose dans ce garçon qui le troublait. Il avait du mal à cerner sa personnalité. Pourtant il était convaincu que sous cette armure se trouvait un jeune homme fragile et sensible.

 

Les jours suivant, Michaël chercha à en savoir plus sur la vie de Samir. D’où il venait et ce qui l’avait poussé à intégrer cette bande. Il n’avait rien d’un de ces zonares qui traînent à longueur de journée en bas des cages d’escaliers.

Il trouva à la fac un type qui le connaissait bien car ils avaient grandit dans la même citée. Il venait d’une famille d’immigrant du sud tunisien. Le père et la mère travaillaient comme des forcenés pour que leurs enfants aient une bonne éducation et s’en sorte dans ce pays. Il avait 4 sœurs et était le seul garçon. Il avait réussi à passer son bac et avait commencé sa première année ici même à la fac. Puis au bout de quelques mois il était parti en vrille pour une raison inconnue. Sa famille l’avait rejetée, il avait abandonné ses études et intégré cette bande de voyou.

Michaël sentait qu’un drame était sûrement venu et bouleversé sa vie, au point qu’il avait trouvé refuge dans cette pseudo famille.

 

Alors qu'il était plongé dans un profond sommeil, Michaël fut réveillé en sursaut par la sonnerie de l’interphone. Il jeta un coup d'oeil sur le réveil, il était 1 heure du matin. Encore à moitié endormie, il reconnut la voix pâteuse de Samir. Il avait du toucher à la drogue et ne semblait pas dans son état normal.

Michaël n'éprouvait pas de pitié pour cet ange déchu, mais plutôt de la compassion. Lui-même avait connu, il y a quelques temps, une crise existentielle, rejetant tout et tout le monde pour des raisons qu'il croyait à mille lieux des soucis de Samir.

Sans la moindre hésitation, il lui ouvrit sa porte. Il tenait à peine debout. Ses cheveux d’un brun foncé étaient tous ébouriffés et son teint pâle faisait ressortir la noirceur de ses yeux marron.

Il le traîna jusqu’à sa chambre et à peine allongée sur le lit, Samir s’écroula comme une masse. Michaël s’allongea à ses côtés. Il resta un long moment, simplement là, à le regarder. Alors qu’il commençait à s’assoupir, Samir commença à bouger dans tous les sens. Visiblement il faisait un cauchemar. Une larme se mit à couler le long de sa joue. Un nom s'échappa de ses lèvres "Médhi" suivi de "Michaël".

Ce dernier fut envahi par un sentiment de tendresse pour ce jeune homme à l'âme si tourmentée. Il approcha sa main de ce visage d’ange et lui caressa la joue, comme pour apaiser ses souffrances. Celui-ci sembla se calmer, il était paisible à présent. Michaël tombait de fatigue. Il s'allongea près de Samir et s'endormit à son tour.

 

Samir fut réveillé par les rayons du soleil qui filtraient à travers les rideaux. Il dut attendre une bonne dizaine de minutes avant de retrouver ses esprits. C'est alors qu'il remarqua le corps de Michaël à ses côtés. Il se pencha vers lui au moment ou celui-ci ouvrait les yeux. Il arbora un magnifique sourire, ce qui le troubla. Ce dernier se leva précipitamment, bien décidé à quitter ces lieux. Michaël essaya de le retenir :

 

-"Ecoutes, si tu me disais ce qui ne va pas ?

- Je n'ai pas besoin d’un bon samaritain !"Michaël se leva à son tour et lui agrippa le bras :

-"De quoi as-tu peur ? Qui essaies-tu de fuir ?!

- Fou moi la paix!" Il se dégagea violemment et une bagarre éclata entre les deux hommes. Michaël fut projeté par terre, Samir se précipita sur lui pour le plaquer au sol. A bout de souffle, Michaël cessa de résister.

Samir sentait le souffle chaud de Michaël sur son visage. Il ne pouvait détacher son regard du sien. Finalement il se releva, s'assit sur le canapé et se mit à pleurer comme un enfant blessé. Michaël aurait aimé trouver les mots pour le soulager mais rien ne sortait. Samir s'essuya les yeux et fini par se décider à tout raconter. Cela faisait trop longtemps qu'il gardait ça au fond de lui et sa finissait par le ronger de l'intérieur :

 

-"Il y a un an, j'ai fait la connaissance d'un garçon, Médhi. On partageait le même TP à la fac.. Il chercha dans les yeux de Michaël le courage de continuer :

-"On était vraiment très proche. J’ai fini par me rendre compte que j’éprouvais pour lui bien plus que de l’amitié. Dans ma culture c’est pire qu’un péché de ressentir de l’attirance pour quelqu’un du même sexe". Il ne lut aucun mépris sur le visage de l'homme qui lui faisait face et lui en était reconnaissant :

-"On a eu une aventure, mais même aussi prudent que nous étions, mon père a fini par l’apprendre. J’ai jeté la honte sur ma famille. J’avais déshonoré mon nom. La famille de Médhi a très mal réagit aussi, et il l’on ramené au pays pour le marier. Il n’a pas eu le courage de s’opposer aux traditions. Moi j’ai refusé un mariage arrangé, alors mon père m’a chassé. »Michaël comprenait mieux à présent le désarroi de son ami :

 

-"Depuis ce jour je me suis juré de plus jamais toucher à un autre homme. Alors je suis entrée dans cette bande, car ils représentaient tout ce que je n'étais pas. Je voulais... Je ne sais plus ce que je voulais." Leurs regards s'accrochèrent un long moment :

-"Maintenant il vaut mieux que je parte" Michaël aurait voulu lui crier de rester mais il savait que Samir devait résoudre seul son problème et accepter enfin ce qu'il était. Il était passé par-là, lui aussi.

 

 

 

 

 

 

CHAP.3

 

 

 

Michaël ne revit pas Samir pendant près de trois semaines. Il avait souffert de son départ et de son silence. Bien plus qu'il ne l'imaginait. Il essaya de l'oublier, mais en vain. A plusieurs reprises il voulut le contacter mais c'était ravisé. Il avait trop peur de se sentir rejeté par celui dont il était tombé amoureux. Il finit par le croiser dans le mégaCGR du coin, un soir. Mais celui-ci l'ignora, ce qui le blessa. Visiblement Samir avait fait son choix.

 

Il se plongea dans son travail pour ne plus y penser. Mais il reçut des menaces de mort de la bande de la citée qui n'avait pas apprécié qu'il débauche un des leurs. 
En effet, Samir avait fini par quitter ses « amis » et avait trouvé un petit boulot dans une grande enseigne. Michaël avait peur pour sa sécurité. Aussi  alla t’il trouver la police et pour porter plainte contre eux. Les flics étaient ravis, ils attendaient cela depuis longtemps. Michaël  ne se rendait pas compte dans quoi il mettait les pieds.

 

Les grandes vacances approchaient ainsi que les examens de fin d'année. Michaël décida de s'offrir une soirée de repos sur Paris. Il se rendit dans une boîte gay branchée de la capitale. Malgré tous les sympathiques et charmants garçons qui se trémoussaient autour de lui, seul Samir occupait tout son esprit. Il décida de rentrer et d’aller le trouver afin de lui avouer ce qu’il ressentait pour lui.

Le lendemain, il se rendit à son travail. Visiblement gêné, Samir lui donna rendez-vous plu tard, dans la soirée, dans un parc un peu isolé.

Toute la journée, Michaël avait ressassé tout ce qu’il voulait lui dire. A quel point il le trouvait beau. Que la différence de culture lui importait peu et qu’ensemble ils pouvaient être plus fort face à l’intolérance du monde et de la religion.

 

Une fois face à lui plus aucun mot ne voulait sortir de sa bouche. Mais c’était sans importance car Samir l’enlaça et l’embrassa fougueusement sur la bouche. C’était comme si plus rien, ni personne n’existait autour d’eux. Ils étaient tellement absorbés par leur passion naissante qu’ils ne s’étaient pas rendu compte qu’on les observait. Des jets de cailloux stoppèrent net leur étreinte. Une dizaine de jeunes de la bande de la citée les avaient repérées. Ecoeuré par cette vision de deux hommes s’embrassant, les insultes fusèrent ainsi que les menaces. 

Les deux jeunes garçons s’enfuirent à grandes enjambées. Samir était venu en voiture. Ils réussirent à l’atteindre et à démarrer en trombe.

A peine venaient-ils de rouler sur quelques kilomètres que Samir repéra dans son rétroviseur les scooters du gang :

 

-"Il faut les semer, accroches toi, Michaël !

- Allons à la police !!

- Nous n'y arriverons jamais entier" Samir appuya sur le champignon mais la vieille guimbarde se traînait lamentablement.

Les motards ne tardèrent pas à les rattraper. Plusieurs jetèrent des canettes de bières vides sur les vitres de la voiture, qui explosèrent sous l'impact :

 -"Ils vont nous tuer ces fumiers !!

- Non je vais nous tirer de là, je te le jure.

- J'aimerai pouvoir te croire. Tout est de ma faute. Pardonnes-moi." Samir essaya de garder son sang-froid.

Un des jeunes arriva à la hauteur de Samir. Il avait une énorme chaîne à la main et avec une violence effroyable il la projeta à travers la vitre. Samir s'écroula, le visage en sang, sur le volant. La voiture fit une embardée avant de tomber en contrebas d’un chenal.

Une fois leur mission accomplie, ils partirent en laissant les deux jeunes hommes inconscients dans leur voiture, qui avait fini sa course sur le toi.

 

Tout s'était passé si vite, des images défilaient à toute vitesse dans la tête de Samir. Il revoyait Michaël, et Médhi. Durant plusieurs mois il avait lutté contre les sentiments qu'il éprouvait envers Michaël. Pourtant à cet instant précis, alors qu’il s’était vu mourir, il compris qu’il se sentait prêt à lutter contre l’intolérance pour vivre un amour auquel il avait droit.

 

Il réussit avec difficulté à sortir de la voiture puis essaya de dégager Michaël. Ce dernier perdait beaucoup de sang. Il le traîna sur quelques mètres. Il était déboussolé par les événements.

Samir se précipita sur la route et arrêta un automobiliste qui appela les secours. Il retourna auprès de Michaël qui était de plus en plus mal. Il s'agenouilla à ses côtés et se mit à lui parler pour le garder conscient. Il avait l'estomac noué. Il prit la main de Michaël et la serra fortement. Des larmes mêlées au sang coulèrent sur son visage :

 

-" Michaël il faut que tu vives !J'ai refusé ton aide car je croyais pouvoir m'en sortir seul mais j'avais tort. J'ai besoin de toi Il y a tellement de choses que nous avons à partager et connaître ensemble... C'est trop bête !!Je... t'aime.." Samir savait que Michaël l'entendait pourtant il sentait que ce dernier s'éloignait de lui peu à peu.

Le bruit des sirènes retentir dans la nuit. Très vite des policiers et l’ambulance arrivèrent sur place. 
Quelques minutes plus tard, Samir se retrouva dans la salle d'attente de l'hôpital et Michaël en salle d'opération.

Le cours du temps se figea. Chaque seconde durait des minutes et chaque minute des heures. Un médecin s'approcha de Samir. Son coeur battait si fort qu'il avait l'impression que sa poitrine allait exploser :

 

-"Docteur, comment va t'il ??!!"Le médecin retira ses lunettes et son air cérémonieux empli Samir d'effroi :

 

-"Je suis désolé pour votre ami, mais nous n'avons pas réussi à stopper l'hémorragie interne" Le monde s'écroula sous ses pieds. Quelque chose en lui se brisa. Son esprit s'embrouilla puis tout devint clair.

 Il sortit de cet endroit qui lui donnait la nausée. Il alla trouver un ami qui lui vendit  une arme à feu.Aucune émotion ne pouvait se lire sur son visage. Pourtant au fond de lui, le plus grand des conflits étaient en train de se jouer.

Il connaissait toutes les planques de son ex-bande. Il hésitât un cours instant et pris sa décision. Maintenant sa détresse avait laissé la place à une haine sauvage.

Après avoir fait le tour de tous les endroits connus, il finit par les trouver dans une sorte de hangar abandonné.

Il ne s'était pas trompé. Les cinq jeunes qui les avaient agressés étaient affalés sur le plancher, complètement défoncés.

Samir entra sans faire de bruits et s'approcha du jeune homme qui était responsable de l'accident de voiture. Jérémie avait à peine 17 ans et déjà un casier judiciaire aussi gros qu'un annuaire. Samir l'obligea à se relever afin de le regarder droit dans les yeux. Il introduit le canon de l'arme dans sa bouche. Jérémie qui gémissait et le suppliait de ses grands yeux de le laisser vivre. Mais Samir ne voyait en lui que l'animal qui avait détruit toutes ses chances de connaître enfin le bonheur d'être aimé par une personne sincère.

De toute façon quel avenir s’offrait à lui en tant qu'homosexuel et musulman ? Il ne voulait plus souffrir. Il revit le visage de Médhi puis celui de Michaël, des larmes ruisselèrent sur ses joues. Il réalisa alors que le jeune homme en face de lui n’avait aucune conscience de ses propres actes. Ce dernier avait réagit comme on lui avait enseigné de faire face à l’homosexualité. C’est-à-dire avec toute la violence que peux engendrer l’ignorance.

Il relâcha son étreinte et parti sans se retourner. 

Fin

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par Michael

Publié dans #nouvelles gays

Repost 0

Publié le 12 Juin 2007

 Chap.1   

L'imposant building de la maison de production "mégamix", s'élevait magistral sur les bords de l'Hudson. A l'intérieur de ce bâtiment de verre, se côtoyaient artistes en tout genre, personnel de production et super stars des hits parades.

Mark STANFORD était chargé des relations publiques depuis deux ans environs. C'était un bon élément, il savait garder ses distances avec le milieu artistique. Il se cantonnait à faire son job et espérait devenir prochainement assistant de direction.  

Pourtant ces derniers temps, le jeune homme semblait préoccupé par des soucis d'ordre personnel. Il arrivait fréquemment au travail le visage tuméfié par des bleus. Son supérieur commençait à se poser des questions. Ses absences répétées et ses nombreuses ecchymoses, faisaient mauvais genre, pour quelqu'un chargé de gérer l'image d'une grande maison de disques. De plus, il appréciait réellement le travail de Mark, et envisageait de le prendre comme assistant personnel. FREEMAN savait pertinemment que Mark n'était pas du genre à chercher la bagarre, intrigué, il convoqua ce dernier dans son bureau pour éclaircir les choses.

Mark semblait extrêmement nerveux et visiblement il avait très peur : 

-"Asseyez-vous, je vous en pris, dit FREEMAN en lui indiquant un siège, ça ne prendra qu'une minute.

- C'est que j'ai beaucoup de travail en retard" FREEMAN regarda longuement le jeune homme assit en face de lui. Il ne savait pas trop comment aborder un sujet aussi personnel : 

-"Je ne voudrais pas être indiscret, mais je m'inquiète à votre sujet. D'où vienne toutes ces ecchymoses qui vous défigurent ?

- Je ne vois pas en quoi cela vous regarde ! Je suis simplement tombé dans ma salle de bain" Mark frottait nerveusement ses mains et son regard fuyait celui de son chef :

 -"Je veux simplement vous aider. Alors pourquoi ne pas me dire simplement la vérité ?" FREEMAN opta pour un ton paternaliste mais il ne fit qu'augmenter la gêne de son interlocuteur :

 -"C'est ce que je viens de vous dire. Je suis tombé ! Maintenant veuillez m'excuser mais cet entretien ne rime à rien." Mark prit congé.

FREEMAN avait acquit la certitude qu'il lui cachait volontairement quelque chose. Il ne pouvait pas se permettre de douter de ses proches collaborateurs. A la moindre erreur de sa part, les actionnaires se feraient un plaisir de le limoger.FREEMAN décrocha son téléphone et contacta le responsable du personnel. Il lui demanda d'effectuer une enquête approfondie sur la vie privée de Mark STANFORD. 

L'enquête fut des plus rapides, il ne semblait y avoir aucun cadavre dans son placard. Mark était célibataire. Ses parents étaient morts depuis de nombreuses années. Il ne lui restait plus aucune famille. A l'école supérieure du commerce, il n'avait pas été le meilleur de sa promotion, mais avait toujours été bien noté.N'ayant obtenu aucun résultat de ce côté là, il se décida à contacter un ami médecin.

Celui-ci eut beaucoup de mal à cracher le morceau, il ne voulait pas déroger au sacro-saint secret professionnel. Mais il finit par lui apprendre qu'il avait été hospitalisé 4 fois ces trois derniers mois pour des fractures et des côtes cassées.FREEMAN avait maintenant la conviction que ces soi-disant chutes n'avaient rien d'accidentelles car beaucoup trop fréquentes. 

En début de semaine, Mark ne se présenta pas à son bureau. Intrigué et perplexe FREEMAN essaya de le joindre à son domicile, sans succès. Il empoigna son pardessus et appela un taxi pour se rendre sur place. Il n'avait jamais été très lié au jeune STANFORD, mais un mauvais pressentiment, et de l'inquiétude le poussait à s'investir personnellement dans cette histoire.

L'endroit où il vivait était assez cossu. Le quartier semblait plutôt calme ce qui confirmait l'hypothèse que Mark ne devait pas être victime d'agressions de la part de voyous. Après avoir tambouriné cinq minutes à la porte, c'est un Mark en piteux état qui lui ouvrit. Il donnait l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur. Il avait le visage en sang. Après avoir protesté et certifié que ce n'était rien Mark se laissa conduire jusqu'au sofa.

L'appartement était immense et joliment décoré. FREEMAN ne l'aurait jamais imaginé dans un décor pareil. Il fit boire à ce dernier quelques gouttes d'alcool pour lui redonner de la couleur et voulu le conduire aux urgences : 

-"Non, je ne veux pas voir de médecin ! Je vais bien." En disant ces mots il se tordit de douleurs : 

-"Je ne peux pas vous laisser dans cet état... dites-moi plutôt qui vous a arrangé comme ça ?" A cet instant un homme d'une trentaine d'année, fit son apparition.

Il devait mesurer dans les 1,85m et semblait prendre soin de son corps. Au travers de son tee-shirt, on pouvait apercevoir ses muscles saillirent. FREEMAN sentit Mark se contracter : 

-"Qui êtes-vous ? Qui vous a permis d'entrer ? ! Hurla l'inconnu :

-"Je suis le patron de Mark. Je m'inquiétais de ne pas le voir au bureau et je crois qu'il a besoin de soins." FREEMAN s'était levé, mais il avait l'air d'un nain face à l'inconnu : 

-"Je vais très bien, je vous assure. Maintenant que mon ami est là tout va s'arranger." Il le supplia du regard. FREEMAN s'exécuta mais il n'en resterait pas là. 

Le lendemain STANFORD revint prendre son poste. Rien dans son attitude ne laissait paraître la violence dont il avait été victime la veille. Il rencontra son patron : 

-"J'aimerais que vous oublié ce qui s'est passé hier. Je vous jure que ça ne se reproduira plus à l'avenir" FREEMAN avait du mal à faire comme si de rien n'était. Il était hors de question qu'il passe l'éponge.Toute la nuit le visage de Mark en sang le hanta.

Cet événement, avait réveillé en lui un souvenir douloureux, qu'il croyait avoir enfoui au fond de lui. Il se souvenait de son propre visage tuméfié sous les coups de son propre père. Toutes les personnes de son entourage avaient fermé les yeux sur les exactions de ce tyran. Il revoyait sa mère, détournant la tête à chaque coup de ceinture. Il aurait espéré rencontrer quelqu'un qui lui tende la main et arrête son calvaire.Il avait lu dans le regard de Mark la même souffrance et la même peur que lui inspirait son  père quand son ami était entré :

-"C'est cet homme qui vous frappe ? Pourquoi partagez un appartement avec quelqu'un qui visiblement vous veut du mal ?

- Vous ne pouvez pas comprendre. Il n'a pas toujours été comme ça.

- Je ne veux pas me mêler de votre vie privée mais je suis sûr d'une chose, ce type finira par vous briser ! Je connais l'adresse d'un centre pour les personnes dans votre cas. Vous pourrez y demander des conseils.

- Pourquoi vous inquiétez-vous pour moi? Je ne suis qu'un employé.

- J'aurai aimé que quelqu'un fasse la même chose pour moi il y a trente ans de cela. Ne repoussez pas la main que je vous tends. Prenez cette adresse" Mark fut bouleversé par les propos de FREEMAN. Jamais il n'aurait pu imaginer qu'un homme d'affaire aussi brillant que lui, a pu vivre l'enfer de la brutalité domestique. Il prit le numéro de l'association d'aide aux victimes de maltraitance. Il devait réfléchir. 

Mark ignorait les raisons qui l'avaient poussé à accepter de se rendre à une des réunions. Il n'était pas comme ces gens là. Son cas était bien différent. Mais il sentait, au fond de lui, qu'il avait besoin de conseil. Il en avait assez de souffrir.

Le lieu de la réunion était annexé à un hôpital. On aurait dit une réunion d'alcoolique anonyme. Dans une petite pièce, sans personnalité, était rassemblé une dizaine de personne, en majorité des femmes. Ils formaient un cercle autour d'un psychologue qui organisait les débats.

Mark s'installa dans un coin, espérant se faire oublier. Il n'avait qu'une hâte, sortir d'ici. Une femme pris la parole. Elle était défigurée par des bleus et avait un bras dans le plâtre. D'une voix monotone, elle raconta son histoire.Son mari au chômage depuis un an, avait commencé à boire puis à la battre lorsqu'il était ivre. Il ne supportait que sa femme ait un job et pas lui. Elle avait subi toutes les humiliations possibles sans rien dire en espérant que les choses iraient en s'arrangeant. Mais à présent elle n'en pouvait plus. Elle venait de perdre son emploi à cause de ses hospitalisations répétées et son époux s'en prenait maintenant à ses enfants.

Mark était bien triste pour elle, mais il ne se sentait toujours pas concerné. Après tout ce qu'elle venait de dire, elle se tourna vers le groupe et d'une voix plaintive dit qu'elle ne pouvait se résoudre à le quitter. Qu'il avait besoin d'elle et que tout cela ne serait jamais arrivé si elle avait su s'occuper de lui ! Une vague de protestation s'éleva dans la salle.

Une autre femme prit la parole. Elle semblait plus sur d'elle. Elle aussi avait vécu la même histoire que toutes ces femmes. Mais un jour elle avait réalisé que le fait de se laisser battre n'aidait en rien son mari, bien au contraire. Elle s'était d'abord enfuie de chez elle pour se protéger puis elle avait trouvée la force de le convaincre d'aller consulter un spécialiste. A présent, ils essayaient de retrouver un second souffle dans leur mariage.

Une autre femme se leva, elle parla du jour où son ami, avec qui elle vivait depuis trois ans, avait braqué une arme sur sa tempe menaçant de la tuer. Ce jour là, elle avait compris que se n'était pas elle qui avait un problème mais lui.

Un long silence envahit la pièce. Mark faisait toujours semblant de ne pas se sentir concerné par les témoignages éloquents de toutes ces femmes qui avaient vécu un véritable enfer. Le psychologue le remarqua dans son coin et lui demanda de bien vouloir prendre la parole. Mark devint écarlate. Il se leva péniblement et bafouilla quelques mots d'excuses, déclarant que son histoire, n'avait rien à voir avec la réunion. Toutes les personnes dans la salle l'encouragèrent du regard ou par des mots de sympathies. Il finit par se lancer, après tout il n'avait rien à perdre : 

-"Je vis avec un homme depuis deux ans. Il s'appelle Jack. Avant nous étions très liés l'un à l'autre. Il était  gentil et généreux. Mais depuis quelques mois, il est devenu différent. Sa vie a basculé lorsqu'il a appris qu'il était séro-positif." Il s'arrêta un instant et regarda autour de lui. Il ne vit alors que tendresse et compassion. Il n'avait plus peur de parler au contraire. Il ne s'était pas rendu compte à qu'elle point il souffrait d'avoir tout gardé pour lui : 

-"Les médecins lui ont assuré qu'il pouvait encore vivre normalement de nombreuses années grâces aux nouveaux traitements. Mais Jack ne l'a pas supporté. Il est persuadé que le virus est en train de le ronger de l'intérieur. Il est devenu amer et violent. Je crois qu'il m'en veut car il ne comprend pas pourquoi moi je ne suis pas infecté. Comment lui en vouloir ? Je sais qu'il souffre. Ces derniers temps il est devenu très violent, il m'a même envoyé à l'hôpital. Je sais qu'il regrette après coup, mais il a tellement peur de la mort qu'il a besoin d'un exutoire." Il se rassit et réalisa que ses jambes étaient en coton. Ses mains s’étaient mises à trembler.

Une fois la séance terminée, le psychothérapeute vint trouver Mark. Il le remercia pour son intervention et lui demanda de revenir à la prochaine réunion. Mark préféra décliner l'offre. Il ne voyait pas comment ce genre de lieu pouvait lui apporter une quelconque aide. L'homme lui donna l'adresse d'un confrère qui était spécialiste dans le soutien au personne atteinte du Sida. Mark lui promit de tout faire pour convaincre son ami d'assister à un rendez-vous.

Il dormit en paix cette nuit là et cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps.

Mais le lendemain, les choses s'envenimèrent. En effet, un des collègues de Mark, qui était ami avec le responsable du personnel qui avait enquêté sur sa vie privée. Lui avait parlé de son homosexualité et bientôt tout le service fut au courant de ses penchants sexuels. Les blagues allaient bon train ainsi que des allusions à peine dissimulées. Mark faisait semblant de rien entendre mais il avait les nerfs à fleur de peau.

Au bout d'une semaine de ce service spécial, Mark se devait de réagir.Après le travail, il se rendit au bar que fréquentaient tous les jeunes yuppies de sa boîte. Mark s'approcha du type qui prenait un malin plaisir à l'humilier en envoyant des messages homophobes sur sa messagerie. L'homme était un peu éméché, il venait de fêter avec plusieurs cadres supérieurs un contrat juteux. En apercevant Mark il se dit qu'ils allaient bien s'amuser ce soir : 

-"Tiens mais regardé qui voilà ? Je ne savais pas qu'on laissait entrer les gonzesses dans ce bar" Les autres types se mirent à rires et la colère qui bouillait en Mark était prête à exploser :

 -"Ecoutes BRILTON, je crois que nous avons à nous expliquer toi et moi. Et la seule méthode qui me vient à l'esprit, la voici" Il lui envoya un directe du droit dans la mâchoire. Le barman hurla aux deux hommes de sortir, mais il était trop tard.

La bagarre dura à peine quelques minutes, une table fut brisée ainsi que quelques verres. Au bout du compte Mark et BRILTON s'écroulèrent tous les deux K.O. Mark se releva difficilement. Il avait mal partout, mais la douleur, ça le connaissait. Il contempla son oeuvre avec écoeurement. Jack avait fini par déteindre sur lui. A cette idée, il fut pris de nausées. Il se confondit en excuses et rentra chez lui en se promettant de tout faire pour ne pas se laisser ronger par la violence et la haine.    

chap 2   

Suite à ses rapports conflictuels avec ses collègues de travail, Mark accepta d'être muté dans une des filiales de la boite. Il avait raté sa promotion, et FREEMAN ne pus que le laisser partir.

Une période d'accalmie s'installa dans sa vie. Son nouveau poste bien que moins intéressant lui convenait et Jack avait cessé d'avoir un comportement agressif avec lui. Parfois, il lui arrivait même d'être sentimentale et tendre.

Un soir en rentrant du travail, Mark trouva la table dressée avec des bougies et du bon vin. Mark osait à peine croire en ce revirement de situation. N'y tenant plus il l'interrogea sur ses motivations : 

-"Jack, qu'est-ce qui te prend. On fête quelque chose de spécial ce soir?

- Oui, en effet. Je suis allé voir le médecin ce matin.

- Il t'a annoncé une bonne nouvelle ?" Jack se leva et tendit la main vers Mark. Ce dernier la saisit et ils se retrouvèrent face à face. Il y avait une lueur dans les yeux de Jack qui l'effraya. On aurait dit qu'il s'était drogué. Ils se mirent à valser dans le salon, sans la moindre musique. Jack fredonnait un vieil air. Mark se raidit, envahit par un sentiment de peur.

Jack approcha sa bouche de l'oreille de Mark et murmura ces quelques mots : 

-"Mes T4 sont en chute libre" Puis il l'embrassa sur les lèvres. Mark eut un geste de recul et de dégoût :

- Non ne fais pas ça, je t'en pris !

- De quoi as-tu peur, mon chéri ?

- Laisses moi " Jack le serra encore plus fort. Il commença à lui déboutonner sa chemise.

Depuis l'annonce de sa séro-posivité, Jack et Mark n'avaient pratiquement plus eu de relations sexuelles. Jack assommé par l'alcool et les médicaments s'endormait comme une masse chaque soir au grand soulagement de son ami. Mais ce soir il n’avait pas l’air abattu, bien au contraire.   

Il continua, malgré ses protestations à le déshabiller : 

-"Maintenant toi et moi nous allons être à égalité.

- Tu es devenu complètement  fou, arrêtes !!

-  Pourquoi serai-je le seul à souffrir ici ? Je veux que tu connaisses aussi ce sentiment de crever à petit feu, jour après jour.

- J'ai toujours été présent pour toi. Je suis resté lorsqu'on a appris pour ta maladie, je ne t’ai pas quitté  quand tu as commencé à passer ta colère sur moi. J’ai tout supporté par amour pour toi.

- Non, si tu es resté, c'est par pitié. Tu ne comprends pas que je te hais car tu représentes tout ce que je ne serais plus. Je ne supporte plus de te voir, toi et ta jeunesse flamboyante. Tu vas connaître la souffrance à ton tour. Tu te réveilleras chaque nuit en sueur en te demandant si tu verras un nouveau couché de soleil. Tu verras ton corps t’échapper peu à peu. Chaque regard dans la glace te donnera la nausée !" Mark essaya de se débattre mais Jack était bien plus fort que lui.

Il le plaqua au sol, lui assena plusieurs coups violents à la tête. Sans prendre la moindre précaution, il abusa de son ami avec violence et brutalité. 

Jack pleurait comme un enfant à présent. Mark était prostré. Il était pétrifié par la colère et la douleur. Il alla dans sa chambre et en profita pour appeler la police. Il avait besoin d'aide car il était terrorisé par Jack : 

-" Mon ami a perdu la raison, j'ai très peur qu'il veuille me faire du mal. Je vous en prie venez vite, il est capable de tout" Jack était sur le pas de la porte. Il s'approcha à grandes enjambées et lui arracha le combiné des mains : 

-" Allez, suis-moi !- Où veux-tu m'emmener ?

- Pas très loin, mon ange. Tout ira beaucoup mieux après et plus jamais on ne souffrira. Non plus jamais." Voyant que Mark refusait de le suivre, il le saisit par le bras et le menaça d'une arme à feu. Il le traîna jusqu'au toit de l'immeuble.

Il faisait déjà nuit et la lune rousse éclairait le lieu du drame d'une façon morbide.Comme il le craignait, Jack avait des idées suicidaires et voulait l'entraîner dans sa chute.

Mark essaya de jouer les psychologues et de lui faire entendre raison. Mais comment pouvait-il redonner l'envie de vivre à un homme qui se sait condamner dans un avenir plus au moins proche : 

-"Réfléchis un peu à ce que tu vas faire. Pourquoi t'apitoyer sur ton sort ? Pourquoi ne pas tirer partie de la situation ? Il y a tellement de choses que tu rêvais de faire, c'est peut être le moment. Je serais toujours là pour toi.

- Tu dis ça pour sauver ta peau ! Mais toi aussi tu vas crever comme un chien, tout comme moi. Les gens te dévisageront dans la rue. Au boulot quand ils découvriront que tu as le sida, tes amis te fuiront et t'évinceront

- Non c'est faux. Il y a beaucoup de gens qui veulent t'aider. Parle-le-leur ! Ecoutes-les ! Il faut nous laisser vivre tous les deux, et il reste l'espoir...

- L'espoir de quoi ? Je veux juste mourir avant que la maladie ne me ronge de l'intérieur.

- Ils vont trouver de nouveaux traitements.

- Je serais crevé avant. Tu essais de gagner du temps pour que la police viennent te sauver.

- Oui et quand ils seront là ils vont t'abattre comme un malfrat. C'est ça que tu veux ?-

 Allez viens. Nous allons faire le grand plongeons." Ils étaient maintenant à deux pas du rebord.

Vue du 10 ième étage tout paraissait si petit. Mark aperçut les sirènes de police et les pompiers. Peu à peu un groupe de badauds se positionna aux premières loges du spectacle. Un négociateur vint les rejoindre sur le toit avec une équipe de tireur d'élite. Il parla brièvement avec Mark qui lui expliqua la situation. Jack s'agrippait à lui et tenait son arme sur sa tempe. Les tireurs ne pouvaient rien tenter sans risquer d'atteindre le jeune homme.Jack était bien décidé à aller jusqu'au bout de sa folie. Il recula lentement, molestant mark qui essayait désespérément de résister.

Leurs deux corps basculèrent dans le vide. Un cri effroyable s'échappa de la bouche de Mark. Il ne voulait pas mourir.

A bout de bras il s'agrippa au rebord du toit. Ses doigts étaient en sang mais il tenait bon. Il regarda en bas et vit le corps de jack qui gisait sur le bitume.

Les policiers se précipitèrent pour le récupérer.Peut être était-ce mieux ainsi après tout. Jack ne souffrirait plus. Pourtant Mark refusait cette idée.

Le psychologue du groupe de soutien vint le voir à l'hôpital dès qu'il apprit la nouvelle. Il tenta de lui remonter le moral : 

-" Tout est fini à présent. Vous n'aurez plus à avoir peur de votre ami. Vous êtes enfin libre. Pourquoi êtes-vous si inquiet ?

- Je me sens tellement coupable de ce qui est arrivé. Je n'ai pas su l’aider.

- C'est faux, vous avez fait tout ce qui était humainement possible. C'est lui qui a fait son choix. Maintenant tout est fini.

- Non ça ne fait que commencer. Je pense que Jack m'a sûrement contaminé hier soir. Je devrais avoir les résultats dans quelques semaines.

-  Il faut garder espoir." Mark sourit à cette remarque. Tout le monde était désolé pour lui mais au fond d'eux ils avaient tous peurs face à ce fléau.

A présent, Mark allait devoir vivre avec la hantise d'avoir contracté le virus du Sida. Mais Il ne voulait pas finir comme son ami, détruis par la haine et la violence. Il était décidé à se battre jusqu'au bout. Il se sentait prêt à relever ce nouveau défit face à la maladie.  

 


 

 

Voir les commentaires

Rédigé par Michael

Publié dans #nouvelles gays

Repost 0

Publié le 12 Juin 2007

Chap. 1
Quelques bougies, savamment disposées dans une chambre, donnaient l'impression qu'une chorégraphie était en train de se dessiner sur le mur situer au-dessus du grand lit que partageait Mickaël et James. Les 2 corps en parfaite harmonie, s'enlaçaient, se couvraient de caresses, puis s'agitaient dans des mouvements frénétiques pour reprendre un rythme plus lent et sensuel. Les bouches se cherchaient, rencontraient un bas ventre puis remontaient vers le torse, contournant les tétons légèrement effleurés pour finir leurs courses l'une vers l'autre.
Mickaël aurait aimé pouvoir faire durée ce moment une éternité mais une fois les corps rassasiés, le sommeil finissait toujours par l'emporter.

Ces dernières semaines il avait peur de se laisser aller à s'assoupir car des terreurs nocturnes hantaient ses rêves. Il s'agissait toujours du même cauchemar. Il avait l'impression de se retrouver dans un épais brouillard, son coeur battait à tout rompre, une boule nouait sa gorge, il avait envie de hurler mais aucun son ne sortait de sa bouche. Un homme immense s'approchait de lui. Il n'arrivait jamais à voir son visage mais il sentait que sa vie était en danger. Il tenait quelque chose à bout de bras mais impossible de savoir de quoi il s'agissait, car à ce moment là, il se réveillait trempé de sueur.

La pluie tombait bruyamment sur la ville. Les premiers rayons de soleil étaient dissimulés par les amas de nuages. Une douce odeur de pain grillé et de café embaumaient le petit appartement de Mickaël et James.
Mickaël avait créé sa propre affaire, il était informaticien et s'occupait d'aider les entreprises pour la gestion de leur site internet.

Il souffrait d'amnésie depuis son enfance. On l'avait retrouvé, à moitié mort, à l'âge de 12 ans dans le désert du Nevada. depuis ce jour, il avait vécu dans des familles d'accueil sans jamais se rappeler de son nom, ni de son histoire. C'était comme s'il n'avait jamais existé avant ce terrible drame. Il avait réussi à poursuivre normalement sa scolarité et faisait preuve d'une vrai force de caractère.
Il partageait la vie d'un jeune avocat, Jim depuis 2 ans. Ils s'étaient rencontrés au cours d'un procès qu'un employeur mécontent avait intenté à la société de Mickaël. Ils s'étaient liés d'amitié puis au fils du temps des sentiments plus intenses avaient fini par les unir.

Jim fut réveillé par le bruit de la vaisselle et ne put se rendormir. Il en avait assez d'être réveillé ainsi tous les matins à 5 heures. Malgré tout l'amour qu'il lui portait, rien ne semblait apaiser son ami. Il lui avait conseillé de consulter un médecin à cause de ses terreurs nocturnes, mais ce dernier refusait catégoriquement. Il avait vu trop de psy dans sa jeunesse et savait bien qu'ils ne pouvaient rien pour lui. Jim se leva en s'étirant et le rejoignit dans la cuisine. Il s'approcha derrière lui pour l'enlacer, mais ce dernier sursauta comme s'il était sur le qui-vive :
"- Je suis désolé si je t'ai réveillé, chéri." Ils échangèrent un baiser presque fraternel, bien loin de la passion de la nuit passée :
- C'est pas grave. Mais je continue de penser que tu devrais aller consulter un spécialiste"Mickaël coupa court à la conversation et parti lire son courrier de la veille. Une lettre attira son attention. Il la décacheta et la relut à plusieurs reprises sans en comprendre la signification. Un dénommé John Crawford. le conviait à une réception dans sa villa située du côté de Beverley Hills. Ce nom ne lui disait rien. Il était intrigué, de plus un nouveau contrat ne serait pas de refus.

Il découvrit assez rapidement que ce John Crawford. était à la tête d'une grosse entreprise d'import-export. Peut être avait-il entendu parler de son entreprise et souhaitait faire appel à lui. Il décida donc de se rendre à ce cocktail car un peu de pub ne lui ferait pas de mal.

Mickaël était très beau dans son superbe smoking loué pour l'occasion. Jim resta un long moment à l'observer lorsqu'il s'habilla. Il aurait aimé à cet instant s'approcher de lui et ôter ses vêtements pour caresser son corps et ses courbes parfaites. Même après deux ans de vie commune, il était toujours aussi amoureux de lui. Tout le mystère qui l'entourait et son coté parfois très sombre, lui donnait une "aura" particulière. Il avait souvent envie de le protéger et rendre sa vie moins douloureuse. Mais Mickaël était un être fier qui refusait que l'on s'attendrisse sur son sort.

Dans une très luxueuse villa, les deux jeunes hommes se retrouvèrent au milieu d'une soirée guindée et austère. Quelques hommes d'affaires parlèrent argent, et leurs compagnes des derniers potins et autres scandales. Au cours de la soirée, leur hôte finit par inviter Mickaël à le rejoindre en privé dans sa bibliothèque.
Dès qu'il pénétra dans la pièce, il ressentit un certain malaise qui ne cessa de croître. John Crawford. devait avoir dans les soixante ans mais en paraissait beaucoup moins. Il lui offrit un verre, que Mickaël n'osa pas refuser. Il parlèrent de tout et de rien, il sentait bien que John tournait maladroitement autour du pot. Il l'interrogea à plusieurs reprises sur sa famille mais étant incapable de répondre, Mickaël finit par perdre patience :
"-Mr Crawford. j'aimerais bien que vous alliez droit au but. Si vous souhaitez investir dans mon entreprise je me ferai une joie de vous transmettre un dossier complet.
- Je ne vous ai pas contacté pour faire affaire. En fait, ce que j'ai à dire est très délicat. J'ai peur que vous ne me preniez pas au sérieux
- Dites toujours et puis on verra bien" John se leva et se rapprocha du jeune homme. Il avait un air grave et sombre :
"- Je pense être votre père" Mickaël eu beaucoup de mal à réaliser la portées de ces propos. Il avait l'impression de se retrouver dans un mauvais film :
-"Vous avez compris ce que je viens de vous dire ?
- Oui, mais j'avoue ne pas comprendre. Comment cela est-il possible ?
- Pourtant c'est la vérité. J'en ai eu la confirmation il y a quelques semaines. J'ai longtemps hésité avant de prendre contact avec vous. J'avais très peur que vous refusiez de m'adresser la parole.
- Excusez-moi, je ne me sens pas très bien. Il faut que je sorte." Mickaël s'enfuit comme un voleur sentant une crise de panique le gagner. Il trouva Jim et lui ordonna de le ramener à leur appartement.

Une fois de retour, il se précipita dans la chambre. Il s'enfouit sous les couvertures, en espérant que son coeur n'explose pas tellement il battait fort. Pendant dix ans il avait passé une bonne partie de ses nuits à se chercher un passé, une identité. Mais à chaque fois seule le néant lui apparaissait. Aujourd'hui, un homme qu'il ne connaissait pas lui offrait une chance de découvrir ses origines. Il était fou de joie de voir son cauchemar prendre fin. Malgré tout, la peur de découvrir la vérité l'avait empêché d'aller plus loin. Il avait besoin de réfléchir. James se glissa à ses cotés, lui caressant les cheveux comme pour rassurer un enfant craintif. Tout son corps tremblait, il savait que cela ne durerait pas mais ce sentiment de ne plus avoir de contrôle sur son propre corps le terrifiait. James lui apporta un calmant, et blottit l'un contre l'autre, les soubresauts finir par s'atténuer. Une paix fragile les enveloppèrent.

Le lendemain matin, après une nuit agitée par les monstres du passé, Mickaël se rendit au bureau de Monsieur Crawford. La peur de la veille avait fait place au désir de savoir. Il s'était toujours posé tant de questions, aujourd'hui on allait enfin lui répondre. Face à cet homme à la carrure imposante, il se sentait comme hier soir très mal à l'aise. John avait l'air heureux qu'il se soit décidé à venir le rencontrer mais Mickaël ne lui laissa pas le temps d'en placer une tellement de questions se bousculaient dans sa tête :
-"Pourquoi avoir attendu dix ans avant de vous manifester ? Comment êtes-vous sûr que je sois votre fils ? Ma mère est-elle toujours vivante ?" Une épouvantable migraine lui prenait la tête dans un étau :
-"Du calme, laisse-moi le temps de commencer par le début. A cette époque j'étais en poste à Santa Barbara. Nous possédions une petite maison près de la plage. Tu sais que tu ressembles énormément à ta mère maintenant que je te regarde bien. Nous étions si heureux tous les trois. Un jour alors que j'étais parti en voyage d'affaire à Londres, j'ai reçu un coup de fil de la police m'annonçant qu'un cambriolage venait d'avoir eu lieu à notre domicile." Il ferma les yeux et respira profondément. Visiblement ces souvenirs le bouleversaient encore :
-"Ta mère avait été tuée et toi tu avais disparu. Quelques semaines plus tard, ils ont retrouvé le corps d'un jeune garçon complètement calciné. Ils ont cru que c'était toi et nous ne disposions pas assez d'ADN pour faire des tests fiables. J'étais sous le coup de l'émotion alors je suis parti très loin pour oublier. Il y a six mois alors que naviguais sur Internet j'ai découvert ton annonce. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai été troublé par ta photo et par différents détails."
Mickaël avait profité de l'Internet et de ses connaissances informatiques pour lancer un site qui permettrait à quelqu'un de l'identifier. Jusqu'à présent seul des malades l'avaient contacté. Jamais il n'aurait cru que ça marcherait. Jim l'avait mis en garde de nombreuses fois. Il avait peur que des personnes peu scrupuleuses en profitent pour lui faire du mal. Mais pourquoi un homme aussi riche que ce Crawford voudrait lui jouer un mauvais tour ?
-"J'ai engagé un privé pour vérifier différentes informations et il y a un mois il m'a confirmé ce que je soupçonnais. Tiens voilà une photo de toi et de ta mère. Peut être que cela va te rappeler quelque chose." La femme sur la photo jaunie était vraiment magnifique et John avait raison il lui ressemblait beaucoup. Mais à son grand regret il ne se souvenait de rien. A force de se concentrer sa tête allait exploser. La pièce se mit à tourner autour de lui et il perdit connaissance.

Son cauchemar récurant vint le hanter. L'ombre d'un homme très grand s'approchait de lui. Il ne distinguait que sa bouche qui exprimait un sourire glacial et cynique. Un objet pendait dans sa main mais il n'arrivait pas à voir ce que c'était. D'habitude il se réveillait toujours à ce moment précis mais cette fois se fut différent. Il se voyait en train de se lever et de s'approcher pour découvrir ce que l'homme tenait. Ce qu'il vit le rempli d'effroi. Les mains de l'inconnu étaient refermées sur une poignée de longs cheveux blonds et une tête sans corps se balançaient comme un pendu au bout de sa corde. Avec un cri d'horreur, Mickaël se réveilla en sueur. Il avait vu le visage de sa mère sans vie tuméfié et ensanglanté. Il lui fallut dix bonnes minutes pour réaliser qu'il ne s'agissait que d'un rêve mais tout paraissait si réel. A chaque fois ce sentiment le poursuivait comme s'il avait vécu cette scène véritablement. Il était persuadé que ce cauchemar était la réponse à une partie de son passé oublié. Mais comment croire qu'il avait pu vivre ce genre de scène.

Quand il reprit ses esprits il ne se trouvait plus dans le bureau de John mais dans un endroit plus confortable. Allongé sur un canapé, son mal de tête avait cessé et il commençait à se sentir mieux. Alors qu'il allait se sauver discrètement, John arriva pour prendre de ses nouvelles. Mickaël le rassura sur sa santé et lui promit de revenir rapidement. Il n'avait qu'une envie, se retrouver auprès de son ami.

Jim l'attendait avec impatience et nervosité. Il était très inquiet à son sujet. Ces dernières semaines il avait l'impression que Mickaël l'évinçait de sa vie. Ils devenaient étrangers l'un pour l'autre et ça, il ne le supportait plus. Une fois de retour, Mickaël s'affala sur la banquette extrêmement épuisé.
-"Tu veux que je t'apporte quelque chose, tu n'as pas l'air bien ?
- Non je te remercie. J'ai juste besoin de calme.
- Pourtant il va bien falloir que tu me parles de ce qui s'est passé ! Je fais toujours parti de ta vie que je sache.
- Excuses-moi, mais il m'arrive tout un tas de choses étranges. Viens près de moi et serres moi fort." Jim l'enlaça tendrement comme s'il avait à faire à un petit garçon effrayé. Mickaël lui raconta sa visite chez John et les révélations de ce dernier. Jim était perplexe. Il n'était pas du genre à croire au miracle. Mickaël avait besoin de se forger un passé, de ce fait il en était devenu très vulnérable. Jim avaient de multiples raisons de prendre cette nouvelle avec inquiétude. D'abord il y avait sa méfiance naturelle, puis il savait que Crawford appartenait à un autre milieu que le leur. Sa fortune le mettait au-dessus des communs des mortels. Il avait peur que Mickaël soit ébloui par tant d'argent. Il savait pertinemment que si John était bien son père, il n'accepterait pas aussi facilement l'homosexualité de son fils et encore moins son amant.

chap. 2
Dans les semaines qui suivirent, Mickaël mit ses peurs de cotés et essaya de se rapprocher de John. Celui-ci l'invita à plusieurs reprises dans sa villa qui disposait d'une piscine et d'un court de tennis. Il commençait à aimer ce genre de vie. Il passait des heures à écouter l'histoire de cet homme venu du passé. Les blancs laissés par son amnésie se remplissaient des récits de bonheurs racontés par Crawford. Pourtant rien de ce qu'il entendait ne faisait écho en lui. Son cauchemar revenait sans cesse et de plus en plus fréquemment. Il ne comprenait pas. La lumière faite sur son histoire devrait le laisser en paix mais il était loin de là.

Jim, par l'intermédiaire d'un ami du FBI, découvrit que John n'était pas aussi claire qu'il le faisait croire. Monsieur Crawford avait complètement disparu de la circulation après que sa femme et son fils aient mystérieusement disparu. Aucune trace d'un soi-disant cambriolage, le dossier parlait d'enlèvement. S'étant installé en Angleterre, il était difficile de vérifier toutes les informations. Il vérifia les journaux de l'époque mais aucune nouvelle n'avait filtré dans les médias. Simple comptable, il ne faisait pas la une des actualités. Il aurait fait fortune grâce à de bons placements en bourse.
Il trouva un message sur son répondeur. John le convoquait à son bureau. Il savait que ce moment devait finir par arriver. Un frisson lui parcourut l'échine. Une fois installé face à cet homme tout puissant qui allait bouleverser sa vie, ses mains devinrent moites comme lorsqu'il devait plaider une affaire déjà perdue d'avance. John ne prit pas de gant et était plutôt agressif :
-" Je sais quel genre de relation vous entretenez avec Mickaël. Alors dites-moi votre prix pour disparaître de sa vie ?
- Vous débarquez comme ça, un beau jour et vous vous croyez tout permis. Comment pouvez-vous croire que l'amour que j'éprouve pour Mickaël est à vendre ?
- Vous n'êtes qu'un pervers ! Vous avez profité de la faiblesse de ce jeune homme pour en faire votre jouet sexuel. Maintenant que j'ai retrouvé mon fils je ne vous laisserai plus agir." Jim était écoeuré. Comment à notre époque pouvait-on avoir une mentalité aussi vieux jeu ? Mais il n'était pas prêt à se laisser faire :
-"Je regrette, Monsieur Crawford, mais Mickaël et moi nous nous aimons. Vous auriez tort d'essayer de nous séparer
- Entre un père retrouvé et un vulgaire amant qui croyez-vous que votre ami va choisir ?
- J'ignore qui vous êtes. Vous prétendez être son père mais je n'y crois pas. J'arriverai à prouver que vous êtes un usurpateur. Quelles sont vos motivations ? mais je ferai tout pour protéger Mickaël." Il se leva et se dirigea vers la sortie. Il en avait suffisamment entendu. Il se devait de mettre en garde Mickaël contre cet individu. Il l'appela sur son portable pour lui fixer un rendez-vous au restaurant.

Cela faisait bien longtemps qu'ils n'étaient pas sortis dîner ensemble. Mickaël avait l'air détendu, il ne remarqua pas les traits tendus de son ami. Ils attaquaient le dessert lorsque Jim se jeta à l'eau :
-"Que penses-tu de Crawford ?
- Il est assez discret et distant, mais c'est normal il me croyait mort depuis dix ans. Je sais que tu es méfiant mais il faut lui faire confiance.
- Justement non. Aujourd'hui je l'ai rencontré. Il m'a proposé de l'argent pour que je te quitte. Il me fait très peur.
- Tu es prêt à dire n'importe quoi. Tu es inquiet que ma nouvelle vie ne nous sépare.
- Non c'est faux et tu le sais bien. Je t'aime trop pour te laisser au prise avec un homme qui te veut du mal. Je le sens.
- Si tu m'aimais vraiment tu comprendrais. Tant que tu n'auras pas confiance en mon jugement ne reviens plus. J'irai dormir chez mon père." Un profond désespoir l'envahit.

La nuit tomba rapidement sur la ville. Jim était absorbé dans ses pensées et pour décompresser il avait décidé de rentrer à pied. Il essayait de se convaincre du retour imminent de Mickaël. Il fallait qu'il réunisse assez de preuves pour faire éclater la vérité sur toute cette histoire. Alors qu'il traversait la rue pour rejoindre son appartement, une voiture démarra en trombe. Jim fut ébloui par la lumière des phares. Soudain il fut englouti par le néant. Il entendit les cris des passants puis plus rien.

Mickaël avait passé le reste de la soirée à se mortifier au sujet de la dispute qu'il avait eu avec son ami. Il regrettait de s'être emporté, mais tout était confus dans sa tête. Il ne savait plus trop où il en était. Il avait toujours cru qu'une fois confronté à son passé, les souvenirs resurgiraient tout seuls. Mais ce n'était pas le cas. Tout ce que lui disait John n'éveillait en lui aucun flash. Peut être ne guérirait-il jamais ou bien John lui mentait comme Jim le prétendait. Le doute s'installa en lui. A qui faire confiance ? A un homme débarqué de nul part ou à un ami présent depuis deux ans.
Il était dans un état fiévreux lorsqu'il reçut un appel de l'hôpital. Mickaël sauta dans sa voiture et fila à toute allure aux urgences.
Il était bouleversé. Un policier l'attendait à l'accueil :
-" Comment va t'il ? Est-ce qu'il va bien ?.
- Oui apparemment il a juste le bras fracturé. Il a eu beaucoup de chance !
- Oh mon Dieu ! mais que s'est-il passé ?
- Une voiture a foncé sur votre ami alors qu'il rentrait chez lui. Le chauffard s'est enfui..." Mickaël avait le souffle coupé. On venait d'attenter à la vie de l'homme qu'il aimait. Quel genre de malade pouvait commettre un acte aussi méprisable ?
Au bout de quelques heures une infirmière le conduisit au chevet de Jim. Celui-ci était encore sous l'effet des calmants. Son visage était couvert de bleus. Il se pencha sur lui et, du bout des doigts, caressa son visage tuméfié. Les yeux de Jim se mirent à clignoter, ébloui par les lumières de la chambre. Mickaël lui serra la main et la porta à ses lèvres :
-"Pardonne-moi pour tout à l'heure." Jim essaya de lui décrocher un sourire mais il avait trop mal :
-"Tu penses qu'on a cherché à te tuer ?" Jim tourna la tête vers la fenêtre pour ne pas avoir à répondre :
-"Tu crois que c'est peut être mon père ? il est temps que nous ayons une vraie discussion lui et moi." Jim voulut le retenir mais aucun son ne pouvait sortir de sa gorge. Il était assommé par les médicaments.

chap.3
Mickaël retourna chez son père bien décidé à faire le jour sur toute cette histoire. Il le trouva en train de prendre son petit déjeuné sur la terrasse. Il avait l'air calme et serein. Mickaël était tout tremblant :
-"Que se passe t'il ? Tu sembles bouleversé.
- Est-ce que c'est vrai que tu as proposé de l'argent à mon ami pour qu'il parte ?
- Je vois que tu es au courant.
- Alors c'était vrai ! De quel droit te mêles-tu de ma vie privée ?" Sa migraine reprit le dessus et un marteau piqueur lui martelait la tête :
-"As-tu quelque chose à voir avec l'accident dont il a été victime ce soir ?
- Je suis vraiment désolé pour ton ami. Ecoute, tout à l'heure je t'amène à l'endroit où nous avons vécu. Je suis sûre que ta mémoire reviendra.
- Tu ne me demandes même pas ce qui est arrivé à Jim. Mais peut être le sais-tu déjà." La douleur était si intense qu'il tomba à genoux :
-"Tu veux que j'appelle un médecin ? Tu n'as pas l'air bien."

Mickaël n'entendait plus rien. Son rêve revint le hanter. Il voyait l'ombre de l'homme qui tenait la tête de sa mère s'approcher de lui. Il avait l'impression que son corps tout entier allait exploser en mille morceaux. Un sentiment de terreur l'envahit. Il savait qu'il allait enfin découvrir le visage de ce monstre. Une partie de lui voulait s'enfuir, mais il était temps pour lui d'affronter la vérité. Dans une sorte d'éblouissement, il aperçut le sourire glacial de l'homme et reconnu clairement le visage de John. Mickaël se releva à bout de force. Des larmes coulaient le long de ses joues :
-"Qui êtes-vous? Vous n'êtes pas mon père !
- Alors tu n'es plus amnésique ?Très bien je crois qu'il est temps d'arrêter de jouer." Crawford se saisit d'un revolver et le pointa sur le jeune homme pétrifié :
-"Tu as entièrement raison. Je ne suis pas ton père. Tu vas me suivre gentiment dans le désert. Il y a quelque chose que nous devons récupérer."

Docilement Mickaël obéit. Entouré de deux hommes de main, il fut conduit à quelques kilomètre de l'endroit où un couple d'automobilistes l'avait trouvé dix ans plutôt. Ici tout avait commencé, ici tout allait finir.
John l'emmena dans un petit cabanon loin de toute civilisation. Les deux hommes l'attachèrent à une chaise. Mickaël se sentait pris au piège :
-"Je vais te rafraîchir la mémoire, espèce de sale morveux ! Ton père, le vrai John Crawford était comptable pour un parrain de la mafia. Un jour, il a décidé de tout plaquer. Il est devenu gourmand. Il avait emporté avec lui des disquettes compromettantes sur nos affaires et nous a fait chanter. Il était assez bête pour croire que l'on pourrait tolérer ce genre de pratique. Il se croyait à l'abri avec ces disquettes, mais il avait tort. Mes hommes et moi avons kidnappé toute ta famille pour qu'il nous dise où il les avait planquées. C'est ici que vous avez passé vos derniers jours tous ensembles. Malgré les tortures ton père n'arrêtait pas de dire qu'il ignorait où les documents se trouvaient. Toi, on t'avait drogué pour que tu nous fiches la paix. J'ai commencé à couper ta mère petits bouts, par petits bouts mais ton père hurlait qu'il demandait pardon. Il jurait de ne jamais parler. On a fini par perdre patience. Elle, je lui ai tranché la tête. Lui je l'ai abattu d'une balle dans la tête. Quand ton tour est venu c'était pour l'overdose. Je ne sais pas comment tu as survécu. Mes hommes vous ont abandonné dans le désert. Je pense que ton corps avait fini par s'habituer aux drogues et que la dose n'avait pas été assez forte pour être fatal." John fit le tour de la pièce et ses yeux brillaient d'une joie malsaine. On aurait dit un démon. Il prenait du plaisir à raconter son histoire.
Son patron n'avait pas apprécié qu'il revienne bredouille. Il avait perdu la face et avait du quitter le pays. Pendant des années il avait ressassé les événements. Il avait fini par élaborer une théorie. Le vrai Crawford devait réellement ignorer où les disquettes étaient cachées car aucun homme ne laisserait sa famille mourir sous ses yeux sans craquer. Alors qui avait bien pu les faire disparaître ? C'est là qu'il avait réalisé que seul le fils n'était pas en état de parler à cause des drogues. John se jeta sur Mickaël et l'agrippa par les cheveux :
-"Alors tu comprends ma joie lorsque j'ai découvert que tu étais toujours en vie. Je vais enfin pouvoir retrouver mon honneur perdu et les disquettes.
- Je ne me souviens de rien.
- Crois-moi tu vas te souvenir." Au bout de quelques minutes de passage à tabac, Mickaël s'évanouit. Du sang coulait le long de sa bouche et il avait un oeil au beurre noir.

A son réveil, John et ses sbires n'étaient plus là, mais sa mémoire était revenue. Tout était si clair à présent, même trop clair. Il se souvenait des heures interminables qu'il avait passé ici à regarder sa mère se faire écorcher vive. Il entendait encore ses cris de douleurs et ses gémissements. Il comprenait à présent pourquoi son esprit était devenu amnésique afin de lui épargner cette vision d'horreur. La rage prit possession de son corps. Il n'avait plus qu'une pensée en tête. Faire payer ce monstre qui avait eu la cruauté de lui arracher les êtres qu'il aimait le plus au monde.
Avec une force insoupçonnée, il réussit à rompre les liens qui l'emprisonnaient. Il brisa une fenêtre et s'échappa à grandes enjambées. Il erra dans le désert comme il l'avait fait dix ans auparavant. Il marchait sans trop savoir où il allait. Il se revit enfant, de la drogue plein les veines et la vue brouillée. Il se rappela de sa motivation. Il ne cessait de se répéter "je dois survivre pour les venger !" Aujourd'hui une chance lui était offerte de rendre sa justice. Il se devait de continuer, malgré la douleur et la peur. Au bout d'une heure, il trouva une petite station service. Il se dirigea vers le pompiste et lui demanda la permission d'utiliser son téléphone. Il lui raconta qu'il venait d'avoir un accident de voiture.
Il composa le numéro de portable de Jim. Il n'avait plus la notion du temps. Il réalisa qu'une journée s'était écoulée entre le moment où il avait été trouvé John dans sa villa et l'instant présent. Jim était très inquiet de ne plus avoir de nouvelle de son ami. Il avait essayé d'avertir la police, mais on lui avait répondu sèchement qu'il était trop tôt pour s'inquiéter.
Lorsqu'il entendit la sonnerie de son portable, son coeur fit un bon :
-"Mickaël, c'est toi ? Je t'entends à peine. Où es-tu ?
- Il faut que tu m'aides. Je suis dans une station service entre Las Vegas et Reno. Viens me chercher. John cherche à me tuer..." Une main vint s'abattre sur le combiner. Mickaël se retourna et vit le visage congestionné de John :
-"Ton petit chéri ne peut rien faire pour toi ! Tu vas nous conduire à la cachette sans faire d'histoire. J'ai une arme et je peux très bien abattre le pompiste et toute sa petite famille sans sourciller.
- J'ai juste besoin d'aller au toilette." John le poussa avec empressement dans les sanitaires. Cela faisait plus d'une heure qu'ils cherchaient le jeune homme. Ils l'avaient laissé pour aller manger et furent surpris de sa disparition. Cela faisait deux fois que John sous-estimait Mickaël. Il n'était pas prêt à refaire une troisième fois la même erreur.
Une fois enfermée dans les toilettes, Il fallait agir vite. Mickaël sortit un bout de papier et y inscrivit une adresse. Puis John l'emmena jusqu'à la voiture sans avoir remarqué qu'il serrait très fort le papier dans sa main. Avant de monter il fit remarquer qu'il devait payer le pompiste pour ne pas éveiller les soupçons. John n'était pas dupe de ce revirement d'attitude. Il l'accompagna jusqu'à l'homme, la main sur son arme, prêt à faire feu à la moindre tentative de sa part. Mickaël tendit le papier au pompiste qui le regarda étonné. Il s'agissait d'un billet de vingt dollars. Ils repartirent rapidement ne laissant pas le temps à l'homme de réagir.

Jim avait quitté l'hôpital contre avis médical tout de suite après l'appel de Mickaël. Il souffrait de multiples contusions mais ça n'avait aucune importance. Il devait sauver son ami. Il demanda au taxi de le conduire à l'aéroport pour y louer un hélicoptère. Il trouva rapidement la petite station service. Heureusement elles n'étaient pas très nombreuses dans le désert. Il questionna le gérant qui reconnu le jeune homme au 20 $ sur la photo que Jim lui tendait. Il demanda à voir le fameux billet. Il avait une sorte d'intuition. Il découvrit l'adresse au dos du papier vert et se précipita dans l'hélicoptère. John et ses hommes avaient une heure d'avance sur lui.

Mickaël s'était rappelé du parc où étant enfant il adorait venir jouer. Il y connaissait un endroit secret qui lui servait de refuge lorsqu'il avait du chagrin. Il possédait une petite boite en fer qu'il avait enterré dans son jardin secret avec pleins d'objets insolites à l'intérieur. Mickaël avait essayé de faire traîner les recherches au maximum. Finalement, il les conduisit aux disquettes tant convoitées.

Il chercha à gagner encore du temps :
-"Pourquoi vous êtes-vous fait passer pour mon père ?
- C'est très simple. J'espérais obtenir ta confiance et éloigner par la même occasion tous ceux qui t'étaient proches. Ainsi lorsque tu aurais disparu personne ne se serait inquiété.
- Pourquoi tant de violence pour ces disquettes ?
- On ne plaisante pas avec l'honneur dans notre famille." John regarda autour de lui. En ce milieu d'après-midi le parc était vide. C'était l'endroit rêvé pour une exécution. On croira à l'oeuvre d'un sadique.
Mickaël ferma les yeux attendant à chaque instant le coup de feu fatal. Soudain une voix sortie de nul part :
-"Police de Las Vegas ! vous êtes cernés." John fut pris de panique. Il tira plusieurs fois en direction de la police.
Mickaël se précipita sur lui et le plaqua au sol à la manière d'un rugbyman. Ils roulèrent dans un fossé. Tout à coup, le bruit effroyable d'une détonation raisonna dans tout le parc.

Jim couru à l'endroit du drame. Ses jambes étaient en coton. Mickaël se releva tout tremblant. Il venait d'abattre l'être le plus abject au monde. Jim lui tendit sa main pour le faire remonter. Il le serra fort dans ses bras :
-"Tout est fini à présent. Nous allons rentrer à la maison." Il l'embrassa avec fougue sur la bouche. Mickaël le repoussa :
-"J'aurais voulu lui faire subir les mêmes souffrances qu'il a infligées à toute ma famille. Tu n'as pas idée de l'horreur dont j'ai été témoin.
- Il a payé pour ses crimes. Il ne faut pas que tu tombes à son niveau. Justice est rendue." Jim lui caressa doucement le visage et l'emmena loin de ce cauchemar.

Dans les mois qui suivirent un grand procès fut ouvert contre de gros bonnets de la mafia grâce aux disquettes retrouvées. Mais aucune peine ne serait jamais assez lourde pour apaiser la colère de Mickaël. Maintenant qu'il avait retrouvé la mémoire, il devait vivre avec le souvenir de son passé.
fin

 

Voir les commentaires

Rédigé par Michael

Publié dans #nouvelles gays

Repost 0

Publié le 12 Juin 2007

Chap.1
Une sirène d'ambulance hurlait dans la nuit. Encore une soirée mouvementée pour l'hôpital du comté de Sacramento en Californie. Les urgences étaient déjà pleines à craquer lorsqu'on amena le corps de Mark. Il venait de recevoir une balle de revolver dans le bras.
Il avait déjà perdu beaucoup de sang, et même s’il était encore conscient, le monde extérieur lui semblait déjà lointain. Son état n’était pas critique, mais la balle était passée près d’une artère. Le médecin l'examina rapidement et le dirigea en salle d'opération. Mark entendait des pleurs et sentait l'odeur nauséabonde du désinfectant. Il se sentit englouti par le néant et ses pensées firent un bon dans le passé. Tout avait commencé il y a, à peu près 1 an.

Mark appartenait à une famille de petit bourgeois. Ils avaient déjà planifié sa vie toute entière et ce depuis sa naissance. Il voyait en lui le digne héritier des Farlow. Il eut les meilleures nounous, alla dès la maternelle dans une école privée, et il finissait de brillantes études à Haward. Ses parents prévoyaient de le marier avec une amie d'enfance, elle aussi issue d'une famille aisée. Ils avaient déjà programmé la cérémonie, acheté la maison, et engagé la nurse pour leurs futurs petits enfants. Mais pour Mark, il était de plus en plus difficile de rentrer dans ce moule un peu trop étroit pour lui.
Il avait traversé une année difficile. Le stress des examens, l’approche du mariage et la peur de décevoir sa famille l’avait entraîné dans l’univers de la drogue. Tout avait commencé par quelques cachets d’extasie lors de soirées entre étudiants. Puis, il était passé aux drogues dures comme la cocaïne. Il se sentait tellement mal dans sa peau. Son esprit était troublé, parfois il avait l’impression que le monde allait l’engloutir. Seule la drogue le soulageait mais ce n’était que pour quelques heures. Une fois les effets dissipés, il se retrouvait de nouveau face à son mal être. Il avait fini par demander de l’aide et sortait d'une cure de désintoxication.
Sonia, sa fiancée, l'avait aidé à ne plus dépendre de l'enfer de la drogue. Elle avait su trouver les mots pour lui redonner confiance et le rassurer. Il éprouvait une profonde amitié pour elle et espérait qu'avec le temps il apprendrait à l'aimer.Il s'était fait à l'idée de l'épouser mais une partie de lui détestait cet état de fait. Mais comment échapper à l'influence de sa famille, surtout lorsqu'elle n'était d'aucun réconfort et refusait qu'il puisse avoir la moindre faille. Il avait toujours eu le sentiment de se sentir étranger à sa propre vie. Cela devenait de plus en plus dur à supporter. Il avait l'impression d'être à la recherche de quelque chose dont il ignorait tout. Il espérait que ce mariage allait enfin répondre à ses attentes.
Celui-ci devait avoir lieu en septembre. Alors pendant les mois d'été, il décida de se rendre à San Francisco. En fait c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour fuir ses parents trop envahissants.

Il se mit à sortir pratiquement tous les soirs. Il passa ses deux mois de vacances à traîner dans toutes sortes de boîtes, aussi branchées les unes que les autres. De la drogue, il était passé à l’alcool pour s’étourdir et oublier. Dans quelques jours il serait marié à une femme formidable et il avait peur de ne pas être à la hauteur.
Ce soir là, il s'installa au bar d'une discothèque plutôt désertée par les habitués, pour ce qui devait être sa dernière nuit d'ivresse. Au bout de plusieurs verres, un jeune homme vint s'asseoir à ses côtés et briser sa solitude :
-"Je peux vous offrir un verre ?" L'homme arbora un large sourire. Mark compris rapidement que le jeune homme devait être un jeune homo, à la recherche d'un partenaire pour la nuit. Pourtant il accepta son offre plus par défi que par intérêt. Il voulait voir jusqu'où il était prêt à aller. Contrairement à ce qu'il s'attendait, ils se mirent à parler librement de sujets divers et variés. A aucun moment le jeune homme n’essaya de le draguer. Pour la première fois depuis longtemps, on ne le jugeait pas, on l'écoutait. Il finit par jeter un coup d'oeil à sa montre, et s'aperçut de l'heure tardive:
-"je suis désolé, mais il faut que je rentre chez moi.
- On ne va pas se quitter comme ça. Je sens comme un courant qui passe entre nous. Tu pourrais me donner ton numéro de téléphone et se revoir." Il posa sa main sur celle de Mark, qui la retira précipitamment. La gêne s'installa en lui. Il ne pouvait que s'en prendre à lui-même. Il avait abusé de la gentillesse de ce garçon en lui faisant espérer une marque d'affection de sa part :
-"Je suis désolé mais je crois que j'avais simplement besoin de parler à quelqu'un ce soir. Je ne suis pas gay.
- Pourtant tu t'es senti bien ce soir avec moi, n'est-ce pas ? ." Mark bredouilla quelques mots d'excuses et sorti. Une fois dans son lit, il ne réussit pas à trouver le sommeil. Il ne cessait de repenser à sa conversation avec cet inconnu. Soudain il fut soulagé de se marier.

Les préparatifs battaient leurs pleins. Toute la famille était en ébullition. Visiblement la cérémonie de mariage allait être princière. Tout ce luxe n'était que poudre aux yeux et Mark en était malade. Il aurait souhaité une réunion entre intimes, loin du protocole. Il avait trouvé refuge dans le grenier de la demeure ancestrale. Il aimait ce genre d'endroit où se trouvaient de nombreux trésors cachés. Il commença à fouiller dans les cartons entassés à la recherche de son passé. Il trouva un vieil album photos du lycée. Il s’assit dans un coin et le feuilleta. Il regrettait cette époque où l'on avait encore le droit d'être insouciant. Soudain un visage que son esprit avait inconsciemment chassé de sa mémoire remonta à la surface. Il s'agissait de son meilleur ami, Johnny. Une amitié très forte les avait unis pendant de nombreuses années, mais la mort était venue s’immiscer entre eux. Il s'était tué dans un accident de moto peu de temps avant l'examen final. Mark avait été très choqué par la perte de son ami. Il se souvint qu'après ce drame il avait commencé à descendre la pente tout doucement. Il avait été envahi par un profond désespoir. Puis il s’était plonger dans ses études à Hawards, travaillant sans relâche pour oublier. Il referma violemment le livre et descendit prendre un bain de foule.

Le grand jour était enfin arrivé. Il était au bras de sa future femme l'accompagnant vers l'autel. Ses mains étaient tremblantes et son estomac noué. Alors qu'il marchait dans l'allée d'un pas saccadé, il remarqua un jeune homme dans l'assistance. Il fut troublé par la beauté de son visage. Il se tourna vers Sonia et eut une envie folle de s'enfuir. Avant de prononcer le "oui" fatidique, il regarda une dernière fois derrière lui mais le jeune homme avait disparu. Et dans un profond soupir il répondit affirmativement à la question du prêtre.
Après la cérémonie, ils partirent en lune de miel à Tahiti. Sonia était rayonnante de bonheur. Quant à Mark, il faisait semblant. Il essayait de se persuader qu'il était heureux. Il finit même pendant un certain temps à y croire. Une fois de retour à Sacramento, il obtient un poste important dans l'entreprise que dirigeait son beau-père. Il se mit à travailler comme un forcené du matin au soir. Il rentrait de plus en plus tard, prétextant une surcharge de travail. Sonia commençait à se poser des questions sur leur union.

Pendant près d'un mois elle passa pratiquement la plupart de ses soirées seule. N'en pouvant plus elle décida d'avoir une conversation avec son mari :
-"Pourquoi m'avoir épousé, si c'est pour me fuir ? Je ne te plais plus ? Je sens ton esprit préoccupé. Tu pourrais te confier à moi, ça te soulagerait.
- Tu te trompes. Je veux seulement faire bonne impression à ton père. J'ai beaucoup de travail pour être à la hauteur.
- Je te connais bien. Tu te cherches des excuses" Il pouvait voir dans ses yeux la colère monter. Il se sentit de plus en plus mal à l'aise. Il était au pied du mur. Il ne se sentait plus le courage de continuer à lui mentir. Il l'aimait trop pour faire une chose pareille :
-"Mes sentiments pour toi sont confus. Je t'aime énormément...
- Mais pas suffisamment pour que notre mariage fonctionne. C’est bien ça ?
- Je ne pense pas pouvoir t'aimer comme tu le mérites. J'ai beau essayer de toutes mes forces, je n'y parviens pas. Je me sens vide. Je ne veux pas te faire souffrir.
- Nous pouvons toujours consulter un thérapeute. Je ne veux pas baisser les bras aussi facilement. Cela fait à peine trois mois que nous partageons notre vie, il faut mettre toutes les chances de notre coté pour réussir à passer ce cap.
- J'ai besoin de prendre du recul et de faire le point sur ma vie." La rage envahit Sonia. Elle avait mis tous ses espoirs en Mark. Elle avait fait de nombreux projet d'avenir avec lui, en particulier avoir des enfants. Comment pouvait-il l'a traiter de la sorte ? Elle avait le sentiment qu'il ne cherchait même pas à faire le moindre effort pour améliorer la situation :
-"Va-t’en si tu veux, je ne veux plus te revoir !" Elle éclata en sanglot. Mark s'en voulait de lui faire tant de mal mais il ne savait plus où il en était. Il avait l'impression d'être un enfant se retrouvant tout seul dans le noir. L'angoisse de la solitude et l'échec de son mariage lui donna une irrésistible envie de tout oublier. Le seul moyen qu'il connaissait s'était la drogue.

Après avoir lutté des heures contre ses démons, Mark se retrouva à trois heures du matin dans les toilettes d'un bar miteux. Il était à la recherche d'un dealer. Au moment où il allait prendre son sachet de cocaïne, la porte s'ouvrit dans un grand fracas. Mark aperçut un homme armé brandissant une plaque de police hurlant quelques mots. Le trafiquant projeta Mark sur le policier en tentant de s'enfuir. Dans la précipitation, il tomba au sol et s'assomma sur le carrelage. A moitié groggy, Mark senti l'homme l’aider à se relever et le conduire jusqu'à son appartement.

Chap. 2
L’homme s'approcha en lui tendant un verre d'eau :
-" Comment vous sentez-vous ? Je m'appelle Gary Collins. Inspecteur Collins.
- Je suis en état d'arrestation ? Qu'est-ce que je fais ici ? Je ne devrais pas être en prison?
- Si vous voulez, je peux vous y conduire mais j'avoue que vous m'êtes plus utile dehors.
- Je ne comprends pas ! " Mark avait la bouche pâteuse. Il avait mal au crâne à l'endroit où sa tête avait heurté le sol. L'inspecteur Collins ne ressemblait en rien à l’image du flic bedonnant et grassouillet qu’il avait en tête. Il portait une tenue très décontractée et était plutôt bel homme. Il devait avoir dans la trentaine, d’allure athlétique avec de magnifiques cheveux couleur d’ébène :
-"Dans un mois je quitte la police. Mais avant de partir j'aimerai faire un coup d'éclat. Depuis des semaines je surveille Rodriguez, un gros trafiquant de stupéfiants. Mais il est très méfiant. Je n'arrive pas à me faire admettre dans le cercle très fermé des intimes.
- Je ne vois pas en quoi je peux vous aider. Je ne touche plus à la drogue. Ce soir j'étais à bout. J'allais commettre une erreur quand vous êtes intervenu. Je ne replongerais plus, je vous le jure
- Je veux simplement que vous m'introduisiez auprès de lui. A voir votre super costume fait sur-mesure, j'imagine que vous faites partie de la haute société et Rodriguez aime naviguer parmi les nantis.
- Et si je refuse ?
- Alors je vous arrête pour possession illicite de drogue. Vous imaginez le scandale ?
- Vous ne pouvez pas faire une chose pareille." Sa tête allait exploser. Il était coincé de tous les cotés. Il y avait Sonia qui lui mettait la pression, sa famille qui l'attendait au tournant et maintenant ce flic qui lui demandait de se mettre en danger pour approcher un dealer. Il commença à avoir le souffle court, ses mains se mirent à trembler, son coeur s'affola et il fut pris de nausées. Il se précipita dans les toilettes. Gary regrettait à présent de l'avoir entraîné dans cette histoire. Il se demandait s'il tiendrait le coup pour une telle mission :
-"Vous avez besoin de quelque chose ?
- Je suis à bout. Ma vie est un fiasco ! Mon mariage prend l'eau et me voilà impliqué avec la police.
- Je veux vraiment arrêter ce type. Il a bousillé pleins de jeunes gens avec sa came. Je n'ai plus beaucoup de temps. Mais si vous refusez, je n'ai aucun moyen de vous obliger.
- Et la prison ?
- Je disais ça pour vous faire peur. Mon intervention de ce soir n'était pas légale. Je n'étais pas en service lorsque j'ai débarqué.
- J'ai besoin de réfléchir." Après avoir retrouvé un peu de couleur, Gary proposa à Mark de rester dormir sur le sofa. Celui-ci accepta, il n’avait aucune envie de rentrer chez lui. Mark s'endormit comme une masse, complètement vidé par cette soirée.

Au petit matin, il retourna dans son appartement pour prendre quelques affaires puis il irait se chercher une chambre d'hôtel. Lorsqu'elle entendit la clé dans la serrure, Sonia se sentit soulagée. Elle n'avait pas dormi de la nuit. Elle savait de quoi il était capable lorsqu'il était poussé dans ces derniers retranchements. Elle remarqua sa blessure à la tête :
-"Que t’est-il arrivé ? Tu n'as pas retouché à la drogue !
- J'ai fait une chute, c'est tout. Et non je ne me suis pas drogué.
- Je m'excuse pour hier soir.
- Non, tout est de ma faute.
- Je veux que tu restes. Je suis sûre qu'on va trouver une solution." Elle lui sourit avec tendresse et lui prit la main. C'est à cet instant qu'il sut qu'il n'avait plus rien à faire avec elle :
-"Je suis simplement venu prendre quelques affaires. Je vais me louer une chambre à l'hôtel.
- Tu décide de tout plaquer, comme ça sur un coup de tête ? ." De nouveau ses yeux exprimaient le mépris. Pour la première fois de sa vie, Mark allait agir pour lui et non pour faire plaisir à son entourage.

Après avoir réfléchi longuement, il décida d'aider Gary dans son enquête. Lorsqu’il avait fait sa cure de désintoxication, il avait apprécié le travail des personnes qui lui avaient tendu la main. Peut être était-il temps de faire un geste à son tour et de faire quelque chose de positif de sa vie. Lorsqu'il arriva à l'appartement, il trouva un Gary de très mauvaise humeur. Il devait avoir eu une journée difficile :
-"J'ai pris la décision de vous aider.
- Vous avez fait le bon choix. Nous allez rendre service à de nombreux jeunes." Ils finirent leur conversation autour d'un bon repas au restaurant. Ils mirent au point leur plan d'action. Gary semblait avoir tout prévu dans les moindres détails.

L'affaire semblait bien huilée, pourtant Mark n'était tout de même pas très rassuré
Pendant plusieurs semaines, Mark fit en sorte que Rodriguez ait confiance en lui. Il commença par lui acheter de petites quantités de drogues, puis une fois devenu un client fidèle lui proposa d’élargir sa clientèle. Le trafiquant prit ses précautions et mena sa propre enquête sur Mark. Il fut rapidement convaincu qu'il tenait là un bon filon pour se faire de l'argent facile. Mark lui proposa donc de rencontrer des acheteurs potentiels qui souhaitaient acheter de grosses quantités de drogues afin de l’écouler lors de fêtes pour gosses de riches. Rodriguez mit peu de temps à se laisser convaincre car il était loin d'imaginer qu'un petit bourgeois pouvait le doubler.

Depuis le début de leur collaboration, Gary était très impressionné par le sérieux de Mark dans cette affaire. Il lui était très reconnaissant et admiratif car sans lui, il lui aurait été impossible d’approcher ce trafiquant.L’opération touchait à son terme. Demain, Rodriguez dormirait en prison, si tout se déroulait comme prévu. Gary invita Mark à dîner dans son appartement. Ce dernier était très excité par la tournure des événements. Tout semblait si facile. Il se sentait une âme de héros. Gary essaya de le ramener sur terre en lui rappelant qu'ils avaient affaire à un homme très dangereux. Et qu’il s’agissait d’une mission à risque dont Mark s’était admirablement tiré. Celui-ci ignorait beaucoup de chose sur Gary. C’était un homme très secret. Il profita de cette soirée en tête-à-tête pour apprendre à mieux le cerner :
-"Je me demandais pourquoi tu quittais la police. Tu as l'air d'aimer tellement ce que tu fais. Et je sais que se n'est pas la peur, ni l'argent qui te motivent, alors c'est quoi?
- Je ne supportais plus le harcèlement de mes collègues suite à une fâcheuse histoire. Je ne me suis pas senti soutenu par mes supérieurs, alors je préfère partir. Et toi pourquoi n'es-tu pas au coté de ta jeune épouse au lieu de me suivre dans ce merdier." Mark se rembruni. Cette question le mettait mal à l’aise :
-"Je crois que je me suis marié pour de mauvaises raisons. J'ai voulu faire plaisir à ma famille, rentrer dans le moule. Je m'étais persuadé que nous étions fait l'un pour l'autre, mais j'avais tort. » Gary semblait plus détendu ce soir. Plus enclin à se laisser aller à la confidence.
- Et maintenant, tu sais ce que tu veux faire de ta vie après toute cette histoire?
- Pas vraiment mais je sais ce que je ne veux plus. Et toi tu n’as rien d’un retraité, que vas-tu devenir ? » Leurs regards s'accrochèrent un court instant. L’atmosphère s’était soudain chargé d’électricité. Ils avaient pas mal bu et les yeux de Gary brillaient d’un éclat particulier. Cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi bien. Finalement sa séparation d’avec Sonia était la meilleure décision qu'il avait prise ces derniers temps. Il avait l'impression de ressentir, pour Gary, la même complicité qui l'avait uni par le passé à son ami d'enfance, mort tragiquement. Cette découverte le troubla énormément. Soudain, il voulut fuir loin de cet homme qui le troublait tant. Il prit congé, prétextant un rendez-vous important. Gary fut très déconcerté et déçu, il aurait aimé pouvoir prolonger la soirée. Lui aussi avait une confession à faire, il s’était suffisamment senti en confiance pour se livrer ce soir. Mais Mark ne semblait pas encore prêt.

De retour à son hôtel il fut surpris de découvrir que Sonia l'y attendait. Elle était toujours aussi resplendissante. Un épais maquillage dissimulait pourtant mal les cernes qui se formaient sous ses yeux :
-"Je suis venue prendre de tes nouvelles. Je m'inquiète pour toi. Tu ne réponds plus à mes appels.
- Je vais très bien. Ca m'a fait énormément de bien de prendre du recul. J'ai fait le point sur ma vie. Il est temps que les choses changent pour moi." Elle se crispa. Il ne supportait pas de la voir dans cet état. Il devait aller au bout de ses résolutions :
-"Je fais sûrement partie de ces changements, n'est ce pas ?
- Oui. Je veux demander le divorce. Ensuite j'envisage de changer de voix. Je suis entrée dans les affaires pour faire plaisir à mon père. J’aimerais m’engager plus dans un travail social afin d’aider les gens en difficultés comme on l’a fait pour moi. Je crois qu'il est temps pour moi de faire mes propres choix
.- Je t'aime. On ne peut pas se quitter comme ça.
- Et puis j'ai rencontré quelqu'un avec qui je me sens bien." Il savait que ce qu'il venait de lui dire était terrible. Mais c'était la seule chose qui lui était venu à l'esprit pour qu'elle accepte de le laisser.
-"Qui est-ce ? Je la connais ?
- A quoi bon te torturer ! Je veux juste sortir d'un mariage qui n'a pas marché.
- D'accord tu l'auras ton divorce !" Elle s'enfuit à travers la nuit. Sa rancoeur était tenace. Elle n'arrivait pas croire que tout était fini. Elle avait rêvé de partager sa vie avec Mark depuis sa tendre enfance. Elle avait grandi avec l'idée de passer le reste de sa vie avec l'homme qu'elle aimait le plus au monde. Elle ne pouvait pas le laisser faire sans tenter quelque chose.

Le lendemain matin elle prit la décision de le suivre discrètement. C'est ainsi qu'elle le vit pénétrer dans un immeuble qu'elle pensait être celui de sa maîtresse. Elle monta lentement les deux étages. Son souffle lui manquait. Elle ne savait pas si elle aurait assez de courage pour aller jusqu'au bout. Arrivée devant la porte, elle respira profondément et frappa trois coups secs. Gary vint lui ouvrir. Mark l'entrevit dans l'encadrement de la porte :
-"Je n'y crois pas ! Maintenant tu m'espionnes. En fait, tu ne vaux pas mieux que ma famille. Tu veux m'empêcher de vivre ma vie !!
- Pardonne moi. J'avais besoin de savoir avec qui tu me trompais. Je ne peux pas te laisser partir sans me battre.
- Fous le camp ! Sors de ma vie." Mark était hors de lui. Gary demanda à Sonia de les laisser tranquille. Elle redescendit quatre à quatre les marches. Son mariage était bel et bien fini. Elle ne pouvait s'empêcher de se culpabiliser. Elle se dit qu'elle avait sûrement une par de responsabilité.
Mark comprit que sa colère n'était pas vraiment destinée contre Sonia mais plutôt contre lui-même :
- Je crois que j'ai été odieux avec elle depuis le début de cette histoire. Mais c'est plus fort que moi. Quand je la vois, elle me renvoie tout ce que je ne serais jamais. A force de lutter contre mes sentiments, j'en ai perdu mon âme et ma santé.
- Elle à dit que tu la trompais. Il y a un quelqu'un d'autre dans ta vie ?" Gary eut soudain l'air attristé :
- Je n’en sais rien mes sentiments sont confus. Je ne suis pas sur d’être capable d’aimer quelqu’un" Il s'arrêta net sentant qu'il empruntait un terrain glissant. Il retourna à son hôtel, laissant Gary se préparer à mettre un terme à son enquête en prenant Rodriguez en flagrant délit.

Après le départ de son ami, il eut pourtant du mal à se concentrer sur l'affaire. Il se dirigea vers sa commode et en sorti une photo. Elle le représentait lui et un collègue en uniforme. Un sourire se dessina sur ses lèvres, un sourire d'amertume :
-"Pourquoi a t'il fallu que ce soit toi qui te fasses tuer dans cette ruelle ? Tu me manques tellement." Il caressa du bout des doigts ce visage gravé pour l'éternité sur papier glacé.

Avant de se rendre à son rendez-vous, Gary reçut la visite de Sonia. Elle devait vraiment tenir à son mari pour insister aussi lourdement. Il essaya de rester poli mais il ne savait pas comment l'aider :
-"Ecoutez Madame, je ne pense pas être la meilleure personne pour résoudre vos problèmes avec Mark.
- Qui êtes-vous pour mon mari ?
- Il m'aide dans une de mes enquêtes et nous sommes devenus amis, c'est tout. Mais j'ai appris à le connaître au cours de nos entretiens. Je crois que vous devriez accepter le fait qu'il souhaite reprendre sa vie en main.
- Je ne sais pas ce que Mark vous a raconté mais vous ne connaissez rien de lui et moi.
- Je ne le connais pas depuis longtemps mais je pense que vous refusez de voir la vérité en face. Cessez donc de vous agripper à lui comme à une bouée de sauvetage. Est-ce lui que vous voulez aider ou bien vous qui avez peur de vous rendre compte que vous vous êtes trompée depuis le début ? » Elle claqua la porte. Elle en avait suffisamment entendu.

chap. 3
Mark attendait le retour de Gary dans sa chambre d'hôtel. Un sentiment d'angoisse lui nouait l'estomac. Il craignait le pire concernant la fin de la mission. Il ne voulait pas le perdre. Il avait tellement besoin de lui. Il ne savait pas pourquoi, mais tout son être vibrait par sa seule présence. Il n'avait jamais rien ressenti de pareil. Peut-être était-ce cela l'amour ?. Cette idée le fit frémir. Comment lui, un homme pouvait-il ressentir la moindre attirance pour un autre homme ? Il chassa cette idée de son esprit.

Les yeux de Mark commençaient à se fermer lorsqu'il entendit frapper à sa porte. Il se précipita à grandes enjambées. En ouvrant, il découvrit Gary avec une bouteille de champagne à la main. Ils entamèrent une danse de la joie. Après ce moment d'euphorie, ils débouchèrent la bouteille et Gary raconta le déroulement de l’embuscade. Mark ne l'écoutait qu'à moitié :
-"Si je t'ennuie, tu n'as qu'à me le dire !
- Excuses moi je pensais à autre chose. Tous ces événements me confortent dans l'idée que maintenant que Rodriguez est derrière les barreaux, nous ferions mieux de ne plus nous revoir.
- Je ne comprends pas. Je pensais que nous étions amis ?
- Je ne sais plus où j'en suis. J'éprouve pour toi des sentiments étranges et je t'avouerais que ça me fait peur.
- Alors tu préfères fuir une fois de plus ? !" Gary se leva. Il se tenait à quelques centimètres du visage de Mark :
-" Tu vois, ce soir j'ai réalisé que fuir ne résoudrait rien. J'ai cru que cette solution me conviendrait. Mais j'étais tellement fier lorsque j'ai passé les menottes à ce sale type ce soir. J’ai réalisé que je ne voulais pas quitter la police pour de mauvaises raisons. Il est temps pour moi de te dire toute la vérité." Il alla se servir une coupe de champagne. Il sortit une photo de son porte carte et la tendit à Mark. Elle le représentait en compagnie d'un autre officier de police :
-"Il s'appelait Jason. Nous étions coéquipiers et nous vivions ensemble en tant que couple. Bien sûr nous avons dû cacher notre liaison par peur des représailles. La police est un milieu de macho où il ne fait pas bon être homo. Il y a deux ans lors d'une mission de routine, Jason s'est fait descendre par un drogué. Depuis sa mort mes collègues n'ont eu de cesse de me rendre la vie impossible. Ils avaient compris les liens privilégiés qui nous unissaient. J'ai perdu toute crédibilité à leurs yeux. J'ai alors décidé de baisser les bras et de quitter la police. Je m'étais fait deux promesses mais je n'en tiendrai qu'une." Il n'avait pas osé regarder Mark dans les yeux durant tout son discours. Il craignait que sa confession ne le fasse fuir pour toujours. Mark n’avait pourtant pas bougé. Il était sensible au fait qu'un homme puisse se mettre à nu sans retenu. Il l'enviait de pouvoir être aussi franc sur ses sentiments :
-"Quels étaient tes promesses ?" Sa question encouragea Gary à poursuivre :
-"Je m'étais promis d'arrêter la personne responsable par ses actions de la mort de mon ami. Ce que j'ai fait ce soir grâce à ton aide.
- Et la promesse que tu n'a pas tenue ?
- De ne plus jamais rien ressentir pour un autre homme. Lorsque je t'ai rencontré pour la première fois, j'ai pensé que tu ne devais être qu'un sale petit junkie. Je voulais simplement me servir de toi. Mais j'ai très vite compris mon erreur. J'ai réalisé que tu étais quelqu’un de bien, de courageux et de sensible. Je crois que je suis tombé amoureux de toi.
- Comment peux-tu affirmer une chose pareille ? Ma vie est un gâchis. Je ne suis bon à rien.
- Il est temps que tu ouvres les yeux. Tu ne pourras pas fuir toute ta vie. C'est ce que j'ai compris ce soir. Je voulais fuir en quittant la police alors que j'aime mon métier et que je le fais bien." Mark pouvait sentir la douce chaleur du corps de Gary à la fois si proche et si lointain. Ce dernier glissa ses doigts entre ceux de Mark et l'attira vers lui. Ses lèvres caressèrent sa joue pour finir sa course sur sa bouche. Mark ne tenta même pas de résister. Ils restèrent un long moment enlacer à s'embrasser. Mark fut envahi par un sentiment de bien être. Toutes ses peurs semblaient si loin à présent.

Mais l'enchantement fut brisé par les cris de stupéfactions poussées par Sonia. Mark et Gary sursautèrent en la trouvant planté devant eux. Elle avait les yeux exorbités et sa bouche faisait une moue de dégoût :
-"Oh mon Dieu ! Dis-moi que ce n'est pas possible.
- Sonia je vais tout t'expliquer." Elle lui asséna de nombreux coup de poings. La rage sortait par tous les pores de sa peau. Elle se précipita vers Gary et avec une violence insoupçonnée le fit trébucher au sol :
-"Espèce de salaud ! Tu as profité du désarroi de mon mari pour l'attirer dans tes filets. Tu n'es qu'un sale pervers..." En essayant de le griffer, sa main rencontra l'arme de service de Gary. Elle s'en saisit et le mit en joue. Il réussit assez facilement se dégager et se mettre hors d'atteinte. Mark se précipita sur Sonia pour la désarmer avant qu'elle ne blesse quelqu'un.
Un coup de feu retenti, raisonnant à travers toute la pièce. Sonia était sous le choc. Quant à Mark, une mare de sang s'écoulait de son bras.

Il se réveilla dans sa chambre d'hôpital. Il avait très mal, mais il n’avait rien de bien grave. Gary se tenait à ses cotés. Il lui serra tendrement la main et lui sourit. Il n'avait plus peur à présent. Il savait que quelqu'un l'aimait et qu'à son tour il était capable d'aimer. Une nouvelle vie s'offrait à lui et il était bien décidé à la vivre pleinement.
fin

 

Voir les commentaires

Rédigé par Michael

Publié dans #nouvelles gays

Repost 0