Passé, qui es-tu ?

Publié le 12 Juin 2007

Chap. 1
Quelques bougies, savamment disposées dans une chambre, donnaient l'impression qu'une chorégraphie était en train de se dessiner sur le mur situer au-dessus du grand lit que partageait Mickaël et James. Les 2 corps en parfaite harmonie, s'enlaçaient, se couvraient de caresses, puis s'agitaient dans des mouvements frénétiques pour reprendre un rythme plus lent et sensuel. Les bouches se cherchaient, rencontraient un bas ventre puis remontaient vers le torse, contournant les tétons légèrement effleurés pour finir leurs courses l'une vers l'autre.
Mickaël aurait aimé pouvoir faire durée ce moment une éternité mais une fois les corps rassasiés, le sommeil finissait toujours par l'emporter.

Ces dernières semaines il avait peur de se laisser aller à s'assoupir car des terreurs nocturnes hantaient ses rêves. Il s'agissait toujours du même cauchemar. Il avait l'impression de se retrouver dans un épais brouillard, son coeur battait à tout rompre, une boule nouait sa gorge, il avait envie de hurler mais aucun son ne sortait de sa bouche. Un homme immense s'approchait de lui. Il n'arrivait jamais à voir son visage mais il sentait que sa vie était en danger. Il tenait quelque chose à bout de bras mais impossible de savoir de quoi il s'agissait, car à ce moment là, il se réveillait trempé de sueur.

La pluie tombait bruyamment sur la ville. Les premiers rayons de soleil étaient dissimulés par les amas de nuages. Une douce odeur de pain grillé et de café embaumaient le petit appartement de Mickaël et James.
Mickaël avait créé sa propre affaire, il était informaticien et s'occupait d'aider les entreprises pour la gestion de leur site internet.

Il souffrait d'amnésie depuis son enfance. On l'avait retrouvé, à moitié mort, à l'âge de 12 ans dans le désert du Nevada. depuis ce jour, il avait vécu dans des familles d'accueil sans jamais se rappeler de son nom, ni de son histoire. C'était comme s'il n'avait jamais existé avant ce terrible drame. Il avait réussi à poursuivre normalement sa scolarité et faisait preuve d'une vrai force de caractère.
Il partageait la vie d'un jeune avocat, Jim depuis 2 ans. Ils s'étaient rencontrés au cours d'un procès qu'un employeur mécontent avait intenté à la société de Mickaël. Ils s'étaient liés d'amitié puis au fils du temps des sentiments plus intenses avaient fini par les unir.

Jim fut réveillé par le bruit de la vaisselle et ne put se rendormir. Il en avait assez d'être réveillé ainsi tous les matins à 5 heures. Malgré tout l'amour qu'il lui portait, rien ne semblait apaiser son ami. Il lui avait conseillé de consulter un médecin à cause de ses terreurs nocturnes, mais ce dernier refusait catégoriquement. Il avait vu trop de psy dans sa jeunesse et savait bien qu'ils ne pouvaient rien pour lui. Jim se leva en s'étirant et le rejoignit dans la cuisine. Il s'approcha derrière lui pour l'enlacer, mais ce dernier sursauta comme s'il était sur le qui-vive :
"- Je suis désolé si je t'ai réveillé, chéri." Ils échangèrent un baiser presque fraternel, bien loin de la passion de la nuit passée :
- C'est pas grave. Mais je continue de penser que tu devrais aller consulter un spécialiste"Mickaël coupa court à la conversation et parti lire son courrier de la veille. Une lettre attira son attention. Il la décacheta et la relut à plusieurs reprises sans en comprendre la signification. Un dénommé John Crawford. le conviait à une réception dans sa villa située du côté de Beverley Hills. Ce nom ne lui disait rien. Il était intrigué, de plus un nouveau contrat ne serait pas de refus.

Il découvrit assez rapidement que ce John Crawford. était à la tête d'une grosse entreprise d'import-export. Peut être avait-il entendu parler de son entreprise et souhaitait faire appel à lui. Il décida donc de se rendre à ce cocktail car un peu de pub ne lui ferait pas de mal.

Mickaël était très beau dans son superbe smoking loué pour l'occasion. Jim resta un long moment à l'observer lorsqu'il s'habilla. Il aurait aimé à cet instant s'approcher de lui et ôter ses vêtements pour caresser son corps et ses courbes parfaites. Même après deux ans de vie commune, il était toujours aussi amoureux de lui. Tout le mystère qui l'entourait et son coté parfois très sombre, lui donnait une "aura" particulière. Il avait souvent envie de le protéger et rendre sa vie moins douloureuse. Mais Mickaël était un être fier qui refusait que l'on s'attendrisse sur son sort.

Dans une très luxueuse villa, les deux jeunes hommes se retrouvèrent au milieu d'une soirée guindée et austère. Quelques hommes d'affaires parlèrent argent, et leurs compagnes des derniers potins et autres scandales. Au cours de la soirée, leur hôte finit par inviter Mickaël à le rejoindre en privé dans sa bibliothèque.
Dès qu'il pénétra dans la pièce, il ressentit un certain malaise qui ne cessa de croître. John Crawford. devait avoir dans les soixante ans mais en paraissait beaucoup moins. Il lui offrit un verre, que Mickaël n'osa pas refuser. Il parlèrent de tout et de rien, il sentait bien que John tournait maladroitement autour du pot. Il l'interrogea à plusieurs reprises sur sa famille mais étant incapable de répondre, Mickaël finit par perdre patience :
"-Mr Crawford. j'aimerais bien que vous alliez droit au but. Si vous souhaitez investir dans mon entreprise je me ferai une joie de vous transmettre un dossier complet.
- Je ne vous ai pas contacté pour faire affaire. En fait, ce que j'ai à dire est très délicat. J'ai peur que vous ne me preniez pas au sérieux
- Dites toujours et puis on verra bien" John se leva et se rapprocha du jeune homme. Il avait un air grave et sombre :
"- Je pense être votre père" Mickaël eu beaucoup de mal à réaliser la portées de ces propos. Il avait l'impression de se retrouver dans un mauvais film :
-"Vous avez compris ce que je viens de vous dire ?
- Oui, mais j'avoue ne pas comprendre. Comment cela est-il possible ?
- Pourtant c'est la vérité. J'en ai eu la confirmation il y a quelques semaines. J'ai longtemps hésité avant de prendre contact avec vous. J'avais très peur que vous refusiez de m'adresser la parole.
- Excusez-moi, je ne me sens pas très bien. Il faut que je sorte." Mickaël s'enfuit comme un voleur sentant une crise de panique le gagner. Il trouva Jim et lui ordonna de le ramener à leur appartement.

Une fois de retour, il se précipita dans la chambre. Il s'enfouit sous les couvertures, en espérant que son coeur n'explose pas tellement il battait fort. Pendant dix ans il avait passé une bonne partie de ses nuits à se chercher un passé, une identité. Mais à chaque fois seule le néant lui apparaissait. Aujourd'hui, un homme qu'il ne connaissait pas lui offrait une chance de découvrir ses origines. Il était fou de joie de voir son cauchemar prendre fin. Malgré tout, la peur de découvrir la vérité l'avait empêché d'aller plus loin. Il avait besoin de réfléchir. James se glissa à ses cotés, lui caressant les cheveux comme pour rassurer un enfant craintif. Tout son corps tremblait, il savait que cela ne durerait pas mais ce sentiment de ne plus avoir de contrôle sur son propre corps le terrifiait. James lui apporta un calmant, et blottit l'un contre l'autre, les soubresauts finir par s'atténuer. Une paix fragile les enveloppèrent.

Le lendemain matin, après une nuit agitée par les monstres du passé, Mickaël se rendit au bureau de Monsieur Crawford. La peur de la veille avait fait place au désir de savoir. Il s'était toujours posé tant de questions, aujourd'hui on allait enfin lui répondre. Face à cet homme à la carrure imposante, il se sentait comme hier soir très mal à l'aise. John avait l'air heureux qu'il se soit décidé à venir le rencontrer mais Mickaël ne lui laissa pas le temps d'en placer une tellement de questions se bousculaient dans sa tête :
-"Pourquoi avoir attendu dix ans avant de vous manifester ? Comment êtes-vous sûr que je sois votre fils ? Ma mère est-elle toujours vivante ?" Une épouvantable migraine lui prenait la tête dans un étau :
-"Du calme, laisse-moi le temps de commencer par le début. A cette époque j'étais en poste à Santa Barbara. Nous possédions une petite maison près de la plage. Tu sais que tu ressembles énormément à ta mère maintenant que je te regarde bien. Nous étions si heureux tous les trois. Un jour alors que j'étais parti en voyage d'affaire à Londres, j'ai reçu un coup de fil de la police m'annonçant qu'un cambriolage venait d'avoir eu lieu à notre domicile." Il ferma les yeux et respira profondément. Visiblement ces souvenirs le bouleversaient encore :
-"Ta mère avait été tuée et toi tu avais disparu. Quelques semaines plus tard, ils ont retrouvé le corps d'un jeune garçon complètement calciné. Ils ont cru que c'était toi et nous ne disposions pas assez d'ADN pour faire des tests fiables. J'étais sous le coup de l'émotion alors je suis parti très loin pour oublier. Il y a six mois alors que naviguais sur Internet j'ai découvert ton annonce. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai été troublé par ta photo et par différents détails."
Mickaël avait profité de l'Internet et de ses connaissances informatiques pour lancer un site qui permettrait à quelqu'un de l'identifier. Jusqu'à présent seul des malades l'avaient contacté. Jamais il n'aurait cru que ça marcherait. Jim l'avait mis en garde de nombreuses fois. Il avait peur que des personnes peu scrupuleuses en profitent pour lui faire du mal. Mais pourquoi un homme aussi riche que ce Crawford voudrait lui jouer un mauvais tour ?
-"J'ai engagé un privé pour vérifier différentes informations et il y a un mois il m'a confirmé ce que je soupçonnais. Tiens voilà une photo de toi et de ta mère. Peut être que cela va te rappeler quelque chose." La femme sur la photo jaunie était vraiment magnifique et John avait raison il lui ressemblait beaucoup. Mais à son grand regret il ne se souvenait de rien. A force de se concentrer sa tête allait exploser. La pièce se mit à tourner autour de lui et il perdit connaissance.

Son cauchemar récurant vint le hanter. L'ombre d'un homme très grand s'approchait de lui. Il ne distinguait que sa bouche qui exprimait un sourire glacial et cynique. Un objet pendait dans sa main mais il n'arrivait pas à voir ce que c'était. D'habitude il se réveillait toujours à ce moment précis mais cette fois se fut différent. Il se voyait en train de se lever et de s'approcher pour découvrir ce que l'homme tenait. Ce qu'il vit le rempli d'effroi. Les mains de l'inconnu étaient refermées sur une poignée de longs cheveux blonds et une tête sans corps se balançaient comme un pendu au bout de sa corde. Avec un cri d'horreur, Mickaël se réveilla en sueur. Il avait vu le visage de sa mère sans vie tuméfié et ensanglanté. Il lui fallut dix bonnes minutes pour réaliser qu'il ne s'agissait que d'un rêve mais tout paraissait si réel. A chaque fois ce sentiment le poursuivait comme s'il avait vécu cette scène véritablement. Il était persuadé que ce cauchemar était la réponse à une partie de son passé oublié. Mais comment croire qu'il avait pu vivre ce genre de scène.

Quand il reprit ses esprits il ne se trouvait plus dans le bureau de John mais dans un endroit plus confortable. Allongé sur un canapé, son mal de tête avait cessé et il commençait à se sentir mieux. Alors qu'il allait se sauver discrètement, John arriva pour prendre de ses nouvelles. Mickaël le rassura sur sa santé et lui promit de revenir rapidement. Il n'avait qu'une envie, se retrouver auprès de son ami.

Jim l'attendait avec impatience et nervosité. Il était très inquiet à son sujet. Ces dernières semaines il avait l'impression que Mickaël l'évinçait de sa vie. Ils devenaient étrangers l'un pour l'autre et ça, il ne le supportait plus. Une fois de retour, Mickaël s'affala sur la banquette extrêmement épuisé.
-"Tu veux que je t'apporte quelque chose, tu n'as pas l'air bien ?
- Non je te remercie. J'ai juste besoin de calme.
- Pourtant il va bien falloir que tu me parles de ce qui s'est passé ! Je fais toujours parti de ta vie que je sache.
- Excuses-moi, mais il m'arrive tout un tas de choses étranges. Viens près de moi et serres moi fort." Jim l'enlaça tendrement comme s'il avait à faire à un petit garçon effrayé. Mickaël lui raconta sa visite chez John et les révélations de ce dernier. Jim était perplexe. Il n'était pas du genre à croire au miracle. Mickaël avait besoin de se forger un passé, de ce fait il en était devenu très vulnérable. Jim avaient de multiples raisons de prendre cette nouvelle avec inquiétude. D'abord il y avait sa méfiance naturelle, puis il savait que Crawford appartenait à un autre milieu que le leur. Sa fortune le mettait au-dessus des communs des mortels. Il avait peur que Mickaël soit ébloui par tant d'argent. Il savait pertinemment que si John était bien son père, il n'accepterait pas aussi facilement l'homosexualité de son fils et encore moins son amant.

chap. 2
Dans les semaines qui suivirent, Mickaël mit ses peurs de cotés et essaya de se rapprocher de John. Celui-ci l'invita à plusieurs reprises dans sa villa qui disposait d'une piscine et d'un court de tennis. Il commençait à aimer ce genre de vie. Il passait des heures à écouter l'histoire de cet homme venu du passé. Les blancs laissés par son amnésie se remplissaient des récits de bonheurs racontés par Crawford. Pourtant rien de ce qu'il entendait ne faisait écho en lui. Son cauchemar revenait sans cesse et de plus en plus fréquemment. Il ne comprenait pas. La lumière faite sur son histoire devrait le laisser en paix mais il était loin de là.

Jim, par l'intermédiaire d'un ami du FBI, découvrit que John n'était pas aussi claire qu'il le faisait croire. Monsieur Crawford avait complètement disparu de la circulation après que sa femme et son fils aient mystérieusement disparu. Aucune trace d'un soi-disant cambriolage, le dossier parlait d'enlèvement. S'étant installé en Angleterre, il était difficile de vérifier toutes les informations. Il vérifia les journaux de l'époque mais aucune nouvelle n'avait filtré dans les médias. Simple comptable, il ne faisait pas la une des actualités. Il aurait fait fortune grâce à de bons placements en bourse.
Il trouva un message sur son répondeur. John le convoquait à son bureau. Il savait que ce moment devait finir par arriver. Un frisson lui parcourut l'échine. Une fois installé face à cet homme tout puissant qui allait bouleverser sa vie, ses mains devinrent moites comme lorsqu'il devait plaider une affaire déjà perdue d'avance. John ne prit pas de gant et était plutôt agressif :
-" Je sais quel genre de relation vous entretenez avec Mickaël. Alors dites-moi votre prix pour disparaître de sa vie ?
- Vous débarquez comme ça, un beau jour et vous vous croyez tout permis. Comment pouvez-vous croire que l'amour que j'éprouve pour Mickaël est à vendre ?
- Vous n'êtes qu'un pervers ! Vous avez profité de la faiblesse de ce jeune homme pour en faire votre jouet sexuel. Maintenant que j'ai retrouvé mon fils je ne vous laisserai plus agir." Jim était écoeuré. Comment à notre époque pouvait-on avoir une mentalité aussi vieux jeu ? Mais il n'était pas prêt à se laisser faire :
-"Je regrette, Monsieur Crawford, mais Mickaël et moi nous nous aimons. Vous auriez tort d'essayer de nous séparer
- Entre un père retrouvé et un vulgaire amant qui croyez-vous que votre ami va choisir ?
- J'ignore qui vous êtes. Vous prétendez être son père mais je n'y crois pas. J'arriverai à prouver que vous êtes un usurpateur. Quelles sont vos motivations ? mais je ferai tout pour protéger Mickaël." Il se leva et se dirigea vers la sortie. Il en avait suffisamment entendu. Il se devait de mettre en garde Mickaël contre cet individu. Il l'appela sur son portable pour lui fixer un rendez-vous au restaurant.

Cela faisait bien longtemps qu'ils n'étaient pas sortis dîner ensemble. Mickaël avait l'air détendu, il ne remarqua pas les traits tendus de son ami. Ils attaquaient le dessert lorsque Jim se jeta à l'eau :
-"Que penses-tu de Crawford ?
- Il est assez discret et distant, mais c'est normal il me croyait mort depuis dix ans. Je sais que tu es méfiant mais il faut lui faire confiance.
- Justement non. Aujourd'hui je l'ai rencontré. Il m'a proposé de l'argent pour que je te quitte. Il me fait très peur.
- Tu es prêt à dire n'importe quoi. Tu es inquiet que ma nouvelle vie ne nous sépare.
- Non c'est faux et tu le sais bien. Je t'aime trop pour te laisser au prise avec un homme qui te veut du mal. Je le sens.
- Si tu m'aimais vraiment tu comprendrais. Tant que tu n'auras pas confiance en mon jugement ne reviens plus. J'irai dormir chez mon père." Un profond désespoir l'envahit.

La nuit tomba rapidement sur la ville. Jim était absorbé dans ses pensées et pour décompresser il avait décidé de rentrer à pied. Il essayait de se convaincre du retour imminent de Mickaël. Il fallait qu'il réunisse assez de preuves pour faire éclater la vérité sur toute cette histoire. Alors qu'il traversait la rue pour rejoindre son appartement, une voiture démarra en trombe. Jim fut ébloui par la lumière des phares. Soudain il fut englouti par le néant. Il entendit les cris des passants puis plus rien.

Mickaël avait passé le reste de la soirée à se mortifier au sujet de la dispute qu'il avait eu avec son ami. Il regrettait de s'être emporté, mais tout était confus dans sa tête. Il ne savait plus trop où il en était. Il avait toujours cru qu'une fois confronté à son passé, les souvenirs resurgiraient tout seuls. Mais ce n'était pas le cas. Tout ce que lui disait John n'éveillait en lui aucun flash. Peut être ne guérirait-il jamais ou bien John lui mentait comme Jim le prétendait. Le doute s'installa en lui. A qui faire confiance ? A un homme débarqué de nul part ou à un ami présent depuis deux ans.
Il était dans un état fiévreux lorsqu'il reçut un appel de l'hôpital. Mickaël sauta dans sa voiture et fila à toute allure aux urgences.
Il était bouleversé. Un policier l'attendait à l'accueil :
-" Comment va t'il ? Est-ce qu'il va bien ?.
- Oui apparemment il a juste le bras fracturé. Il a eu beaucoup de chance !
- Oh mon Dieu ! mais que s'est-il passé ?
- Une voiture a foncé sur votre ami alors qu'il rentrait chez lui. Le chauffard s'est enfui..." Mickaël avait le souffle coupé. On venait d'attenter à la vie de l'homme qu'il aimait. Quel genre de malade pouvait commettre un acte aussi méprisable ?
Au bout de quelques heures une infirmière le conduisit au chevet de Jim. Celui-ci était encore sous l'effet des calmants. Son visage était couvert de bleus. Il se pencha sur lui et, du bout des doigts, caressa son visage tuméfié. Les yeux de Jim se mirent à clignoter, ébloui par les lumières de la chambre. Mickaël lui serra la main et la porta à ses lèvres :
-"Pardonne-moi pour tout à l'heure." Jim essaya de lui décrocher un sourire mais il avait trop mal :
-"Tu penses qu'on a cherché à te tuer ?" Jim tourna la tête vers la fenêtre pour ne pas avoir à répondre :
-"Tu crois que c'est peut être mon père ? il est temps que nous ayons une vraie discussion lui et moi." Jim voulut le retenir mais aucun son ne pouvait sortir de sa gorge. Il était assommé par les médicaments.

chap.3
Mickaël retourna chez son père bien décidé à faire le jour sur toute cette histoire. Il le trouva en train de prendre son petit déjeuné sur la terrasse. Il avait l'air calme et serein. Mickaël était tout tremblant :
-"Que se passe t'il ? Tu sembles bouleversé.
- Est-ce que c'est vrai que tu as proposé de l'argent à mon ami pour qu'il parte ?
- Je vois que tu es au courant.
- Alors c'était vrai ! De quel droit te mêles-tu de ma vie privée ?" Sa migraine reprit le dessus et un marteau piqueur lui martelait la tête :
-"As-tu quelque chose à voir avec l'accident dont il a été victime ce soir ?
- Je suis vraiment désolé pour ton ami. Ecoute, tout à l'heure je t'amène à l'endroit où nous avons vécu. Je suis sûre que ta mémoire reviendra.
- Tu ne me demandes même pas ce qui est arrivé à Jim. Mais peut être le sais-tu déjà." La douleur était si intense qu'il tomba à genoux :
-"Tu veux que j'appelle un médecin ? Tu n'as pas l'air bien."

Mickaël n'entendait plus rien. Son rêve revint le hanter. Il voyait l'ombre de l'homme qui tenait la tête de sa mère s'approcher de lui. Il avait l'impression que son corps tout entier allait exploser en mille morceaux. Un sentiment de terreur l'envahit. Il savait qu'il allait enfin découvrir le visage de ce monstre. Une partie de lui voulait s'enfuir, mais il était temps pour lui d'affronter la vérité. Dans une sorte d'éblouissement, il aperçut le sourire glacial de l'homme et reconnu clairement le visage de John. Mickaël se releva à bout de force. Des larmes coulaient le long de ses joues :
-"Qui êtes-vous? Vous n'êtes pas mon père !
- Alors tu n'es plus amnésique ?Très bien je crois qu'il est temps d'arrêter de jouer." Crawford se saisit d'un revolver et le pointa sur le jeune homme pétrifié :
-"Tu as entièrement raison. Je ne suis pas ton père. Tu vas me suivre gentiment dans le désert. Il y a quelque chose que nous devons récupérer."

Docilement Mickaël obéit. Entouré de deux hommes de main, il fut conduit à quelques kilomètre de l'endroit où un couple d'automobilistes l'avait trouvé dix ans plutôt. Ici tout avait commencé, ici tout allait finir.
John l'emmena dans un petit cabanon loin de toute civilisation. Les deux hommes l'attachèrent à une chaise. Mickaël se sentait pris au piège :
-"Je vais te rafraîchir la mémoire, espèce de sale morveux ! Ton père, le vrai John Crawford était comptable pour un parrain de la mafia. Un jour, il a décidé de tout plaquer. Il est devenu gourmand. Il avait emporté avec lui des disquettes compromettantes sur nos affaires et nous a fait chanter. Il était assez bête pour croire que l'on pourrait tolérer ce genre de pratique. Il se croyait à l'abri avec ces disquettes, mais il avait tort. Mes hommes et moi avons kidnappé toute ta famille pour qu'il nous dise où il les avait planquées. C'est ici que vous avez passé vos derniers jours tous ensembles. Malgré les tortures ton père n'arrêtait pas de dire qu'il ignorait où les documents se trouvaient. Toi, on t'avait drogué pour que tu nous fiches la paix. J'ai commencé à couper ta mère petits bouts, par petits bouts mais ton père hurlait qu'il demandait pardon. Il jurait de ne jamais parler. On a fini par perdre patience. Elle, je lui ai tranché la tête. Lui je l'ai abattu d'une balle dans la tête. Quand ton tour est venu c'était pour l'overdose. Je ne sais pas comment tu as survécu. Mes hommes vous ont abandonné dans le désert. Je pense que ton corps avait fini par s'habituer aux drogues et que la dose n'avait pas été assez forte pour être fatal." John fit le tour de la pièce et ses yeux brillaient d'une joie malsaine. On aurait dit un démon. Il prenait du plaisir à raconter son histoire.
Son patron n'avait pas apprécié qu'il revienne bredouille. Il avait perdu la face et avait du quitter le pays. Pendant des années il avait ressassé les événements. Il avait fini par élaborer une théorie. Le vrai Crawford devait réellement ignorer où les disquettes étaient cachées car aucun homme ne laisserait sa famille mourir sous ses yeux sans craquer. Alors qui avait bien pu les faire disparaître ? C'est là qu'il avait réalisé que seul le fils n'était pas en état de parler à cause des drogues. John se jeta sur Mickaël et l'agrippa par les cheveux :
-"Alors tu comprends ma joie lorsque j'ai découvert que tu étais toujours en vie. Je vais enfin pouvoir retrouver mon honneur perdu et les disquettes.
- Je ne me souviens de rien.
- Crois-moi tu vas te souvenir." Au bout de quelques minutes de passage à tabac, Mickaël s'évanouit. Du sang coulait le long de sa bouche et il avait un oeil au beurre noir.

A son réveil, John et ses sbires n'étaient plus là, mais sa mémoire était revenue. Tout était si clair à présent, même trop clair. Il se souvenait des heures interminables qu'il avait passé ici à regarder sa mère se faire écorcher vive. Il entendait encore ses cris de douleurs et ses gémissements. Il comprenait à présent pourquoi son esprit était devenu amnésique afin de lui épargner cette vision d'horreur. La rage prit possession de son corps. Il n'avait plus qu'une pensée en tête. Faire payer ce monstre qui avait eu la cruauté de lui arracher les êtres qu'il aimait le plus au monde.
Avec une force insoupçonnée, il réussit à rompre les liens qui l'emprisonnaient. Il brisa une fenêtre et s'échappa à grandes enjambées. Il erra dans le désert comme il l'avait fait dix ans auparavant. Il marchait sans trop savoir où il allait. Il se revit enfant, de la drogue plein les veines et la vue brouillée. Il se rappela de sa motivation. Il ne cessait de se répéter "je dois survivre pour les venger !" Aujourd'hui une chance lui était offerte de rendre sa justice. Il se devait de continuer, malgré la douleur et la peur. Au bout d'une heure, il trouva une petite station service. Il se dirigea vers le pompiste et lui demanda la permission d'utiliser son téléphone. Il lui raconta qu'il venait d'avoir un accident de voiture.
Il composa le numéro de portable de Jim. Il n'avait plus la notion du temps. Il réalisa qu'une journée s'était écoulée entre le moment où il avait été trouvé John dans sa villa et l'instant présent. Jim était très inquiet de ne plus avoir de nouvelle de son ami. Il avait essayé d'avertir la police, mais on lui avait répondu sèchement qu'il était trop tôt pour s'inquiéter.
Lorsqu'il entendit la sonnerie de son portable, son coeur fit un bon :
-"Mickaël, c'est toi ? Je t'entends à peine. Où es-tu ?
- Il faut que tu m'aides. Je suis dans une station service entre Las Vegas et Reno. Viens me chercher. John cherche à me tuer..." Une main vint s'abattre sur le combiner. Mickaël se retourna et vit le visage congestionné de John :
-"Ton petit chéri ne peut rien faire pour toi ! Tu vas nous conduire à la cachette sans faire d'histoire. J'ai une arme et je peux très bien abattre le pompiste et toute sa petite famille sans sourciller.
- J'ai juste besoin d'aller au toilette." John le poussa avec empressement dans les sanitaires. Cela faisait plus d'une heure qu'ils cherchaient le jeune homme. Ils l'avaient laissé pour aller manger et furent surpris de sa disparition. Cela faisait deux fois que John sous-estimait Mickaël. Il n'était pas prêt à refaire une troisième fois la même erreur.
Une fois enfermée dans les toilettes, Il fallait agir vite. Mickaël sortit un bout de papier et y inscrivit une adresse. Puis John l'emmena jusqu'à la voiture sans avoir remarqué qu'il serrait très fort le papier dans sa main. Avant de monter il fit remarquer qu'il devait payer le pompiste pour ne pas éveiller les soupçons. John n'était pas dupe de ce revirement d'attitude. Il l'accompagna jusqu'à l'homme, la main sur son arme, prêt à faire feu à la moindre tentative de sa part. Mickaël tendit le papier au pompiste qui le regarda étonné. Il s'agissait d'un billet de vingt dollars. Ils repartirent rapidement ne laissant pas le temps à l'homme de réagir.

Jim avait quitté l'hôpital contre avis médical tout de suite après l'appel de Mickaël. Il souffrait de multiples contusions mais ça n'avait aucune importance. Il devait sauver son ami. Il demanda au taxi de le conduire à l'aéroport pour y louer un hélicoptère. Il trouva rapidement la petite station service. Heureusement elles n'étaient pas très nombreuses dans le désert. Il questionna le gérant qui reconnu le jeune homme au 20 $ sur la photo que Jim lui tendait. Il demanda à voir le fameux billet. Il avait une sorte d'intuition. Il découvrit l'adresse au dos du papier vert et se précipita dans l'hélicoptère. John et ses hommes avaient une heure d'avance sur lui.

Mickaël s'était rappelé du parc où étant enfant il adorait venir jouer. Il y connaissait un endroit secret qui lui servait de refuge lorsqu'il avait du chagrin. Il possédait une petite boite en fer qu'il avait enterré dans son jardin secret avec pleins d'objets insolites à l'intérieur. Mickaël avait essayé de faire traîner les recherches au maximum. Finalement, il les conduisit aux disquettes tant convoitées.

Il chercha à gagner encore du temps :
-"Pourquoi vous êtes-vous fait passer pour mon père ?
- C'est très simple. J'espérais obtenir ta confiance et éloigner par la même occasion tous ceux qui t'étaient proches. Ainsi lorsque tu aurais disparu personne ne se serait inquiété.
- Pourquoi tant de violence pour ces disquettes ?
- On ne plaisante pas avec l'honneur dans notre famille." John regarda autour de lui. En ce milieu d'après-midi le parc était vide. C'était l'endroit rêvé pour une exécution. On croira à l'oeuvre d'un sadique.
Mickaël ferma les yeux attendant à chaque instant le coup de feu fatal. Soudain une voix sortie de nul part :
-"Police de Las Vegas ! vous êtes cernés." John fut pris de panique. Il tira plusieurs fois en direction de la police.
Mickaël se précipita sur lui et le plaqua au sol à la manière d'un rugbyman. Ils roulèrent dans un fossé. Tout à coup, le bruit effroyable d'une détonation raisonna dans tout le parc.

Jim couru à l'endroit du drame. Ses jambes étaient en coton. Mickaël se releva tout tremblant. Il venait d'abattre l'être le plus abject au monde. Jim lui tendit sa main pour le faire remonter. Il le serra fort dans ses bras :
-"Tout est fini à présent. Nous allons rentrer à la maison." Il l'embrassa avec fougue sur la bouche. Mickaël le repoussa :
-"J'aurais voulu lui faire subir les mêmes souffrances qu'il a infligées à toute ma famille. Tu n'as pas idée de l'horreur dont j'ai été témoin.
- Il a payé pour ses crimes. Il ne faut pas que tu tombes à son niveau. Justice est rendue." Jim lui caressa doucement le visage et l'emmena loin de ce cauchemar.

Dans les mois qui suivirent un grand procès fut ouvert contre de gros bonnets de la mafia grâce aux disquettes retrouvées. Mais aucune peine ne serait jamais assez lourde pour apaiser la colère de Mickaël. Maintenant qu'il avait retrouvé la mémoire, il devait vivre avec le souvenir de son passé.
fin

 

Rédigé par Michael

Publié dans #nouvelles gays

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