théatre : Edouard II

Publié le 25 Janvier 2009

Édouard II
Paris-Villette (Paris)
 

   
Pour l’amour du roi

Édouard délaisse Isabelle de France, sa royale épouse, pour son mignon gascon, Piers Gaveston. Cette relation transgressive, devenue publique, déchaîne l’ire de la noblesse qui n’aura de cesse de châtier l’intrigant, ce roturier contre-nature imposé à la cour par un roi faible et capricieux, plus fait pour aimer que pour gouverner. Cédric Gourmelon a choisi de rendre la saveur tragi-comique du texte de Marlowe en dénudant le plateau pour y jeter une troupe de comédiens volontaire, prête à endosser rapidement les différents rôles et costumes dans un enchaînement soutenu de tableaux sobres. Porté par un excellent Vincent Dissez, brillamment versatile, le spectacle croît en efficacité dramatique et en émotion.

 



 

Les premières scènes de défi public et de condamnation de l’homosexualité du roi imposent avec habileté le mélange des registres (Édouard amoureux est aussi ridicule que poignant) et font écho à tout ce que les normes morales actuelles, religieuses ou sociales, peuvent garder d’intolérant à cet égard, non sans suggérer que, par un ressort tragique implacable, l’amour jugé contre-nature dépasse régulièrement lui-même les bornes de la civilité pour trouver, avec le plaisir interdit, la certitude du châtiment. Le propos, bien que servi par des figures moins ambivalentes que celles de Shakespeare, a une grande force : Édouard et Gaveston sont condamnés par les aléas du jeu politique à ne se rencontrer le plus souvent qu’en public, en présence d’un témoin dont le caractère – opposant ou adjuvant ?- reste souvent incertain et menaçant. Vincent Dissez en roi fébrile et inconstant, aussi doux avec son mignon que féroce à l’égard de la Cour qui le conspue, et Loïc Le Roux, Gaveston plus affirmé et sacrilège, forment un duo convaincant, chacun apportant progressivement de nouvelles nuances à son personnage. Face à eux, Mortimer (solide Benjamin Guyot), la reine Isabelle (Nathalie Elain, forte présence, diction un rien trop égale) emmènent la noblesse dans leur valse-hésitation, de l’hostilité à la tolérance, de la tolérance à la déclaration de guerre.

 


 

Photos : © Christian Berthelot

A l'affiche du 5
au 31 janvier 2009

Edouard II
Paris-Villette

211, avenue Jean Jaurès
75019  Paris

 

Métro : Porte de Pantin (ligne 5)
Bus : PC 2 ou PC 3 - 151, 75 arrêt Porte de Pantin
Parking Vinci : sous la Cité de la Musique

Rédigé par Michael

Publié dans #théatre et culture

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