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Jeudi 16 août 2007

Publié dans : nouvelles gays
L’ANGE DECHU
 
 
L’internat professionnel, St Exupéry, situé dans la proche banlieue lyonnaise, accueillait plus de 2000 élèves. De nombreuses formations professionnelles y étaient proposées pour ces jeunes en difficultés scolaires. Certains préparaient un diplôme dans l’hôtellerie, d’autres dans la mécanique en passant par l’esthétisme ou encore la coiffure.
 
En ce début de journée, les jeunes lycéens, se rendaient dans les différentes classes où les cours étaient dispensés par des enseignants plus ou moins motivés.
 
Dans une petite salle située en annexe du bâtiment principal, se déroulait le cours de poésie française du professeur Martin. Une vingtaine d'étudiants à peine assistait à ce cours optionnel. Malgré tout le talent de monsieur Martin, les élèves ne se bousculaient pas. En effet, la plupart préféraient faire des activités sportives ou suivre les cours d’informatiques que de perdre leur temps à s'intéresser à la beauté des mots. Martin venait de fêter ses 35ans, il était assez athlétique car il pratiquait régulièrement de l’aviron en amateur. Cela faisait plus d’une quinzaine d’année qu’il enseignait la littérature d’abord à l’université et depuis cinq dans ce lycée. Il avait eu le désir de se lancer un nouveau défit en essayant d’ouvrir ces jeunes esprits réfractaires à l’enseignement à la beauté de la langue française. Parfois il avait eu envie de tout abandonné devant la difficulté de la tâche mais, à d’autres moments, un élève particulier lui rappelait que son travail n’était pas vain.
 
Le jeune Vincent faisait partie cette dernière catégorie. Il s'agissait d'un élève assez renfermé mais très motivé. Il préparait son diplôme dans la restauration mais trouvait toujours le temps nécessaire pour venir chaque semaine assister au cours de Martin.
Il y avait quelque chose de différent chez ce jeune homme et Martin l'avait tout de suite sentie. Il avait toujours fait preuve de professionnalisme avec ses jeunes élèves, pourtant pour la première fois de sa carrière, il ne pouvait s'empêcher d'être à la fois fasciné et effrayé par la beauté de Vincent. Il avait à peine 17 ans et était en première. Son regard d’un bleu intense trahissait une maturité précoce. Il avait traversé beaucoup d’épreuves et son parcours scolaire en disait long sur lui. Renvoyé de la plupart des collèges qu’il avait fréquentés pour son absentéisme, il avait fini par être placé en internat par sa famille. Après un démarrage houleux, Vincent avait fini par s’intéresser à ses cours de cuisines et à apprécier de partager son temps entre études et activités professionnelles. En effet, 2 jours par semaine, il travaillait dans un restaurant assez chic du centre ville. Il semblait avoir mis de coté ses frasques pour enfin s’investir dans ses études. Il semblait avoir trouvé, au travers de ce cours de poésie, un espace de sérénité, qui lui permettait de se ressourcer dans cet univers très speed de la restauration. 
 
Durant ces longs moments de silences pendant lesquels les étudiants lisaient certains passages d'auteurs anciens, Martin avait parfois du mal à détourner son regard de cet être en pleine jeunesse, qui avait soif d'apprendre. Parfois la tête du jeune homme se relevait comme s'il sentait le poids du regard de son professeur sur ses épaules. Ils se fixaient un bref instant. Martin pouvait alors apercevoir une petite lueur dans ses yeux. Alors son coeur s'affolait et il n'avait qu'une envie, prendre ses jambes à son cou. Ses pensés devenaient confuses et il était mal à l'aise.
 
Ce soir là, Martin, commençait à entreprendre le chemin du retour chez lui à pied car on venait de lui crever les pneus de son vélo. Une voiture s'immobilisa à sa hauteur et une voix familière lui proposa de le raccompagner. Il hésita. D'un coté il lui restait 5 km à parcourir, de l'autre une peur insensée de se retrouver assis au coté de Vincent le saisissait. Il chassa rapidement ses idées stupides de sa tête et s'installa à coté du chauffeur. Le voyage fut très silencieux. Arrivé en bas de son immeuble il se sentit soulagé :
 
-"Je te remercie de m'avoir ramené. Si je retrouve le petit crétin qui m'a crevé mon vélo...
- Vous le remercierez de ma part car sans lui je n'aurai pas eu le plaisir de vous raccompagner. Vous ne m'invitez pas à prendre un verre ?
- Je n'ai que du jus d'orange.
- Ca sera parfait." Martin n'eut même pas le temps de trouver une autre excuse, Vincent s'était déjà invité.
 
Ils prirent place sur le sofa et commencèrent à discuter d'un livre dont il avait à faire la synthèse :
 
-" Je trouve vraiment dommage que vous ayez si peu d'étudiants. Je ne comprends pas. Vos cours sont tellement captivant..
- Disons que la poésie ne fait plus recette aujourd'hui.
-Oui les jeunes avec leur texto sont bien loin de comprendre toute la subtilité et la magie des mots.
- Tu ne m’as pas l’air bien plus vieux qu’eux.
- Parfois j’ai l’impression d’avoir cent ans ! Je me sens si loin des préoccupations des jeunes de mon âges.
- Et à quoi pensent les garçons d’aujourd’hui ? » Vincent s’assombrit et semblait perdu un cours intense dans ses pensées :
- « Je ne sais pas trop. Les filles, les sorties et bien sur être mieux fringuer que son voisin.
- Et toi à quoi tu penses ? » Martin regretta aussitôt sa curiosité.
  Vincent le dévisagea longuement de ses yeux clairs. Martin fut troublé par ce regard, il se leva précipitamment et se dirigea dans la cuisine. Il essaya de retrouver son calme quand une main se posa sur son épaule. Il sentit le souffle chaud de Vincent dans son cou. Il se retourna et le jeune garçon vint se nicher entre ses bras. Il avait souvent rêvé de ce moment. Mais un frisson le ramena à la raison. Il le repoussa :
 
-" Non ! Nous commettrions une grave erreur. Tu oublis que je suis ton professeur et toi un élève.
- Quelle importance ! J'en ai assez de jouer au chat et à la souris avec toi. Je sais que tu éprouves les mêmes sentiments que moi.
- Tu ne vois pas que cela est impossible. Qu'est-ce que tu cherches à la fin ?
- Je pensais simplement que tu étais différent des autres. Mais j'avais tort." Vincent planta Martin au milieu de son appartement.
 
Les jours suivant, Vincent, ne vint plus au cours de littératures. Martin était soulagé en partie, mais au fond de son coeur il souffrait. Au bout d'une semaine, il commença à s'inquiéter. Il s'en voulait de perdre un élève aussi doué. Il décida de lui rendre visite à l’internat.
Vincent partageait sa chambre avec quatre autres garçons. Aucune intimité n’était possible dans ce genre d’endroit. Martin pensa que le jeune homme devait beaucoup en souffrir. A peine arrivée, il sentit Vincent sur la défensive :
 
-"Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je voulais éclaircir certaines choses avec toi. Je trouve dommage que tu compromettes tes études à causes de moi.
- C'était trop pénible de te voir et de penser que tu me détestes.
- Je ne te déteste pas." Ils sortirent dans la rue pour être sûr que personne ne pouvait les entendre. La situation était embarrassante :
 
-" Vincent, j'éprouve pour toi une infinie tendresse. Mais je dois penser à ma carrière, cela me parait très dangereux.
- C'est ça qui est excitant !!
- Je pourrais perdre mon poste !" Et puis il y avait la différence d’âge. Martin se sentait si jeune à ses cotés mais il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait l'âge d'être son père :
 
-" Tu dois connaître un tas de jeunes gens de ton âge. Tu ferais mieux d'aller avec eux et de m'oublier. Je suis trop vieux !
- L'âge n'a pas d'importance. Ce qui compte c'est l'instant présent. Et en ce moment j'ai très envie de t'embrasser." Son regard était brûlant de désir. Toutes ses bonnes résolutions volèrent en éclat. Il y avait ce jeune garçon, à la beauté suave qui lui faisait face. Tout son corps vibrait en sa présence. Il n’avait qu’une envie, le prendre dans ses bras, le couvrir de baiser et de caresses. Au diable la déontologie, la différence d’âge, après tout il ne faisait rien de mal. Enfin, c’est ce qu’il essayait de se convaincre.
 
Ils se donnèrent rendez-vous le soir même dans l'appartement de l'enseignant. Martin était très nerveux. Jusqu’à présent, il n’avait connu que des aventures sans lendemains avec des hommes mais il ne s'agissait que de sexe. Aujourd'hui c'était différent, car ses sentiments pour le jeune homme étaient bien plus intenses qu’une rencontre d’une nuit avec un inconnu. Lorsque Vincent entra dans le salon, il essaya de garder un air détaché et serein. Mais quand il fut à quelques centimètres de lui, il lui prit une envie irrésistible de se jeter sur le jeune homme et de lui arracher tous ses vêtements pour couvrir de caresses chaque centimètre de son jeune corps. Alors qu'il contenait ses propres pulsions, Vincent fit le premier pas. Il serra Martin dans ses bras. Ses lèvres se mirent à léchouiller son oreille, pour descendre doucement le long de sa joue et finir sa course sur sa bouche. Visiblement, Vincent avait déjà une certaine expérience. Martin passa ses doigts dans ses cheveux, puis tira sa tête en arrière pour lui rendre son baiser avec encore plus de fougues et de puissance. Ensemble ils partagèrent une nuit entière de plénitude et d’harmonie sexuelle.
 
Les semaines suivantes se déroulèrent comme dans un rêve. Ils se voyaient pratiquement tous les jours en plus des heures de cours. Il était devenu très difficile pour Martin d'enseigner. Il essayait de garder le contrôle de ses sentiments mais il était tombé amoureux fou de Vincent.
 
Leur petit manège, bien qu'extrêmement discret, n'avait pas échappé à l'un des élèves. Il avait surpris à plusieurs reprises les regards langoureux, et les petits mots que Vincent glissait dans ses copies à l'attention du professeur. Dom savait repérer les bons plans et il avait trouvé là un bon moyen d’augmenter sa moyenne générale et de se faire de l'argent facile. Il alla trouver le professeur pour s'entretenir d'une affaire avec lui. Il lui tendit une photo. En la voyant Martin blêmit :
 
-"Qu'est-ce que cela signifie ?
- Ne vous énervez pas cher professeur. Ce n'est qu'une photo. Croyez-moi la vidéo est bien plus croustillante. Qui aurait bien pu imaginer une chose pareille ? Vous, un professeur honorable en fâcheuse posture avec un mineur. Je me demande ce que penserais le recteur ?
- Combien veux-tu ?
- Je vois que vous comprenez vite. Je veux 5000€ et une bonne moyenne. Vous voyez je ne suis pas trop gourmand." Le pays des rêves venait de s'effondrer en mille morceaux. Et la chute avait été brutale.
 
Le soir venu, lorsqu'il retrouva Vincent, il le mit au courant du chantage dont il était victime :
 
-"Qu'as-tu l'intention de faire ?
- Payer ce qu'il veut.
- Tu ferais mieux de le dénoncer à la police. Tu crois qu'il va s'arrêter là.
- Je n'ai pas le choix. Si le recteur est informé je vais perdre ma place et toi tu risques le renvoi.
- Laisses moi faire. Je vais régler le problème et récupérer la vidéo.
- Mais comment ?" Il n'en su pas d'avantage. Mais l'expression de son ami l'effraya.
 
Vincent donna rendez-vous à Dom quelques jour plus tard afin de discuter. Martin s'était mis en arrêt maladie, il avait les nerfs en vrac. Il ne supportait plus l'idée de se retrouver face à face avec un maître chanteur et son jeune amant.
 
La nuit venait de tomber et dans un coin sombre du lycée déserté par les étudiants, deux jeunes hommes étaient en pleine discussion. Vincent était extrêmement calme. Dom faisait semblant d'être sûre de lui mais en fait il avait très peur de se faire prendre :
 
-" Bonsoir, Vincent chéri ! C'est comme ça qu'il t'appelle quand vous êtes seul tous les deux.
- Gardes tes sarcasmes pour quelqu'un d'autre. Tu vas me rendre la vidéo.
- En échange de quoi ?
- De ta vie." Il sortit un cran d'arrêt. Il attrapa Dom par-derrière et posa la lame sur sa gorge. De grosses gouttes de sueurs perlaient sur son front. Il n'aurait jamais cru Vincent capable d'un tel acte et se rendit compte que finalement il ne la connaissait pas très bien :
 
-"Tu ne vas pas faire une chose pareille ?
- Qu'est-ce qui m'en empêcherait ? Tu ne vaux rien à mes yeux. Dis-moi où elle est si tu veux que je te laisse la vie sauve.
- Ils sauront que c'est toi s'il m'arrive quoique ce soit.
- Comment ? Ce n'est pas mon arme. On croira simplement à un règlement de compte entre bande de jeune." Il pouvait lire dans son regard qu'il ne bluffait pas. Dom devait sauver sa peau :
 
-"Elle est dans ma chambre, dans la boîte du film MATRIX.
- Merci. J'espère que tu me dis bien la vérité. Je ne laisserai jamais personne se mettre entre moi et le professeur." Dom s'apprêtait à repartir lorsqu'il sentit le froid glacé de la lame lui parcourir le cou. Dans un hoquet effroyable, il s'écroula à genou en essayant de retenir le sang qui coulait à flot entre ses doigts. Puis il s'effondra à terre et dans un dernier sursaut la vie s'échappa.
Vincent jeta le couteau dans une poubelle et parti chercher l'objet de tous ses soucis. Au petit matin il retourna auprès de Martin pour lui apprendre la bonne nouvelle. Mais il trouva ce dernier en piteux état :
 
-" Tu as entendu la télé. On a retrouvé le corps de Dom ce matin.
- Oui je sais. Mais il n'y a rien à craindre. J'ai récupéré la cassette et on ne fera jamais le rapprochement avec nous, je te le jure mon amour." Martin détourna la tête. Il avait réfléchi toute la nuit et il avait pris une décision très pénible :
 
-" Il ne faut plus que l'on se voit.
- Je ne comprends pas. Il n'y a plus aucun problème. Je me suis occupé de tout." Le professeur avait réalisé le danger de sa position. Au départ il n'avait pensé qu'au bonheur qu'il éprouvait en la compagnie de son jeune ami. Mais à présent, même si Dom ne représentait plus de danger, une autre personne pouvait à tout moment prendre sa place. Il ne pouvait se permettre de tout perdre pour les beaux yeux d'un garçon :
 
-"Je suis vraiment désolé, Vincent, notre relation doit cesser. C'est beaucoup mieux ainsi, crois-moi. Ce que nous avons vécu était merveilleux mais c'est fini.
- Non, je ne te laisserai pas faire une chose pareille. Pas après ce que j'ai dû faire pour récupérer cette maudite vidéo.
- Et qu'est-ce que tu as fait ?" Martin prit peur. Il regarda le jeune homme avec horreur. Il y avait quelque chose en lui qui lui glaçait les os :
 
-" Ne joues pas les innocents. Tu sais très bien ce que j'ai dû faire.
- Oh mon Dieu ! Mais pourquoi ?
- Je t'aime. Je suis à toi pour la vie. Je ne laisserai personne entraver notre amour.
- Tu es fou ! Je ne veux plus te revoir. Tu m'entends." Mais Vincent n'entendait plus rien. Il venait de comprendre que l'homme de sa vie, l'homme pour qui il avait tué l'abandonnait. Pourquoi toutes les personnes qu’il aimait finissaient par le trahir ? Comme son père, durant des années il avait tout fait pour que cet homme froid et distant soit fière de lui et lui donne un peu d’amour. Mais il ne voyait que la déception dans son regard. Alors il avait baissé les bras et était parti à la dérive. La seule chose que son père avait trouvé, c’était de l’envoyer aussi loin que possible tant son propre fils le dégoûtait.
Cette nuit, il avait pris de la drogue pour se donner du courage afin d'accomplir sa mission. Il n'était plus en état de réfléchir correctement. Il avait l'impression d'évoluer dans un brouillard épais et ne voyait plus aucune issu :
 
-" Si je ne t'ai pas alors personne ne t'aura !" Il se saisit d'un objet lourd à sa porter et, avec la beauté d'un ange déchu, fracassa le crâne du professeur Martin.
Le corps tomba lourdement sur le sol. Vincent s’agenouilla, en pleurs et pris la tête en sang entre ses bras. La violence de son geste était à la hauteur de ses sentiments. Toute sa vie n’avait été qu’une succession de gâchis et de désespoirs. Il n’avait que 17 ans mais comme il le disait si bien il avait l’impression d’avoir cent ans tant la vie lui était insupportable. Il pensait avoir trouver un peu de réconfort et de bonheur dans les bras de Martin. Pourtant au final il s’était retrouvé une nouvelle fois seules et abandonnées.
 
Fin

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Mercredi 8 août 2007

Publié dans : nouvelles gays
SUR LES TROTTOIRS DE MIAMI
 
 
Chap.1
 
 
La nuit venait juste de tomber sur l'immense ville de Miami en Floride. La chaleur de la journée et l'humidité de la nuit rendaient l'atmosphère lourde et une odeur particulière envahissait les demeures. Après un court instant plongé dans l'obscurité, la ville s'illumina de feux multicolores. La vie ne s'arrêtait pas pour se reposer au contraire. Une faune qui ne se nourrissait que de pénombre fit surface sur les trottoirs de Miami. On avait l'impression que la ville avait deux visages. Le jour, sereine, somnolante sous la chaleur accablante et le soir, frétillante et prête à tous les vices. C'est ici que se côtoyaient truands, directeurs de sex-shop, maquereaux, flics et prostituées.
Il existait trois formes de prostitution. Celle des vraies femmes provoquantes, qui se font de l'argent facile dans des motels miteux. Les travestis qui vivaient cachés à l'abri des regards, la peur au ventre. Et les autres, ces promeneurs noctambules, l'allure décontractée, fumant élégamment une cigarette, appuyés contre un mur à la recherche d'un regard.
 
Un homme d'une quarantaine d'année s'approcha de l'un d'entre eux. Ils n'eurent pas besoin d'échanger un mot. Il s'agissait d'un client régulier comme on disait dans le milieu. Ils prirent une chambre à l'hôtel, lui pour oublier sa misère et l'autre sa solitude.
Mickaël venait d'avoir 19 ans et il se prostituait depuis près de 6 mois. Il venait du Massachusetts qu'il avait fui. Là-bas il n'avait aucun avenir ou bien finir comme son père à travailler 10 heures par jour pour un salaire de misère. Il avait débarqué sur la côte est, pleins de rêves dans la tête, mais sans un sou en poche. Très vite il comprit qu'il avait beaucoup de charme et qu'il pouvait se faire pas mal d'argent en vendant son corps.
Mickaël n'était pas vraiment fixé sur le plan de ses orientations sexuelles. Il avait eu quelques aventures avec des femmes mais la plupart de ses clients étaient des hommes. Il passait sa journée à la plage à parfaire son bronzage et la nuit à traîner dans les quartiers chauds de la ville.
Depuis plusieurs semaines il recevait la visite régulière d'un certain Nick. Il était avocat, avec une femme et 2 grands enfants. Mickaël se demandait toujours pourquoi un type comme lui, avec autant d'argent, traînait avec des minables dans son genre. Nick était un homme charmant, plein de douceur et d'attention. Il lui arrivait même parfois de lui faire des cadeaux. C'était le genre d'homme que Mickaël aurait aimé rencontrer dans un autre contexte.
 
Cette nuit là, tout semblait calme du coté de Pensacola street. Mickaël avait accepté d'aider un ami à revendre un peu de drogue. Il n'aimait pas ce genre de trafique mais ça payait bien. Ils avaient donné rendez-vous aux acheteurs dans une ruelle, mal éclairé et à l'abri des regards. Après avoir échangé quelques mots ils firent l'échange de la drogue contre de l'argent. C'était une affaire simple et bien réglée en apparence. Mais à peine venaient-ils de tourner le dos aux deux hommes que des coups de feu éclatèrent. Mickaël s'écroula à terre, face contre sol. Les trafiquants les avaient doublés. Non content d'avoir la came ils voulaient garder l'argent. Ils laissèrent les deux hommes pour morts.
Quand Mickaël ouvrit les yeux, il faisait presque jour. Il n'avait plus la notion du temps et une douleur atroce lui barrait la poitrine. Il rampa jusqu'à son ami mais il ne respirait plus. Soudain il eut très peur de mourir, là dans un coin sombre, seul comme une bête. Dans un effort quasi surhumain il arriva à se traîner jusqu'à une cabine téléphonique. Son sang coulait de plus en plus abondamment et le mouchoir qui lui servait de pansement était à présent d'un rouge si vif que Mickaël en avait la nausée.
Il composa le numéro de Nick. Il s'en souvenait très bien car il avait joué les pickpockets un soir en subtilisant le portefeuille de son client. Il avait voulu connaître son identité, son adresse et faire ainsi un peu plus partie de sa vie. Il hésita un peu mais bientôt il n'aurait plus assez de force. Au bout de quelques sonneries on décrocha :
 
-"Allô ! Nick. C'est Mickaël, je t'en prie j'ai besoin d'aide. Je vais crever si tu ne viens pas.
- Mickaël qui ? Je ne comprends pas.
- Je suis blessé. Je perds tout mon sang." Dans un dernier souffle il lui communiqua son adresse. Nick était terrorisé par cet appel. Il avait toujours veillé à garder sa double vie privée et secrète. Il fut envahi par la confusion. S'il allait sur place il mettait en jeu sa réputation mais s'il ne faisait rien, un jeune homme allait mourir. Il essaya de ne pas trop réfléchir et sauta dans sa voiture pour se rendre auprès de Mickaël. Arrivée sur place il se rendit compte que la situation était critique. Il ne pouvait pas prévenir la police, ni emmener son jeune ami aux urgences sans éveiller la curiosité sur ses relations avec un prostitué. Il décida donc de le faire hospitaliser dans une clinique privée.
Lorsqu'il arriva Mickaël était inconscient et d'une blancheur cadavérique. Il le transporta à sa voiture et fonça à vive allure vers la polyclinique du centre.
 
Grâce à son argent et son influence, Nick fit en sorte que le médecin de garde ne pose aucune question indiscrète et admette Mickaël en urgence en salle d'opération. Il fuma cigarettes sur cigarettes, marchant de long en large dans une attente insupportable. Enfin après plus de 3 heures d'opérations le chirurgien lui annonça que le jeune homme était hors de danger et qu'il devait se reposer à présent. Nick prit congé et rentra chez lui. Dès qu'il arriva, sa femme le harcela de questions sur sa subite disparition. 
Il était marié depuis 10 ans avec Jessica. Il s'agissait d'un mariage de raison et non d'amour. Son beau-père lui avait promis de le nommer associé du cabinet d'avocat s'il épousait sa fille. Il avait accepté cette offre sans trop réfléchir. Il savait qu'il avait des tendances homosexuelles pourtant il se sentait incapable de les assumer au grand jour. Il préférait mener une double vie discrète. Mais il avait fait la rencontre de Mickaël et toute sa vie en avait été bouleversée. Il avait de plus en plus de mal à mentir sur ses véritables sentiments. Mais la peur du scandale était toujours plus forte.
Il raconta qu'il avait du se rendre au chevet du fils d'un gros client qui avait eu un accident de voiture. Le client se trouvait à l'étranger, et voulait être tenu informé de l'état de santé de son fils. Jessica accepta cette version des faits. Heureusement pour lui elle n'était pas très curieuse de nature et avait confiance en son mari.
 
Dans l'après-midi il se rendit à l'hôpital pour prendre des nouvelles du blessé. Mickaël était réveillé et les médecins étaient satisfaits de son état. Nick prit place à ses cotés et serra sa main entre la sienne :
 
-"Tu sais que tu m'as fait très peur, petit crétin. Dans quoi tu t'es fourré ?
- Je suis heureux que tu sois venu à mon secours
- Pourquoi m'as-tu appelé ?
- Je n'ai aucun ami ici. Tu es différent des autres types. Quand je suis avec toi je ne me dégoutte pas." Mickaël hésita à lui raconter toute l'histoire mais il avait le droit d'être au courant. Nick réalisa soudain toute la misère de la vie de son jeune compagnon. Jusqu'à présent il n'avait vu en Mickaël que le moyen d'assouvir ses fantasmes. A présent il se haïssait pour son égoïsme. Il avait honte d'avoir utilisé un autre homme à des fins purement sexuelles :
 
-"Je te dois des excuses.
- Pourquoi ?
- Je ne me suis jamais vraiment intéressé à ton sort. Je venais une fois par semaine sans même chercher à en savoir plus sur toi.
- Tu n'as pas à t'en vouloir. C'est moi qui ai choisi cette façon de vivre. J'aurai aimé te connaître dans une autre vie. J'avais besoin d'argent et pour moi ce moyen me paraissait le plus rapide. Je ne pensais pas rencontrer quelqu'un comme toi" On frappa à la porte. Nick lâcha rapidement la main de Mickaël. Il faillit s'étouffer en voyant sa femme débarquer.
 
 
Elle s'approcha du jeune homme un bouquet de fleurs à la main et divers revues :
 
-"Bonjour, je suis Jessica, l'épouse de Nick. J'ai pensé qu'un peu de lecture vous ferait du bien." Nick jeta un regard suppliant à Mickaël pour qu'il ne fasse pas de gaffes :
-"Qu'est-ce que tu fais là ? Comment m'as-tu trouvé ?
- C'est ta secrétaire qui m'a informé. Je pensais pouvoir t'être utile. Je sais que tu n'aimes pas les hôpitaux." Un silence pesant s'installa. Jessica sentit qu'elle était de trop mais elle était loin de s'imaginer ce qui se passait en réalité. Après avoir échangé quelques banalités ils se retirèrent. Peu de temps après il reçut la visite surprise de la police. Ils avaient fini par faire le rapprochement entre le corps retrouvé dans une ruelle et l'admission d'un jeune homme blessé par balle le même jour. Mickaël essaya de nier les événements :
 
-"Je ne vois pas comment je pourrais vous aider. J'ignore tout de ce qui a pu se passer.
- Les personnes qui vous ont visé vous ont peut être raté l'autre soir mais dès qu'ils apprendront que vous n'êtes pas mort ils vont retenter leur coup. Je n'aimerais pas être à votre place." Mickaël pris peur. Ils n'avaient pas tort. Si la police avait pu le retrouver, les malfrats le pouvaient aussi. Les inspecteurs le laissèrent réfléchir à leur offre d'immunité en échange d'informations. Mickaël était perplexe. Il avait toujours pensé que seul l'argent comptait. Peu importait la manière dont on le gagnait. Mais après avoir frôlé la mort d'aussi près, il commençait à comprendre que le plus important c'était de vivre. Il réalisa également à quel point Nick pouvait tenir à lui. Il avait mis en péril sa carrière pour le sauver. Malgré leur différence d'âge et le fait qu'il soit marié, il se dit qu'après tout il avait droit lui aussi au bonheur.
 
Chap 2
 
Nick passa plusieurs nuits blanches. Durant des mois il avait traversé les bas-fonds de la ville, un peu comme dans un rêve. Tout avait commencé par un banal accident. Il s'était égaré un soir en rentrant de chez un client. Comble de malchance, il avait crevé au beau milieu d'une rue mal famée.
Alors comme une apparition mystique, Mickaël était arrivé, proposant son aide. Nick eut comme un déclic. Aussi lorsque ce dernier lui proposa de boire un verre chez lui, il accepta. Depuis des années il avait refoulé ses pulsions homosexuelles, n'ayant que quelques brefs contacts mais ce soir là il s'était senti libre.
 
 
 
Il avait l'impression de souffrir d'un dédoublement de la personnalité. Tantôt il était un avocat respectable et respecté et de l'autre un être assouvissant des désirs interdits. Il n'aimait pas ce double jeu et l'accident de Mickaël était comme un signal d'alarme.
Il aurait aimé être capable de choisir entre sa femme et ce jeune homme mais c'était impossible. Ce dont il était sûr c'était qu'il avait pris la décision de sortir Mickaël de son ghetto.
Lorsqu'il le retrouva à l'hôpital, il lui parla de ses projets pour lui :
 
-"Ecoutes, Mickaël, je veux que tu te trouves un nouvel appartement dans un quartier mieux fréquenté et un vrai travail.
- Et tu crois que c'est si facile ! Avec quel argent je peux m'offrir ça ?
- C'est moi qui paierai.
- Non je ne veux pas de ton argent. Je ne suis pas une poule qu'on entretien.
- Je ne veux plus que tu te souilles dans cette vie de débauche.
- C'est la seule vie que je connaisse.
- Pourquoi ne finirais-tu pas tes études ? Je ferai une sorte de placement et lorsque tu travailleras, tu me rembourseras.
- Jamais je ne pourrai te rembourser.
- Ca n'a aucune importance. Je ne veux pas passer le reste de mes jours à me demander si tu es encore en vie ou mort quelque part.
- En quoi c'est important pour toi ?
- Tu sais que je tiens à toi..."Leur regard s'accrochèrent un long moment. Nick approcha ses lèvres de celle de Mickaël. Il était si jeune et avait la peau si douce. Sa main caressa sa nuque pendant qu'il l'embrassait.
 
Quelques semaines après sa convalescence, Mickaël se retrouva sur les bancs de la fac. Nick lui avait trouvé un petit studio près du campus. Une nouvelle vie s'offrait à lui et cette fois il était bien décidé à ne pas laisser passer sa chance.
Jessica avait de plus en plus de mal à comprendre son époux. Il était devenu plus agressif et dormait très peu. Elle avait en vain cherché à l'aider mais il refusait de lui parler de ses problèmes. Un jour en ramassant l'un de ses vestons, elle fit tomber son porte-cartes. Elle le ramassa et le feuilleta avec nostalgie. Nick gardait précieusement certaines photos. Elle se vit à plusieurs reprises à des âges différents. En sortant l'une d'elle pour vérifier la date, elle en trouva une autre caché derrière. Il s'agissait du portrait du jeune homme qu'elle avait rencontré à l'hôpital. Pourquoi son mari gardait-il une photo sur lui ?
Elle chercha à en savoir d'avantage sur cet inconnu. Elle téléphona à la secrétaire de son père pour avoir des renseignements sur le fameux client dont il était sensé être le fils. Mais celle-ci lui apprit qu'il n'y avait jamais eu de client. Elle appela ensuite la clinique qui lui apprit que le jeune homme en question s'était bien remis de sa blessure par arme à feu et était sorti.
Nick lui avait menti sur toute la ligne. Comment avait-il pu faire une chose pareille ? Il était mêlé à une sombre histoire d'arme à feu. Lui qui ne s'occupait que des cas de divorces et avait une sainte horreur des homicides.
Elle contacta un ami policier et lui demanda de faire une recherche sur Mickaël. Elle fut effarée d'apprendre que le jeune homme avait été arrêté deux fois pour prostitution et qu'il était vraisemblablement impliqué dans un trafique de drogue. Que pouvait bien faire son mari avec un individu pareil. Tous deux vivaient dans des univers si différents. En consultant les relevés bancaires de leur compte, elle découvrit également l'existence d'un appartement qu'il louait depuis 2 mois près de l'université. Elle devait en avoir le coeur net. Son mari lui cachait des choses depuis des mois. S'il avait une maîtresse elle devait savoir.
A force de fouiner, elle avait élaboré une théorie. S'il s'était impliqué dans les affaires de ce jeune garçon se devait être pour rendre service à quelqu'un. Peut être à une femme dont il était tombé amoureux.
Elle prit son courage à deux mains et roula en direction de l'adresse mentionnée sur les relevés. Elle fut surprise de trouver Mickaël dans le studio. Ce dernier en la voyant rappliqué fut pris d'un moment de panique. Mais après tout c'était peut être une chance que la femme de l'homme qu'il aimait soit chez lui. Il l'invita à entrer et se servit une bonne bière :
 
-"Vous vivez seul ici ?
- Oui. Mais comment m'avez-vous trouvé et que voulez-vous ?
- C'est mon mari qui loue cet appartement et j'aimerai savoir en quoi il vous est redevable.
- Je ne comprends pas votre question.
- J'ai fait ma petite enquête. Je sais qui vous êtes et ce que vous faites pour gagner votre vie. Ce que je n'arrive pas à cerner s'est comment mon mari à pu être impliqué avec un individu de votre espèce. Je pense qu'il rend service à quelqu'un et je veux savoir s'il s'agit d'une autre femme." Mickaël éclata de rire. Malgré tous les indices qu'elle avait pu accumuler, elle était incapable d'ouvrir les yeux sur la vraie nature de son époux :
 
-"Je ne vois pas en quoi cette situation peut être risible. Si Nick est victime de chantage je veux le savoir.
- L'autre femme s'est moi. Nous nous aimons." Elle reçut cette révélation comme un violent coup de fouet. Elle resta pétrifié d'horreur. Elle avait envisagé de nombreuses hypothèses mais pas celle là :
 
-"Je ne vous crois pas. Vous mentez.
- Ca m'est égal que vous me preniez au sérieux ou non.
- Vous n'êtes qu'une petite...
- Pute. Oui je l'ai été. Oui Nick m'a payé pour faire l'amour avec lui. Mais à présent c'est fini. Grâce à lui je vais enfin pouvoir m'en sortir." Elle le gifla violemment et partie dans une crise de larmes. Comment Nick avait-il pu la tromper aussi longtemps sans qu'elle se doute de quoique ce soi ? Surtout avec un homme. Elle aurait pu comprendre qu'il se soit laissé séduire par une belle jeune fille mais là ça dépassait l'entendement.
Une fois chez elle, folle de rage, elle décida de tirer les choses au clair avec son mari. Ce dernier pouvait lire la fureur dans son regard. Il ne l'avait jamais vu dans cet état :
 
-"Cela fait des mois que je me demande ce que j'ai pu faire de mal pour que tu sois si distant avec moi. J'en étais même venus à penser que j'étais une mauvaise épouse. J'ai découvert que tu louais un petit studio en ville et j'en ai déduit que tu avais dû chercher ailleurs ce que je n'arrivais pas à te donner.
- Tu te trompes...
- Ne m'interromps pas ! J'y suis allée pour y confondre ta maîtresse mais au lieu de ça j'ai rencontré ton amant." Il détourna son regard du sien. Il en voulait à Mickaël d'avoir si facilement craché le morceau après tout ce qu'il avait fait pour lui. Il se mordit les lèvres se maudissant du mal qu'il était en train de faire :
 
-"Je te demande pardon. J'ai lutté aussi longtemps que j'ai pu pour me convaincre que je n'éprouvais pas ce genre de sentiments.
- Tais toi je ne veux pas t'entendre te justifier ou t'expliquer parce que c'est impossible. J'ai réfléchi tout en roulant jusqu'ici. J'ai d'abord voulu te tuer mais je suis trop lâche. J'ai voulu te quitter mais mon père ne l'acceptera jamais. Admettons que tu viens de vivre un moment d'égarement et que plus jamais cela ne se reproduira, alors j'essaierai de te pardonner." Jessica était peut être bouleversée, elle n'en demeurait pas moins lucide sur les conséquences qu'aurait un divorce. Nick se trouvait au pied du mur. Le moment tant redouté venait d'arriver. Il devait choisir entre sa réputation et les beaux yeux d'un jeune homme de 20 ans. Jessica avait l'air plus calme à présent. Elle savait qu'elle avait toutes les cartes en main. Elle s'installa sur le sofa et fixa son mari comme si elle le voyait pour la première fois. Il avait l'air en proie à un conflit intérieur violent :
 
-"Ca fait longtemps que tu es comme ça ?
- Il est sans doute probable que je l'ai toujours su.
- Alors pourquoi moi ?
- Si je le savais ce n'est pas pour autant que je l'accepte. Et puis je t'aimais quand je t'ai épousé, quand nous avons fait nos enfants...
 
 
 
- Mais ce qu'il y a s'est que tu l'aimes plus que moi. Je refuse de te partager avec qui que se soit et surtout avec un homme. Alors tu vas mettre fin à cette relation." Nick prit sa veste et parti rejoindre Mickaël. Ils devaient avoir une discussion.
 
Chap 3
 
Tout au long du chemin il essayait de se raisonner. D'un coté il y avait un travail qu'il aimait beaucoup et qui lui avait procuré une certaine notoriété dans les plus hautes sphères. Il pouvait même espérer briguer un mandat de sénateur dans un proche avenir. De l'autre, un jeune homme sortit de nulle part, mêlé à différents trafiques et qui vendait son corps au plus offrant. Le choix était pourtant simple. N'importe quel homme sensé aurait compris où était son intérêt. Mais au fur et à mesure qu'il se rapprochait de l'appartement il voyait le doux sourire de Mickaël lui réchauffer le coeur. Auprès de son jeune ami il avait l'impression de reprendre goût à la vie. Dès qu'il arriva, il s'effondra sur le canapé. Il était au bord du gouffre et il ne pouvait plus reculer.
Mickaël se sentit soudain envahi par un sentiment de désespoir. Il avait été stupide de croire qu'un homme pareil pouvait tout lâcher pour un gigolo dans son genre. Il prit place près de lui et posa sa tête sur son épaule :
 
-"Si tu viens me dire que tout est fini entre nous deux, saches que je comprendrais. Je ne ferais jamais rien qui pourrait te nuire.
- Je te remercie. Mais c'est au-dessus de mes forces de rompre avec toi. Tu m'as ouvert tant d'horizons nouveaux. Tu m'as appris à me connaître. Je n'ai jamais autant éprouvé de bonheur qu'avec toi. Le problème c'est que je ne peux pas vivre avec toi ni sans toi.
- Je veux que tu retournes avec ta femme et que tu m'oublies. Nous avons vécu une très belle histoire d'amour. Et grâce à toi j'entame une nouvelle vie. Tu m'as fait le plus beau des cadeaux celui de croire en moi. Mais tu sais bien que nous n'avons aucun avenir ensemble alors ne gâches pas ta carrière, ça n'en vaut pas la peine.
- Mickaël...
- Chute ne dis plus rien" Du bout des doigts, il caressa le visage de Nick afin de l'immortaliser dans son esprit. Nick passa son bras autour de son coup et l'attira vers lui. Mais Mickaël le repoussa et alla s'enfermer dans sa chambre.
 
Jessica aurait du se réjouir. Elle était parvenue à ce qu'elle voulait. Pourtant elle savait au fond d'elle même, qu'elle n'aurait plus jamais confiance en Nick. Sa victoire avait un goût amer.
 
 
Elle pouvait lire en lui le désespoir d'avoir fait ce choix :
 
-" Pourquoi es-tu revenu avec moi si tu me détestes tant ? Pour ta réputation ?
- Non ce n'est pas la seule raison.
- Tu aurais été capable de tout abandonner pour lui ?
- Je pense que oui.
- Alors pourquoi ne pas l'avoir fait ?
- Mickaël ne me l'aurait jamais permis. Il savait que j'aurais beaucoup souffert de cette situation. Il a préféré me rendre ma liberté. Quelle foutais ! J'aurai tellement aimé qu'il me supplie de rester auprès de lui. Je me déteste pour mon manque de courage." Il eut un rire cynique. Il réalisa le gâchis de sa vie.
Il avait couru après le bonheur toute sa vie et une fois atteint, il l'avait laissé partir pour être dans la norme. Il avait trop peur d'assumer sa différence et de ce fait il n'avait droit qu'à cette vie vide d'amour mais remplit de fric.
 
La nuit venait de tomber sur les trottoirs de Miami. Une de ces nuits sans étoiles. Dans un coin sombre un jeune homme attendait patiemment à l'affût d'un éventuel client. Une belle voiture s'approcha. La vitre glissa et sans échanger plus de 3 mots le garçon monta dans le véhicule. Ils partirent à travers la nuit, l'un pour combler sa solitude, l'autre pour sortir de sa misère. C'est ainsi que se déroulaient toutes les nuits sur les trottoirs de Miami.
 
 fin

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Dimanche 17 juin 2007

Publié dans : nouvelles gays
 

 

CHAP.1

 

 

Il faisait une chaleur étouffante cet après-midi d'avril et Michaël était songeur. Le cours de philo qu'il était en train de suivre était tellement loin de ce qui le préoccupait en ce moment, qu'il n'écoutait pas vraiment. Son regard se perdait au-delà des vitres sales, vers un point que lui seul pouvait apercevoir.

Quand la sonnerie retentit, après un bref brouhaha, il sortit de sa stupeur et son esprit revint à la réalité. Son ventre se mit à faire des bruits gênant, ce qui lui rappela qu'il était temps d’aller manger. Il préféra se trouver une place sous un arbre, plutôt que de fréquenter le restau U hyper bondé de l’université de Nanterre.

 

Michaël était un jeune homme de 19 ans, très solitaire. Il arrivait de province et ne s'était pas encore fait beaucoup d'amis. En fait, il n'y tenait pas trop. Il vivait seul dans un vieil HLM et recevait régulièrement de l'argent de ses parents pour payer ses études de droit.

 

Cet instant de calme fut perturbé par l'arrivée de jeunes en scooter. On l’avait m’y en garde, car ils appartenaient à une bande de la citée voisine, extrêmement violente.

Sa première réaction avait été d'envisager la fuite, mais il ne voulait pas montrer qu’il avait peur. L'un des jeune beur s'arrêta juste devant lui et stoppa le bruit assourdissant que faisait sa machine trafiquée. Michaël fut surpris de voir un visage aussi angélique sous cette allure de voyou :

 

-"T’es nouveau, n'est-ce pas ?"Michaël fit un signe affirmatif de la tête. Ces trois compagnons étaient en train de tourner autour d'une fille un peu plus loin :

-"J’sais pas si t’es au courant, mais ce campus est réputé très dangereux et j’crois pas que t’as d'assurance vie?

- Une assurance vie?

- Contre 50 € par mois on peut assurer ta sécurité " Michaël éclata de rire. Combien de fois avait-il eu affaire à ce genre de rackette ? Déjà au lycée des petits merdeux avaient tenté leur coup. L'inconnu parut surpris de sa réaction et ressenti une certaine admiration pour son courage voir son inconscience :

-"OK mec, je t'aurai prévenu.

- Toi et tes potes vous ne me faites pas peur ! Vous n’êtes qu’une bande de petits ringards qui joue les terreurs !!" Le jeune homme remit son scooter en marche et parti avec ses compagnons en ne laissant derrière lui qu'un amas de poussières.

Michaël se sentit soulagé, car malgré tout ce qu'il avait pu dire, il était mort de trouille. Il connaissait trop bien ce genre de bande pour s'en méfier.

 

 

Le temps repris son cours et Michaël oublia cet incident sans pour autant effacer de sa mémoire le visage angélique de l'inconnu.

La nuit tomba rapidement sur la fac pourtant  Michaël n’était pas vraiment pressé de rentrer dans son petit studio trop exigu.

A peine venait-il de faire quelques mètre en direction du R.E.R qu’un groupe de jeunes capuches sur la tête, arriva rapidement à sa hauteur. Il aurait aimé pouvoir s'enfuir cette fois, mais il était acculé au bout du quai et pas de train en vue. Des bruits de chaînes teintèrent à ses oreilles et un frisson de terreur lui parcouru le corps. Il regrettait à présent d'avoir refusé l'assurance vie. Maintenant il était sur le point de se faire salement amocher.

A son grand étonnement, le jeune homme qu’il l’avait abordé sur le campus, s’adressa à ses copains. Il sentit son coeur tressaillir et la sueur perler sur son front :

 

-"Foutez-lui la paix, je m’en occupe" Sur ces quelques mots, toute la bande repartit. Après la peur un sentiment d'incompréhension fit place en lui :

-"Pourquoi as-tu fait ça pour moi ?" Le jeune homme s'approcha un peu plus de Michaël :

-"Moi c'est Samir et toi ?

- Michaël, mais ça ne répond pas à ma question.

- J'ai été impressionné par ton aplomb l'autre jour alors j'ai décidé de te donner un coup de main.

- Et c'est tout!" Samir ne savait même pas ce qui l'avait poussé à agir de la sorte envers quelqu'un qui était un parfait étranger. Si sa bande découvrait qu'il leur avait menti, il ne donnait pas cher de sa peau :

-"Ecoutes Michaël, ne cherches pas à comprendre et estimes toi heureux de ne pas avoir de bobos." Après un instant de réflexion, il regarda bien Samir dans les yeux :

-"Pourquoi restes-tu avec eux ? Tu n'es pas de leur espèce.

- Qu'est-ce que t’en sais ?

- Tu ne m'aurais pas sauvé ainsi si tu étais comme eux." Samir n'avait pas envie de discuter plus longtemps et repartit en courant aussi loin que possible de ce garçon qui l'attirait tant.

 

 

CHAP.2

 

 

 

Il se passa une bonne semaine avant que Michaël n'entende de nouveau parler de la bande de la citée.

Il était descendu en bas de son immeuble pour vider les poubelles, lorsqu’il entendit des bruits de verres brisés, comme une bagarre. Il aperçut quatre jeunes cagoulés en train de s'acharner sur un autre jeune. Michaël fini par reconnaître le visage de Samir.

Il fut pris d'effroi, recula et trébucha sur une poubelle, ce qui fit un vacarme épouvantable. Les quatre jeunes surpris s'enfuirent en laissant derrière eux leur victime. Michaël se précipita à ses côtés, l'aida à se relever et l'emmena chez lui pour le soigner.


Samir avait été bien amoché, Il avait horriblement mal à la tête et avait l'impression d'être passé sous un bulldozer. Michaël alla lui chercher une aspirine et quelques pansements. Samir essaya de se lever mais le sol se mit à tourner. Michaël l’obligea à rester assit et vint à ses côtés décidés à en savoir plus :

-"Alors tu veux que l'on en parle ?

- Non, j'aurai mieux fait de te laisser l'autre jour. Maintenant j’me suis mis ma famille à dos !!

- T’appels ça une famille ?! Après ce qu’ils t’ont fait ?

- Lâches-moi mecs, tu peux pas comprendre. Tout ça c’est ta faute,  j’aurai du les laisser te crever !" Il se détourna vers la fenêtre, la discussion était close. Michaël le laissa partir. Mais il se promit de tout faire pour aider Samir à sortir de ce gang. Il y avait quelque chose dans ce garçon qui le troublait. Il avait du mal à cerner sa personnalité. Pourtant il était convaincu que sous cette armure se trouvait un jeune homme fragile et sensible.

 

Les jours suivant, Michaël chercha à en savoir plus sur la vie de Samir. D’où il venait et ce qui l’avait poussé à intégrer cette bande. Il n’avait rien d’un de ces zonares qui traînent à longueur de journée en bas des cages d’escaliers.

Il trouva à la fac un type qui le connaissait bien car ils avaient grandit dans la même citée. Il venait d’une famille d’immigrant du sud tunisien. Le père et la mère travaillaient comme des forcenés pour que leurs enfants aient une bonne éducation et s’en sorte dans ce pays. Il avait 4 sœurs et était le seul garçon. Il avait réussi à passer son bac et avait commencé sa première année ici même à la fac. Puis au bout de quelques mois il était parti en vrille pour une raison inconnue. Sa famille l’avait rejetée, il avait abandonné ses études et intégré cette bande de voyou.

Michaël sentait qu’un drame était sûrement venu et bouleversé sa vie, au point qu’il avait trouvé refuge dans cette pseudo famille.

 

Alors qu'il était plongé dans un profond sommeil, Michaël fut réveillé en sursaut par la sonnerie de l’interphone. Il jeta un coup d'oeil sur le réveil, il était 1 heure du matin. Encore à moitié endormie, il reconnut la voix pâteuse de Samir. Il avait du toucher à la drogue et ne semblait pas dans son état normal.

Michaël n'éprouvait pas de pitié pour cet ange déchu, mais plutôt de la compassion. Lui-même avait connu, il y a quelques temps, une crise existentielle, rejetant tout et tout le monde pour des raisons qu'il croyait à mille lieux des soucis de Samir.

Sans la moindre hésitation, il lui ouvrit sa porte. Il tenait à peine debout. Ses cheveux d’un brun foncé étaient tous ébouriffés et son teint pâle faisait ressortir la noirceur de ses yeux marron.

Il le traîna jusqu’à sa chambre et à peine allongée sur le lit, Samir s’écroula comme une masse. Michaël s’allongea à ses côtés. Il resta un long moment, simplement là, à le regarder. Alors qu’il commençait à s’assoupir, Samir commença à bouger dans tous les sens. Visiblement il faisait un cauchemar. Une larme se mit à couler le long de sa joue. Un nom s'échappa de ses lèvres "Médhi" suivi de "Michaël".

Ce dernier fut envahi par un sentiment de tendresse pour ce jeune homme à l'âme si tourmentée. Il approcha sa main de ce visage d’ange et lui caressa la joue, comme pour apaiser ses souffrances. Celui-ci sembla se calmer, il était paisible à présent. Michaël tombait de fatigue. Il s'allongea près de Samir et s'endormit à son tour.

 

Samir fut réveillé par les rayons du soleil qui filtraient à travers les rideaux. Il dut attendre une bonne dizaine de minutes avant de retrouver ses esprits. C'est alors qu'il remarqua le corps de Michaël à ses côtés. Il se pencha vers lui au moment ou celui-ci ouvrait les yeux. Il arbora un magnifique sourire, ce qui le troubla. Ce dernier se leva précipitamment, bien décidé à quitter ces lieux. Michaël essaya de le retenir :

 

-"Ecoutes, si tu me disais ce qui ne va pas ?

- Je n'ai pas besoin d’un bon samaritain !"Michaël se leva à son tour et lui agrippa le bras :

-"De quoi as-tu peur ? Qui essaies-tu de fuir ?!

- Fou moi la paix!" Il se dégagea violemment et une bagarre éclata entre les deux hommes. Michaël fut projeté par terre, Samir se précipita sur lui pour le plaquer au sol. A bout de souffle, Michaël cessa de résister.

Samir sentait le souffle chaud de Michaël sur son visage. Il ne pouvait détacher son regard du sien. Finalement il se releva, s'assit sur le canapé et se mit à pleurer comme un enfant blessé. Michaël aurait aimé trouver les mots pour le soulager mais rien ne sortait. Samir s'essuya les yeux et fini par se décider à tout raconter. Cela faisait trop longtemps qu'il gardait ça au fond de lui et sa finissait par le ronger de l'intérieur :

 

-"Il y a un an, j'ai fait la connaissance d'un garçon, Médhi. On partageait le même TP à la fac.. Il chercha dans les yeux de Michaël le courage de continuer :

-"On était vraiment très proche. J’ai fini par me rendre compte que j’éprouvais pour lui bien plus que de l’amitié. Dans ma culture c’est pire qu’un péché de ressentir de l’attirance pour quelqu’un du même sexe". Il ne lut aucun mépris sur le visage de l'homme qui lui faisait face et lui en était reconnaissant :

-"On a eu une aventure, mais même aussi prudent que nous étions, mon père a fini par l’apprendre. J’ai jeté la honte sur ma famille. J’avais déshonoré mon nom. La famille de Médhi a très mal réagit aussi, et il l’on ramené au pays pour le marier. Il n’a pas eu le courage de s’opposer aux traditions. Moi j’ai refusé un mariage arrangé, alors mon père m’a chassé. »Michaël comprenait mieux à présent le désarroi de son ami :

 

-"Depuis ce jour je me suis juré de plus jamais toucher à un autre homme. Alors je suis entrée dans cette bande, car ils représentaient tout ce que je n'étais pas. Je voulais... Je ne sais plus ce que je voulais." Leurs regards s'accrochèrent un long moment :

-"Maintenant il vaut mieux que je parte" Michaël aurait voulu lui crier de rester mais il savait que Samir devait résoudre seul son problème et accepter enfin ce qu'il était. Il était passé par-là, lui aussi.

 

 

 

 

 

 

CHAP.3

 

 

 

Michaël ne revit pas Samir pendant près de trois semaines. Il avait souffert de son départ et de son silence. Bien plus qu'il ne l'imaginait. Il essaya de l'oublier, mais en vain. A plusieurs reprises il voulut le contacter mais c'était ravisé. Il avait trop peur de se sentir rejeté par celui dont il était tombé amoureux. Il finit par le croiser dans le mégaCGR du coin, un soir. Mais celui-ci l'ignora, ce qui le blessa. Visiblement Samir avait fait son choix.

 

Il se plongea dans son travail pour ne plus y penser. Mais il reçut des menaces de mort de la bande de la citée qui n'avait pas apprécié qu'il débauche un des leurs. 
En effet, Samir avait fini par quitter ses « amis » et avait trouvé un petit boulot dans une grande enseigne. Michaël avait peur pour sa sécurité. Aussi  alla t’il trouver la police et pour porter plainte contre eux. Les flics étaient ravis, ils attendaient cela depuis longtemps. Michaël  ne se rendait pas compte dans quoi il mettait les pieds.

 

Les grandes vacances approchaient ainsi que les examens de fin d'année. Michaël décida de s'offrir une soirée de repos sur Paris. Il se rendit dans une boîte gay branchée de la capitale. Malgré tous les sympathiques et charmants garçons qui se trémoussaient autour de lui, seul Samir occupait tout son esprit. Il décida de rentrer et d’aller le trouver afin de lui avouer ce qu’il ressentait pour lui.

Le lendemain, il se rendit à son travail. Visiblement gêné, Samir lui donna rendez-vous plu tard, dans la soirée, dans un parc un peu isolé.

Toute la journée, Michaël avait ressassé tout ce qu’il voulait lui dire. A quel point il le trouvait beau. Que la différence de culture lui importait peu et qu’ensemble ils pouvaient être plus fort face à l’intolérance du monde et de la religion.

 

Une fois face à lui plus aucun mot ne voulait sortir de sa bouche. Mais c’était sans importance car Samir l’enlaça et l’embrassa fougueusement sur la bouche. C’était comme si plus rien, ni personne n’existait autour d’eux. Ils étaient tellement absorbés par leur passion naissante qu’ils ne s’étaient pas rendu compte qu’on les observait. Des jets de cailloux stoppèrent net leur étreinte. Une dizaine de jeunes de la bande de la citée les avaient repérées. Ecoeuré par cette vision de deux hommes s’embrassant, les insultes fusèrent ainsi que les menaces. 

Les deux jeunes garçons s’enfuirent à grandes enjambées. Samir était venu en voiture. Ils réussirent à l’atteindre et à démarrer en trombe.

A peine venaient-ils de rouler sur quelques kilomètres que Samir repéra dans son rétroviseur les scooters du gang :

 

-"Il faut les semer, accroches toi, Michaël !

- Allons à la police !!

- Nous n'y arriverons jamais entier" Samir appuya sur le champignon mais la vieille guimbarde se traînait lamentablement.

Les motards ne tardèrent pas à les rattraper. Plusieurs jetèrent des canettes de bières vides sur les vitres de la voiture, qui explosèrent sous l'impact :

 -"Ils vont nous tuer ces fumiers !!

- Non je vais nous tirer de là, je te le jure.

- J'aimerai pouvoir te croire. Tout est de ma faute. Pardonnes-moi." Samir essaya de garder son sang-froid.

Un des jeunes arriva à la hauteur de Samir. Il avait une énorme chaîne à la main et avec une violence effroyable il la projeta à travers la vitre. Samir s'écroula, le visage en sang, sur le volant. La voiture fit une embardée avant de tomber en contrebas d’un chenal.

Une fois leur mission accomplie, ils partirent en laissant les deux jeunes hommes inconscients dans leur voiture, qui avait fini sa course sur le toi.

 

Tout s'était passé si vite, des images défilaient à toute vitesse dans la tête de Samir. Il revoyait Michaël, et Médhi. Durant plusieurs mois il avait lutté contre les sentiments qu'il éprouvait envers Michaël. Pourtant à cet instant précis, alors qu’il s’était vu mourir, il compris qu’il se sentait prêt à lutter contre l’intolérance pour vivre un amour auquel il avait droit.

 

Il réussit avec difficulté à sortir de la voiture puis essaya de dégager Michaël. Ce dernier perdait beaucoup de sang. Il le traîna sur quelques mètres. Il était déboussolé par les événements.

Samir se précipita sur la route et arrêta un automobiliste qui appela les secours. Il retourna auprès de Michaël qui était de plus en plus mal. Il s'agenouilla à ses côtés et se mit à lui parler pour le garder conscient. Il avait l'estomac noué. Il prit la main de Michaël et la serra fortement. Des larmes mêlées au sang coulèrent sur son visage :

 

-" Michaël il faut que tu vives !J'ai refusé ton aide car je croyais pouvoir m'en sortir seul mais j'avais tort. J'ai besoin de toi Il y a tellement de choses que nous avons à partager et connaître ensemble... C'est trop bête !!Je... t'aime.." Samir savait que Michaël l'entendait pourtant il sentait que ce dernier s'éloignait de lui peu à peu.

Le bruit des sirènes retentir dans la nuit. Très vite des policiers et l’ambulance arrivèrent sur place. 
Quelques minutes plus tard, Samir se retrouva dans la salle d'attente de l'hôpital et Michaël en salle d'opération.

Le cours du temps se figea. Chaque seconde durait des minutes et chaque minute des heures. Un médecin s'approcha de Samir. Son coeur battait si fort qu'il avait l'impression que sa poitrine allait exploser :

 

-"Docteur, comment va t'il ??!!"Le médecin retira ses lunettes et son air cérémonieux empli Samir d'effroi :

 

-"Je suis désolé pour votre ami, mais nous n'avons pas réussi à stopper l'hémorragie interne" Le monde s'écroula sous ses pieds. Quelque chose en lui se brisa. Son esprit s'embrouilla puis tout devint clair.

 Il sortit de cet endroit qui lui donnait la nausée. Il alla trouver un ami qui lui vendit  une arme à feu.Aucune émotion ne pouvait se lire sur son visage. Pourtant au fond de lui, le plus grand des conflits étaient en train de se jouer.

Il connaissait toutes les planques de son ex-bande. Il hésitât un cours instant et pris sa décision. Maintenant sa détresse avait laissé la place à une haine sauvage.

Après avoir fait le tour de tous les endroits connus, il finit par les trouver dans une sorte de hangar abandonné.

Il ne s'était pas trompé. Les cinq jeunes qui les avaient agressés étaient affalés sur le plancher, complètement défoncés.

Samir entra sans faire de bruits et s'approcha du jeune homme qui était responsable de l'accident de voiture. Jérémie avait à peine 17 ans et déjà un casier judiciaire aussi gros qu'un annuaire. Samir l'obligea à se relever afin de le regarder droit dans les yeux. Il introduit le canon de l'arme dans sa bouche. Jérémie qui gémissait et le suppliait de ses grands yeux de le laisser vivre. Mais Samir ne voyait en lui que l'animal qui avait détruit toutes ses chances de connaître enfin le bonheur d'être aimé par une personne sincère.

De toute façon quel avenir s’offrait à lui en tant qu'homosexuel et musulman ? Il ne voulait plus souffrir. Il revit le visage de Médhi puis celui de Michaël, des larmes ruisselèrent sur ses joues. Il réalisa alors que le jeune homme en face de lui n’avait aucune conscience de ses propres actes. Ce dernier avait réagit comme on lui avait enseigné de faire face à l’homosexualité. C’est-à-dire avec toute la violence que peux engendrer l’ignorance.

Il relâcha son étreinte et parti sans se retourner. 

Fin

 

 


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Mardi 12 juin 2007

Publié dans : nouvelles gays
 Chap.1   

L'imposant building de la maison de production "mégamix", s'élevait magistral sur les bords de l'Hudson. A l'intérieur de ce bâtiment de verre, se côtoyaient artistes en tout genre, personnel de production et super stars des hits parades.

Mark STANFORD était chargé des relations publiques depuis deux ans environs. C'était un bon élément, il savait garder ses distances avec le milieu artistique. Il se cantonnait à faire son job et espérait devenir prochainement assistant de direction.  

Pourtant ces derniers temps, le jeune homme semblait préoccupé par des soucis d'ordre personnel. Il arrivait fréquemment au travail le visage tuméfié par des bleus. Son supérieur commençait à se poser des questions. Ses absences répétées et ses nombreuses ecchymoses, faisaient mauvais genre, pour quelqu'un chargé de gérer l'image d'une grande maison de disques. De plus, il appréciait réellement le travail de Mark, et envisageait de le prendre comme assistant personnel. FREEMAN savait pertinemment que Mark n'était pas du genre à chercher la bagarre, intrigué, il convoqua ce dernier dans son bureau pour éclaircir les choses.

Mark semblait extrêmement nerveux et visiblement il avait très peur : 

-"Asseyez-vous, je vous en pris, dit FREEMAN en lui indiquant un siège, ça ne prendra qu'une minute.

- C'est que j'ai beaucoup de travail en retard" FREEMAN regarda longuement le jeune homme assit en face de lui. Il ne savait pas trop comment aborder un sujet aussi personnel : 

-"Je ne voudrais pas être indiscret, mais je m'inquiète à votre sujet. D'où vienne toutes ces ecchymoses qui vous défigurent ?

- Je ne vois pas en quoi cela vous regarde ! Je suis simplement tombé dans ma salle de bain" Mark frottait nerveusement ses mains et son regard fuyait celui de son chef :

 -"Je veux simplement vous aider. Alors pourquoi ne pas me dire simplement la vérité ?" FREEMAN opta pour un ton paternaliste mais il ne fit qu'augmenter la gêne de son interlocuteur :

 -"C'est ce que je viens de vous dire. Je suis tombé ! Maintenant veuillez m'excuser mais cet entretien ne rime à rien." Mark prit congé.

FREEMAN avait acquit la certitude qu'il lui cachait volontairement quelque chose. Il ne pouvait pas se permettre de douter de ses proches collaborateurs. A la moindre erreur de sa part, les actionnaires se feraient un plaisir de le limoger.FREEMAN décrocha son téléphone et contacta le responsable du personnel. Il lui demanda d'effectuer une enquête approfondie sur la vie privée de Mark STANFORD. 

L'enquête fut des plus rapides, il ne semblait y avoir aucun cadavre dans son placard. Mark était célibataire. Ses parents étaient morts depuis de nombreuses années. Il ne lui restait plus aucune famille. A l'école supérieure du commerce, il n'avait pas été le meilleur de sa promotion, mais avait toujours été bien noté.N'ayant obtenu aucun résultat de ce côté là, il se décida à contacter un ami médecin.

Celui-ci eut beaucoup de mal à cracher le morceau, il ne voulait pas déroger au sacro-saint secret professionnel. Mais il finit par lui apprendre qu'il avait été hospitalisé 4 fois ces trois derniers mois pour des fractures et des côtes cassées.FREEMAN avait maintenant la conviction que ces soi-disant chutes n'avaient rien d'accidentelles car beaucoup trop fréquentes. 

En début de semaine, Mark ne se présenta pas à son bureau. Intrigué et perplexe FREEMAN essaya de le joindre à son domicile, sans succès. Il empoigna son pardessus et appela un taxi pour se rendre sur place. Il n'avait jamais été très lié au jeune STANFORD, mais un mauvais pressentiment, et de l'inquiétude le poussait à s'investir personnellement dans cette histoire.

L'endroit où il vivait était assez cossu. Le quartier semblait plutôt calme ce qui confirmait l'hypothèse que Mark ne devait pas être victime d'agressions de la part de voyous. Après avoir tambouriné cinq minutes à la porte, c'est un Mark en piteux état qui lui ouvrit. Il donnait l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur. Il avait le visage en sang. Après avoir protesté et certifié que ce n'était rien Mark se laissa conduire jusqu'au sofa.

L'appartement était immense et joliment décoré. FREEMAN ne l'aurait jamais imaginé dans un décor pareil. Il fit boire à ce dernier quelques gouttes d'alcool pour lui redonner de la couleur et voulu le conduire aux urgences : 

-"Non, je ne veux pas voir de médecin ! Je vais bien." En disant ces mots il se tordit de douleurs : 

-"Je ne peux pas vous laisser dans cet état... dites-moi plutôt qui vous a arrangé comme ça ?" A cet instant un homme d'une trentaine d'année, fit son apparition.

Il devait mesurer dans les 1,85m et semblait prendre soin de son corps. Au travers de son tee-shirt, on pouvait apercevoir ses muscles saillirent. FREEMAN sentit Mark se contracter : 

-"Qui êtes-vous ? Qui vous a permis d'entrer ? ! Hurla l'inconnu :

-"Je suis le patron de Mark. Je m'inquiétais de ne pas le voir au bureau et je crois qu'il a besoin de soins." FREEMAN s'était levé, mais il avait l'air d'un nain face à l'inconnu : 

-"Je vais très bien, je vous assure. Maintenant que mon ami est là tout va s'arranger." Il le supplia du regard. FREEMAN s'exécuta mais il n'en resterait pas là. 

Le lendemain STANFORD revint prendre son poste. Rien dans son attitude ne laissait paraître la violence dont il avait été victime la veille. Il rencontra son patron : 

-"J'aimerais que vous oublié ce qui s'est passé hier. Je vous jure que ça ne se reproduira plus à l'avenir" FREEMAN avait du mal à faire comme si de rien n'était. Il était hors de question qu'il passe l'éponge.Toute la nuit le visage de Mark en sang le hanta.

Cet événement, avait réveillé en lui un souvenir douloureux, qu'il croyait avoir enfoui au fond de lui. Il se souvenait de son propre visage tuméfié sous les coups de son propre père. Toutes les personnes de son entourage avaient fermé les yeux sur les exactions de ce tyran. Il revoyait sa mère, détournant la tête à chaque coup de ceinture. Il aurait espéré rencontrer quelqu'un qui lui tende la main et arrête son calvaire.Il avait lu dans le regard de Mark la même souffrance et la même peur que lui inspirait son  père quand son ami était entré :

-"C'est cet homme qui vous frappe ? Pourquoi partagez un appartement avec quelqu'un qui visiblement vous veut du mal ?

- Vous ne pouvez pas comprendre. Il n'a pas toujours été comme ça.

- Je ne veux pas me mêler de votre vie privée mais je suis sûr d'une chose, ce type finira par vous briser ! Je connais l'adresse d'un centre pour les personnes dans votre cas. Vous pourrez y demander des conseils.

- Pourquoi vous inquiétez-vous pour moi? Je ne suis qu'un employé.

- J'aurai aimé que quelqu'un fasse la même chose pour moi il y a trente ans de cela. Ne repoussez pas la main que je vous tends. Prenez cette adresse" Mark fut bouleversé par les propos de FREEMAN. Jamais il n'aurait pu imaginer qu'un homme d'affaire aussi brillant que lui, a pu vivre l'enfer de la brutalité domestique. Il prit le numéro de l'association d'aide aux victimes de maltraitance. Il devait réfléchir. 

Mark ignorait les raisons qui l'avaient poussé à accepter de se rendre à une des réunions. Il n'était pas comme ces gens là. Son cas était bien différent. Mais il sentait, au fond de lui, qu'il avait besoin de conseil. Il en avait assez de souffrir.

Le lieu de la réunion était annexé à un hôpital. On aurait dit une réunion d'alcoolique anonyme. Dans une petite pièce, sans personnalité, était rassemblé une dizaine de personne, en majorité des femmes. Ils formaient un cercle autour d'un psychologue qui organisait les débats.

Mark s'installa dans un coin, espérant se faire oublier. Il n'avait qu'une hâte, sortir d'ici. Une femme pris la parole. Elle était défigurée par des bleus et avait un bras dans le plâtre. D'une voix monotone, elle raconta son histoire.Son mari au chômage depuis un an, avait commencé à boire puis à la battre lorsqu'il était ivre. Il ne supportait que sa femme ait un job et pas lui. Elle avait subi toutes les humiliations possibles sans rien dire en espérant que les choses iraient en s'arrangeant. Mais à présent elle n'en pouvait plus. Elle venait de perdre son emploi à cause de ses hospitalisations répétées et son époux s'en prenait maintenant à ses enfants.

Mark était bien triste pour elle, mais il ne se sentait toujours pas concerné. Après tout ce qu'elle venait de dire, elle se tourna vers le groupe et d'une voix plaintive dit qu'elle ne pouvait se résoudre à le quitter. Qu'il avait besoin d'elle et que tout cela ne serait jamais arrivé si elle avait su s'occuper de lui ! Une vague de protestation s'éleva dans la salle.

Une autre femme prit la parole. Elle semblait plus sur d'elle. Elle aussi avait vécu la même histoire que toutes ces femmes. Mais un jour elle avait réalisé que le fait de se laisser battre n'aidait en rien son mari, bien au contraire. Elle s'était d'abord enfuie de chez elle pour se protéger puis elle avait trouvée la force de le convaincre d'aller consulter un spécialiste. A présent, ils essayaient de retrouver un second souffle dans leur mariage.

Une autre femme se leva, elle parla du jour où son ami, avec qui elle vivait depuis trois ans, avait braqué une arme sur sa tempe menaçant de la tuer. Ce jour là, elle avait compris que se n'était pas elle qui avait un problème mais lui.

Un long silence envahit la pièce. Mark faisait toujours semblant de ne pas se sentir concerné par les témoignages éloquents de toutes ces femmes qui avaient vécu un véritable enfer. Le psychologue le remarqua dans son coin et lui demanda de bien vouloir prendre la parole. Mark devint écarlate. Il se leva péniblement et bafouilla quelques mots d'excuses, déclarant que son histoire, n'avait rien à voir avec la réunion. Toutes les personnes dans la salle l'encouragèrent du regard ou par des mots de sympathies. Il finit par se lancer, après tout il n'avait rien à perdre : 

-"Je vis avec un homme depuis deux ans. Il s'appelle Jack. Avant nous étions très liés l'un à l'autre. Il était  gentil et généreux. Mais depuis quelques mois, il est devenu différent. Sa vie a basculé lorsqu'il a appris qu'il était séro-positif." Il s'arrêta un instant et regarda autour de lui. Il ne vit alors que tendresse et compassion. Il n'avait plus peur de parler au contraire. Il ne s'était pas rendu compte à qu'elle point il souffrait d'avoir tout gardé pour lui : 

-"Les médecins lui ont assuré qu'il pouvait encore vivre normalement de nombreuses années grâces aux nouveaux traitements. Mais Jack ne l'a pas supporté. Il est persuadé que le virus est en train de le ronger de l'intérieur. Il est devenu amer et violent. Je crois qu'il m'en veut car il ne comprend pas pourquoi moi je ne suis pas infecté. Comment lui en vouloir ? Je sais qu'il souffre. Ces derniers temps il est devenu très violent, il m'a même envoyé à l'hôpital. Je sais qu'il regrette après coup, mais il a tellement peur de la mort qu'il a besoin d'un exutoire." Il se rassit et réalisa que ses jambes étaient en coton. Ses mains s’étaient mises à trembler.

Une fois la séance terminée, le psychothérapeute vint trouver Mark. Il le remercia pour son intervention et lui demanda de revenir à la prochaine réunion. Mark préféra décliner l'offre. Il ne voyait pas comment ce genre de lieu pouvait lui apporter une quelconque aide. L'homme lui donna l'adresse d'un confrère qui était spécialiste dans le soutien au personne atteinte du Sida. Mark lui promit de tout faire pour convaincre son ami d'assister à un rendez-vous.

Il dormit en paix cette nuit là et cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps.

Mais le lendemain, les choses s'envenimèrent. En effet, un des collègues de Mark, qui était ami avec le responsable du personnel qui avait enquêté sur sa vie privée. Lui avait parlé de son homosexualité et bientôt tout le service fut au courant de ses penchants sexuels. Les blagues allaient bon train ainsi que des allusions à peine dissimulées. Mark faisait semblant de rien entendre mais il avait les nerfs à fleur de peau.

Au bout d'une semaine de ce service spécial, Mark se devait de réagir.Après le travail, il se rendit au bar que fréquentaient tous les jeunes yuppies de sa boîte. Mark s'approcha du type qui prenait un malin plaisir à l'humilier en envoyant des messages homophobes sur sa messagerie. L'homme était un peu éméché, il venait de fêter avec plusieurs cadres supérieurs un contrat juteux. En apercevant Mark il se dit qu'ils allaient bien s'amuser ce soir : 

-"Tiens mais regardé qui voilà ? Je ne savais pas qu'on laissait entrer les gonzesses dans ce bar" Les autres types se mirent à rires et la colère qui bouillait en Mark était prête à exploser :

 -"Ecoutes BRILTON, je crois que nous avons à nous expliquer toi et moi. Et la seule méthode qui me vient à l'esprit, la voici" Il lui envoya un directe du droit dans la mâchoire. Le barman hurla aux deux hommes de sortir, mais il était trop tard.

La bagarre dura à peine quelques minutes, une table fut brisée ainsi que quelques verres. Au bout du compte Mark et BRILTON s'écroulèrent tous les deux K.O. Mark se releva difficilement. Il avait mal partout, mais la douleur, ça le connaissait. Il contempla son oeuvre avec écoeurement. Jack avait fini par déteindre sur lui. A cette idée, il fut pris de nausées. Il se confondit en excuses et rentra chez lui en se promettant de tout faire pour ne pas se laisser ronger par la violence et la haine.    

chap 2   

Suite à ses rapports conflictuels avec ses collègues de travail, Mark accepta d'être muté dans une des filiales de la boite. Il avait raté sa promotion, et FREEMAN ne pus que le laisser partir.

Une période d'accalmie s'installa dans sa vie. Son nouveau poste bien que moins intéressant lui convenait et Jack avait cessé d'avoir un comportement agressif avec lui. Parfois, il lui arrivait même d'être sentimentale et tendre.

Un soir en rentrant du travail, Mark trouva la table dressée avec des bougies et du bon vin. Mark osait à peine croire en ce revirement de situation. N'y tenant plus il l'interrogea sur ses motivations : 

-"Jack, qu'est-ce qui te prend. On fête quelque chose de spécial ce soir?

- Oui, en effet. Je suis allé voir le médecin ce matin.

- Il t'a annoncé une bonne nouvelle ?" Jack se leva et tendit la main vers Mark. Ce dernier la saisit et ils se retrouvèrent face à face. Il y avait une lueur dans les yeux de Jack qui l'effraya. On aurait dit qu'il s'était drogué. Ils se mirent à valser dans le salon, sans la moindre musique. Jack fredonnait un vieil air. Mark se raidit, envahit par un sentiment de peur.

Jack approcha sa bouche de l'oreille de Mark et murmura ces quelques mots : 

-"Mes T4 sont en chute libre" Puis il l'embrassa sur les lèvres. Mark eut un geste de recul et de dégoût :

- Non ne fais pas ça, je t'en pris !

- De quoi as-tu peur, mon chéri ?

- Laisses moi " Jack le serra encore plus fort. Il commença à lui déboutonner sa chemise.

Depuis l'annonce de sa séro-posivité, Jack et Mark n'avaient pratiquement plus eu de relations sexuelles. Jack assommé par l'alcool et les médicaments s'endormait comme une masse chaque soir au grand soulagement de son ami. Mais ce soir il n’avait pas l’air abattu, bien au contraire.   

Il continua, malgré ses protestations à le déshabiller : 

-"Maintenant toi et moi nous allons être à égalité.

- Tu es devenu complètement  fou, arrêtes !!

-  Pourquoi serai-je le seul à souffrir ici ? Je veux que tu connaisses aussi ce sentiment de crever à petit feu, jour après jour.

- J'ai toujours été présent pour toi. Je suis resté lorsqu'on a appris pour ta maladie, je ne t’ai pas quitté  quand tu as commencé à passer ta colère sur moi. J’ai tout supporté par amour pour toi.

- Non, si tu es resté, c'est par pitié. Tu ne comprends pas que je te hais car tu représentes tout ce que je ne serais plus. Je ne supporte plus de te voir, toi et ta jeunesse flamboyante. Tu vas connaître la souffrance à ton tour. Tu te réveilleras chaque nuit en sueur en te demandant si tu verras un nouveau couché de soleil. Tu verras ton corps t’échapper peu à peu. Chaque regard dans la glace te donnera la nausée !" Mark essaya de se débattre mais Jack était bien plus fort que lui.

Il le plaqua au sol, lui assena plusieurs coups violents à la tête. Sans prendre la moindre précaution, il abusa de son ami avec violence et brutalité. 

Jack pleurait comme un enfant à présent. Mark était prostré. Il était pétrifié par la colère et la douleur. Il alla dans sa chambre et en profita pour appeler la police. Il avait besoin d'aide car il était terrorisé par Jack : 

-" Mon ami a perdu la raison, j'ai très peur qu'il veuille me faire du mal. Je vous en prie venez vite, il est capable de tout" Jack était sur le pas de la porte. Il s'approcha à grandes enjambées et lui arracha le combiné des mains : 

-" Allez, suis-moi !- Où veux-tu m'emmener ?

- Pas très loin, mon ange. Tout ira beaucoup mieux après et plus jamais on ne souffrira. Non plus jamais." Voyant que Mark refusait de le suivre, il le saisit par le bras et le menaça d'une arme à feu. Il le traîna jusqu'au toit de l'immeuble.

Il faisait déjà nuit et la lune rousse éclairait le lieu du drame d'une façon morbide.Comme il le craignait, Jack avait des idées suicidaires et voulait l'entraîner dans sa chute.

Mark essaya de jouer les psychologues et de lui faire entendre raison. Mais comment pouvait-il redonner l'envie de vivre à un homme qui se sait condamner dans un avenir plus au moins proche : 

-"Réfléchis un peu à ce que tu vas faire. Pourquoi t'apitoyer sur ton sort ? Pourquoi ne pas tirer partie de la situation ? Il y a tellement de choses que tu rêvais de faire, c'est peut être le moment. Je serais toujours là pour toi.

- Tu dis ça pour sauver ta peau ! Mais toi aussi tu vas crever comme un chien, tout comme moi. Les gens te dévisageront dans la rue. Au boulot quand ils découvriront que tu as le sida, tes amis te fuiront et t'évinceront

- Non c'est faux. Il y a beaucoup de gens qui veulent t'aider. Parle-le-leur ! Ecoutes-les ! Il faut nous laisser vivre tous les deux, et il reste l'espoir...

- L'espoir de quoi ? Je veux juste mourir avant que la maladie ne me ronge de l'intérieur.

- Ils vont trouver de nouveaux traitements.

- Je serais crevé avant. Tu essais de gagner du temps pour que la police viennent te sauver.

- Oui et quand ils seront là ils vont t'abattre comme un malfrat. C'est ça que tu veux ?-

 Allez viens. Nous allons faire le grand plongeons." Ils étaient maintenant à deux pas du rebord.

Vue du 10 ième étage tout paraissait si petit. Mark aperçut les sirènes de police et les pompiers. Peu à peu un groupe de badauds se positionna aux premières loges du spectacle. Un négociateur vint les rejoindre sur le toit avec une équipe de tireur d'élite. Il parla brièvement avec Mark qui lui expliqua la situation. Jack s'agrippait à lui et tenait son arme sur sa tempe. Les tireurs ne pouvaient rien tenter sans risquer d'atteindre le jeune homme.Jack était bien décidé à aller jusqu'au bout de sa folie. Il recula lentement, molestant mark qui essayait désespérément de résister.

Leurs deux corps basculèrent dans le vide. Un cri effroyable s'échappa de la bouche de Mark. Il ne voulait pas mourir.

A bout de bras il s'agrippa au rebord du toit. Ses doigts étaient en sang mais il tenait bon. Il regarda en bas et vit le corps de jack qui gisait sur le bitume.

Les policiers se précipitèrent pour le récupérer.Peut être était-ce mieux ainsi après tout. Jack ne souffrirait plus. Pourtant Mark refusait cette idée.

Le psychologue du groupe de soutien vint le voir à l'hôpital dès qu'il apprit la nouvelle. Il tenta de lui remonter le moral : 

-" Tout est fini à présent. Vous n'aurez plus à avoir peur de votre ami. Vous êtes enfin libre. Pourquoi êtes-vous si inquiet ?

- Je me sens tellement coupable de ce qui est arrivé. Je n'ai pas su l’aider.

- C'est faux, vous avez fait tout ce qui était humainement possible. C'est lui qui a fait son choix. Maintenant tout est fini.

- Non ça ne fait que commencer. Je pense que Jack m'a sûrement contaminé hier soir. Je devrais avoir les résultats dans quelques semaines.

-  Il faut garder espoir." Mark sourit à cette remarque. Tout le monde était désolé pour lui mais au fond d'eux ils avaient tous peurs face à ce fléau.

A présent, Mark allait devoir vivre avec la hantise d'avoir contracté le virus du Sida. Mais Il ne voulait pas finir comme son ami, détruis par la haine et la violence. Il était décidé à se battre jusqu'au bout. Il se sentait prêt à relever ce nouveau défit face à la maladie.  

 


 

 


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