Il faisait une chaleur étouffante cet après-midi d'avril et Michaël était songeur. Le cours de philo qu'il était en train de suivre était tellement loin de ce qui le préoccupait en ce moment, qu'il n'écoutait pas vraiment. Son regard se perdait au-delà des vitres sales, vers un point que lui seul pouvait apercevoir.
Quand la sonnerie retentit, après un bref brouhaha, il sortit de sa stupeur et son esprit revint à la réalité. Son ventre se mit à faire des bruits gênant, ce qui lui rappela qu'il était temps d’aller manger. Il préféra se trouver une place sous un arbre, plutôt que de fréquenter le restau U hyper bondé de l’université de Nanterre.
Michaël était un jeune homme de 19 ans, très solitaire. Il arrivait de province et ne s'était pas encore fait beaucoup d'amis. En fait, il n'y tenait pas trop. Il vivait seul dans un vieil HLM et recevait régulièrement de l'argent de ses parents pour payer ses études de droit.
Cet instant de calme fut perturbé par l'arrivée de jeunes en scooter. On l’avait m’y en garde, car ils appartenaient à une bande de la citée voisine, extrêmement violente.
Sa première réaction avait été d'envisager la fuite, mais il ne voulait pas montrer qu’il avait peur. L'un des jeune beur s'arrêta juste devant lui et stoppa le bruit assourdissant que faisait sa machine trafiquée. Michaël fut surpris de voir un visage aussi angélique sous cette allure de voyou :
-"T’es nouveau, n'est-ce pas ?"Michaël fit un signe affirmatif de la tête. Ces trois compagnons étaient en train de tourner autour d'une fille un peu plus loin :
-"J’sais pas si t’es au courant, mais ce campus est réputé très dangereux et j’crois pas que t’as d'assurance vie?
- Une assurance vie?
- Contre 50 € par mois on peut assurer ta sécurité " Michaël éclata de rire. Combien de fois avait-il eu affaire à ce genre de rackette ? Déjà au lycée des petits merdeux avaient tenté leur coup. L'inconnu parut surpris de sa réaction et ressenti une certaine admiration pour son courage voir son inconscience :
-"OK mec, je t'aurai prévenu.
- Toi et tes potes vous ne me faites pas peur ! Vous n’êtes qu’une bande de petits ringards qui joue les terreurs !!" Le jeune homme remit son scooter en marche et parti avec ses compagnons en ne laissant derrière lui qu'un amas de poussières.
Michaël se sentit soulagé, car malgré tout ce qu'il avait pu dire, il était mort de trouille. Il connaissait trop bien ce genre de bande pour s'en méfier.
Le temps repris son cours et Michaël oublia cet incident sans pour autant effacer de sa mémoire le visage angélique de l'inconnu.
La nuit tomba rapidement sur la fac pourtant Michaël n’était pas vraiment pressé de rentrer dans son petit studio trop exigu.
A peine venait-il de faire quelques mètre en direction du R.E.R qu’un groupe de jeunes capuches sur la tête, arriva rapidement à sa hauteur. Il aurait aimé pouvoir s'enfuir cette fois, mais il était acculé au bout du quai et pas de train en vue. Des bruits de chaînes teintèrent à ses oreilles et un frisson de terreur lui parcouru le corps. Il regrettait à présent d'avoir refusé l'assurance vie. Maintenant il était sur le point de se faire salement amocher.
A son grand étonnement, le jeune homme qu’il l’avait abordé sur le campus, s’adressa à ses copains. Il sentit son coeur tressaillir et la sueur perler sur son front :
-"Foutez-lui la paix, je m’en occupe" Sur ces quelques mots, toute la bande repartit. Après la peur un sentiment d'incompréhension fit place en lui :
-"Pourquoi as-tu fait ça pour moi ?" Le jeune homme s'approcha un peu plus de Michaël :
-"Moi c'est Samir et toi ?
- Michaël, mais ça ne répond pas à ma question.
- J'ai été impressionné par ton aplomb l'autre jour alors j'ai décidé de te donner un coup de main.
- Et c'est tout!" Samir ne savait même pas ce qui l'avait poussé à agir de la sorte envers quelqu'un qui était un parfait étranger. Si sa bande découvrait qu'il leur avait menti, il ne donnait pas cher de sa peau :
-"Ecoutes Michaël, ne cherches pas à comprendre et estimes toi heureux de ne pas avoir de bobos." Après un instant de réflexion, il regarda bien Samir dans les yeux :
-"Pourquoi restes-tu avec eux ? Tu n'es pas de leur espèce.
- Qu'est-ce que t’en sais ?
- Tu ne m'aurais pas sauvé ainsi si tu étais comme eux." Samir n'avait pas envie de discuter plus longtemps et repartit en courant aussi loin que possible de ce garçon qui l'attirait tant.
Il se passa une bonne semaine avant que Michaël n'entende de nouveau parler de la bande de la citée.
Il était descendu en bas de son immeuble pour vider les poubelles, lorsqu’il entendit des bruits de verres brisés, comme une bagarre. Il aperçut quatre jeunes cagoulés en train de s'acharner sur un autre jeune. Michaël fini par reconnaître le visage de Samir.
Il fut pris d'effroi, recula et trébucha sur une poubelle, ce qui fit un vacarme épouvantable. Les quatre jeunes surpris s'enfuirent en laissant derrière eux leur victime. Michaël se précipita à ses côtés, l'aida à se relever et l'emmena chez lui pour le soigner.
Samir avait été bien amoché, Il avait horriblement mal à la tête et avait l'impression d'être passé sous un bulldozer. Michaël alla lui chercher une aspirine et quelques pansements. Samir essaya
de se lever mais le sol se mit à tourner. Michaël l’obligea à rester assit et vint à ses côtés décidés à en savoir plus :
-"Alors tu veux que l'on en parle ?
- Non, j'aurai mieux fait de te laisser l'autre jour. Maintenant j’me suis mis ma famille à dos !!
- T’appels ça une famille ?! Après ce qu’ils t’ont fait ?
- Lâches-moi mecs, tu peux pas comprendre. Tout ça c’est ta faute, j’aurai du les laisser te crever !" Il se détourna vers la fenêtre, la discussion était close. Michaël le laissa partir. Mais il se promit de tout faire pour aider Samir à sortir de ce gang. Il y avait quelque chose dans ce garçon qui le troublait. Il avait du mal à cerner sa personnalité. Pourtant il était convaincu que sous cette armure se trouvait un jeune homme fragile et sensible.
Les jours suivant, Michaël chercha à en savoir plus sur la vie de Samir. D’où il venait et ce qui l’avait poussé à intégrer cette bande. Il n’avait rien d’un de ces zonares qui traînent à longueur de journée en bas des cages d’escaliers.
Il trouva à la fac un type qui le connaissait bien car ils avaient grandit dans la même citée. Il venait d’une famille d’immigrant du sud tunisien. Le père et la mère travaillaient comme des forcenés pour que leurs enfants aient une bonne éducation et s’en sorte dans ce pays. Il avait 4 sœurs et était le seul garçon. Il avait réussi à passer son bac et avait commencé sa première année ici même à la fac. Puis au bout de quelques mois il était parti en vrille pour une raison inconnue. Sa famille l’avait rejetée, il avait abandonné ses études et intégré cette bande de voyou.
Michaël sentait qu’un drame était sûrement venu et bouleversé sa vie, au point qu’il avait trouvé refuge dans cette pseudo famille.
Alors qu'il était plongé dans un profond sommeil, Michaël fut réveillé en sursaut par la sonnerie de l’interphone. Il jeta un coup d'oeil sur le réveil, il était 1 heure du matin. Encore à moitié endormie, il reconnut la voix pâteuse de Samir. Il avait du toucher à la drogue et ne semblait pas dans son état normal.
Michaël n'éprouvait pas de pitié pour cet ange déchu, mais plutôt de la compassion. Lui-même avait connu, il y a quelques temps, une crise existentielle, rejetant tout et tout le monde pour des raisons qu'il croyait à mille lieux des soucis de Samir.
Sans la moindre hésitation, il lui ouvrit sa porte. Il tenait à peine debout. Ses cheveux d’un brun foncé étaient tous ébouriffés et son teint pâle faisait ressortir la noirceur de ses yeux marron.
Il le traîna jusqu’à sa chambre et à peine allongée sur le lit, Samir s’écroula comme une masse. Michaël s’allongea à ses côtés. Il resta un long moment, simplement là, à le regarder. Alors qu’il commençait à s’assoupir, Samir commença à bouger dans tous les sens. Visiblement il faisait un cauchemar. Une larme se mit à couler le long de sa joue. Un nom s'échappa de ses lèvres "Médhi" suivi de "Michaël".
Ce dernier fut envahi par un sentiment de tendresse pour ce jeune homme à l'âme si tourmentée. Il approcha sa main de ce visage d’ange et lui caressa la joue, comme pour apaiser ses souffrances. Celui-ci sembla se calmer, il était paisible à présent. Michaël tombait de fatigue. Il s'allongea près de Samir et s'endormit à son tour.
Samir fut réveillé par les rayons du soleil qui filtraient à travers les rideaux. Il dut attendre une bonne dizaine de minutes avant de retrouver ses esprits. C'est alors qu'il remarqua le corps de Michaël à ses côtés. Il se pencha vers lui au moment ou celui-ci ouvrait les yeux. Il arbora un magnifique sourire, ce qui le troubla. Ce dernier se leva précipitamment, bien décidé à quitter ces lieux. Michaël essaya de le retenir :
-"Ecoutes, si tu me disais ce qui ne va pas ?
- Je n'ai pas besoin d’un bon samaritain !"Michaël se leva à son tour et lui agrippa le bras :
-"De quoi as-tu peur ? Qui essaies-tu de fuir ?!
- Fou moi la paix!" Il se dégagea violemment et une bagarre éclata entre les deux hommes. Michaël fut projeté par terre, Samir se précipita sur lui pour le plaquer au sol. A bout de souffle, Michaël cessa de résister.
Samir sentait le souffle chaud de Michaël sur son visage. Il ne pouvait détacher son regard du sien. Finalement il se releva, s'assit sur le canapé et se mit à pleurer comme un enfant blessé. Michaël aurait aimé trouver les mots pour le soulager mais rien ne sortait. Samir s'essuya les yeux et fini par se décider à tout raconter. Cela faisait trop longtemps qu'il gardait ça au fond de lui et sa finissait par le ronger de l'intérieur :
-"Il y a un an, j'ai fait la connaissance d'un garçon, Médhi. On partageait le même TP à la fac.. Il chercha dans les yeux de Michaël le courage de continuer :
-"On était vraiment très proche. J’ai fini par me rendre compte que j’éprouvais pour lui bien plus que de l’amitié. Dans ma culture c’est pire qu’un péché de ressentir de l’attirance pour quelqu’un du même sexe". Il ne lut aucun mépris sur le visage de l'homme qui lui faisait face et lui en était reconnaissant :
-"On a eu une aventure, mais même aussi prudent que nous étions, mon père a fini par l’apprendre. J’ai jeté la honte sur ma famille. J’avais déshonoré mon nom. La famille de Médhi a très mal réagit aussi, et il l’on ramené au pays pour le marier. Il n’a pas eu le courage de s’opposer aux traditions. Moi j’ai refusé un mariage arrangé, alors mon père m’a chassé. »Michaël comprenait mieux à présent le désarroi de son ami :
-"Depuis ce jour je me suis juré de plus jamais toucher à un autre homme. Alors je suis entrée dans cette bande, car ils représentaient tout ce que je n'étais pas. Je voulais... Je ne sais plus ce que je voulais." Leurs regards s'accrochèrent un long moment :
-"Maintenant il vaut mieux que je parte" Michaël aurait voulu lui crier de rester mais il savait que Samir devait résoudre seul son problème et accepter enfin ce qu'il était. Il était passé par-là, lui aussi.
Michaël ne revit pas Samir pendant près de trois semaines. Il avait souffert de son départ et de son silence. Bien plus qu'il ne l'imaginait. Il essaya de l'oublier, mais en vain. A plusieurs reprises il voulut le contacter mais c'était ravisé. Il avait trop peur de se sentir rejeté par celui dont il était tombé amoureux. Il finit par le croiser dans le mégaCGR du coin, un soir. Mais celui-ci l'ignora, ce qui le blessa. Visiblement Samir avait fait son choix.
Il se plongea dans son travail pour ne plus y penser. Mais il reçut des menaces de mort de la bande de la citée qui n'avait pas
apprécié qu'il débauche un des leurs.
En effet, Samir avait fini par quitter ses « amis » et avait trouvé un petit boulot dans une grande enseigne. Michaël avait peur pour sa sécurité. Aussi alla t’il trouver la police et pour porter plainte contre eux. Les flics étaient ravis, ils attendaient cela depuis longtemps. Michaël ne se rendait pas compte dans quoi il mettait les pieds.
Les grandes vacances approchaient ainsi que les examens de fin d'année. Michaël décida de s'offrir une soirée de repos sur Paris. Il se rendit dans une boîte gay branchée de la capitale. Malgré tous les sympathiques et charmants garçons qui se trémoussaient autour de lui, seul Samir occupait tout son esprit. Il décida de rentrer et d’aller le trouver afin de lui avouer ce qu’il ressentait pour lui.
Le lendemain, il se rendit à son travail. Visiblement gêné, Samir lui donna rendez-vous plu tard, dans la soirée, dans un parc un peu isolé.
Toute la journée, Michaël avait ressassé tout ce qu’il voulait lui dire. A quel point il le trouvait beau. Que la différence de culture lui importait peu et qu’ensemble ils pouvaient être plus fort face à l’intolérance du monde et de la religion.
Une fois face à lui plus aucun mot ne voulait sortir de sa bouche. Mais c’était sans importance car Samir l’enlaça et l’embrassa
fougueusement sur la bouche. C’était comme si plus rien, ni personne n’existait autour d’eux. Ils étaient tellement absorbés par leur passion naissante qu’ils ne s’étaient pas rendu compte qu’on
les observait. Des jets de cailloux stoppèrent net leur étreinte. Une dizaine de jeunes de la bande de la citée les avaient repérées. Ecoeuré par cette vision de deux hommes s’embrassant, les
insultes fusèrent ainsi que les menaces.
Les deux jeunes garçons s’enfuirent à grandes enjambées. Samir était venu en voiture. Ils réussirent à l’atteindre et à démarrer en trombe.
A peine venaient-ils de rouler sur quelques kilomètres que Samir repéra dans son rétroviseur les scooters du gang :
-"Il faut les semer, accroches toi, Michaël !
- Allons à la police !!
- Nous n'y arriverons jamais entier" Samir appuya sur le champignon mais la vieille guimbarde se traînait lamentablement.
Les motards ne tardèrent pas à les rattraper. Plusieurs jetèrent des canettes de bières vides sur les vitres de la voiture, qui explosèrent sous l'impact :
-"Ils vont nous tuer ces fumiers !!
- Non je vais nous tirer de là, je te le jure.
- J'aimerai pouvoir te croire. Tout est de ma faute. Pardonnes-moi." Samir essaya de garder son sang-froid.
Un des jeunes arriva à la hauteur de Samir. Il avait une énorme chaîne à la main et avec une violence effroyable il la projeta à travers la vitre. Samir s'écroula, le visage en sang, sur le volant. La voiture fit une embardée avant de tomber en contrebas d’un chenal.
Une fois leur mission accomplie, ils partirent en laissant les deux jeunes hommes inconscients dans leur voiture, qui avait fini sa course sur le toi.
Tout s'était passé si vite, des images défilaient à toute vitesse dans la tête de Samir. Il revoyait Michaël, et Médhi. Durant plusieurs mois il avait lutté contre les sentiments qu'il éprouvait envers Michaël. Pourtant à cet instant précis, alors qu’il s’était vu mourir, il compris qu’il se sentait prêt à lutter contre l’intolérance pour vivre un amour auquel il avait droit.
Il réussit avec difficulté à sortir de la voiture puis essaya de dégager Michaël. Ce dernier perdait beaucoup de sang. Il le traîna sur quelques mètres. Il était déboussolé par les événements.
Samir se précipita sur la route et arrêta un automobiliste qui appela les secours. Il retourna auprès de Michaël qui était de plus en plus mal. Il s'agenouilla à ses côtés et se mit à lui parler pour le garder conscient. Il avait l'estomac noué. Il prit la main de Michaël et la serra fortement. Des larmes mêlées au sang coulèrent sur son visage :
-" Michaël il faut que tu vives !J'ai refusé ton aide car je croyais pouvoir m'en sortir seul mais j'avais tort. J'ai besoin de toi Il y a tellement de choses que nous avons à partager et connaître ensemble... C'est trop bête !!Je... t'aime.." Samir savait que Michaël l'entendait pourtant il sentait que ce dernier s'éloignait de lui peu à peu.
Le bruit des sirènes retentir dans la nuit. Très vite des policiers et l’ambulance arrivèrent sur place.
Quelques minutes plus tard, Samir se retrouva dans la salle d'attente de l'hôpital et Michaël en salle d'opération.
Le cours du temps se figea. Chaque seconde durait des minutes et chaque minute des heures. Un médecin s'approcha de Samir. Son coeur battait si fort qu'il avait l'impression que sa poitrine allait exploser :
-"Docteur, comment va t'il ??!!"Le médecin retira ses lunettes et son air cérémonieux empli Samir d'effroi :
-"Je suis désolé pour votre ami, mais nous n'avons pas réussi à stopper l'hémorragie
interne" Le monde s'écroula sous ses pieds. Quelque chose en lui se brisa. Son esprit s'embrouilla puis tout devint clair.
Il sortit de cet endroit qui lui donnait la nausée. Il alla trouver un ami qui lui vendit une arme à feu.Aucune émotion ne pouvait se lire sur son visage. Pourtant au fond de lui, le plus grand des conflits étaient en train de se jouer.
Il connaissait toutes les planques de son ex-bande. Il hésitât un cours instant et pris sa décision. Maintenant sa détresse avait laissé la place à une haine sauvage.
Après avoir fait le tour de tous les endroits connus, il finit par les trouver dans une sorte de hangar abandonné.
Il ne s'était pas trompé. Les cinq jeunes qui les avaient agressés étaient affalés sur le plancher, complètement défoncés.
Samir entra sans faire de bruits et s'approcha du jeune homme qui était responsable de l'accident de voiture. Jérémie avait à peine 17 ans et déjà un casier judiciaire aussi gros qu'un annuaire. Samir l'obligea à se relever afin de le regarder droit dans les yeux. Il introduit le canon de l'arme dans sa bouche. Jérémie qui gémissait et le suppliait de ses grands yeux de le laisser vivre. Mais Samir ne voyait en lui que l'animal qui avait détruit toutes ses chances de connaître enfin le bonheur d'être aimé par une personne sincère.
De toute façon quel avenir s’offrait à lui en tant qu'homosexuel et musulman ? Il ne voulait plus souffrir. Il revit le visage de Médhi puis celui de Michaël, des larmes ruisselèrent sur ses joues. Il réalisa alors que le jeune homme en face de lui n’avait aucune conscience de ses propres actes. Ce dernier avait réagit comme on lui avait enseigné de faire face à l’homosexualité. C’est-à-dire avec toute la violence que peux engendrer l’ignorance.
Il relâcha son étreinte et parti sans se retourner.
Fin
L'imposant building de la maison de production "mégamix", s'élevait magistral sur les bords de l'Hudson. A l'intérieur de ce bâtiment de verre, se côtoyaient artistes en tout genre, personnel de production et super stars des hits parades.
Mark STANFORD était chargé des relations publiques depuis deux ans environs. C'était un bon élément, il savait garder ses distances avec le milieu artistique. Il se cantonnait à faire son job et espérait devenir prochainement assistant de direction.
Pourtant ces derniers temps, le jeune homme semblait préoccupé par des soucis d'ordre personnel. Il arrivait fréquemment au travail le visage tuméfié par des bleus. Son supérieur commençait à se poser des questions. Ses absences répétées et ses nombreuses ecchymoses, faisaient mauvais genre, pour quelqu'un chargé de gérer l'image d'une grande maison de disques. De plus, il appréciait réellement le travail de Mark, et envisageait de le prendre comme assistant personnel. FREEMAN savait pertinemment que Mark n'était pas du genre à chercher la bagarre, intrigué, il convoqua ce dernier dans son bureau pour éclaircir les choses.
Mark semblait extrêmement nerveux et visiblement il avait très peur :
-"Asseyez-vous, je vous en pris, dit FREEMAN en lui indiquant un siège, ça ne prendra qu'une minute.
- C'est que j'ai beaucoup de travail en retard" FREEMAN regarda longuement le jeune homme assit en face de lui. Il ne savait pas trop comment aborder un sujet aussi personnel :
-"Je ne voudrais pas être indiscret, mais je m'inquiète à votre sujet. D'où vienne toutes ces ecchymoses qui vous défigurent ?
- Je ne vois pas en quoi cela vous regarde ! Je suis simplement tombé dans ma salle de bain" Mark frottait nerveusement ses mains et son regard fuyait celui de son chef :
-"Je veux simplement vous aider. Alors pourquoi ne pas me dire simplement la vérité ?" FREEMAN opta pour un ton paternaliste mais il ne fit qu'augmenter la gêne de son interlocuteur :
-"C'est ce que je viens de vous dire. Je suis tombé ! Maintenant veuillez m'excuser mais cet entretien ne rime à rien." Mark prit congé.
FREEMAN avait acquit la certitude qu'il lui cachait volontairement quelque chose. Il ne pouvait pas se permettre de douter de ses proches collaborateurs. A la moindre erreur de sa part, les actionnaires se feraient un plaisir de le limoger.FREEMAN décrocha son téléphone et contacta le responsable du personnel. Il lui demanda d'effectuer une enquête approfondie sur la vie privée de Mark STANFORD.
L'enquête fut des plus rapides, il ne semblait y avoir aucun cadavre dans son placard. Mark était célibataire. Ses parents étaient morts depuis de nombreuses années. Il ne lui restait plus aucune famille. A l'école supérieure du commerce, il n'avait pas été le meilleur de sa promotion, mais avait toujours été bien noté.N'ayant obtenu aucun résultat de ce côté là, il se décida à contacter un ami médecin.
Celui-ci eut beaucoup de mal à cracher le morceau, il ne voulait pas déroger au sacro-saint secret professionnel. Mais il finit par lui apprendre qu'il avait été hospitalisé 4 fois ces trois derniers mois pour des fractures et des côtes cassées.FREEMAN avait maintenant la conviction que ces soi-disant chutes n'avaient rien d'accidentelles car beaucoup trop fréquentes.
En début de semaine, Mark ne se présenta pas à son bureau. Intrigué et perplexe FREEMAN essaya de le joindre à son domicile, sans succès. Il empoigna son pardessus et appela un taxi pour se rendre sur place. Il n'avait jamais été très lié au jeune STANFORD, mais un mauvais pressentiment, et de l'inquiétude le poussait à s'investir personnellement dans cette histoire.
L'endroit où il vivait était assez cossu. Le quartier semblait plutôt calme ce qui confirmait l'hypothèse que Mark ne devait pas être victime d'agressions de la part de voyous. Après avoir tambouriné cinq minutes à la porte, c'est un Mark en piteux état qui lui ouvrit. Il donnait l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur. Il avait le visage en sang. Après avoir protesté et certifié que ce n'était rien Mark se laissa conduire jusqu'au sofa.
L'appartement était immense et joliment décoré. FREEMAN ne l'aurait jamais imaginé dans un décor pareil. Il fit boire à ce dernier quelques gouttes d'alcool pour lui redonner de la couleur et voulu le conduire aux urgences :
-"Non, je ne veux pas voir de médecin ! Je vais bien." En disant ces mots il se tordit de douleurs :
-"Je ne peux pas vous laisser dans cet état... dites-moi plutôt qui vous a arrangé comme ça ?" A cet instant un homme d'une trentaine d'année, fit son apparition.
Il devait mesurer dans les 1,85m et semblait prendre soin de son corps. Au travers de son tee-shirt, on pouvait apercevoir ses muscles saillirent. FREEMAN sentit Mark se contracter :
-"Qui êtes-vous ? Qui vous a permis d'entrer ? ! Hurla l'inconnu :
-"Je suis le patron de Mark. Je m'inquiétais de ne pas le voir au bureau et je crois qu'il a besoin de soins." FREEMAN s'était levé, mais il avait l'air d'un nain face à l'inconnu :
-"Je vais très bien, je vous assure. Maintenant que mon ami est là tout va s'arranger." Il le supplia du regard. FREEMAN s'exécuta mais il n'en resterait pas là.
Le lendemain STANFORD revint prendre son poste. Rien dans son attitude ne laissait paraître la violence dont il avait été victime la veille. Il rencontra son patron :
-"J'aimerais que vous oublié ce qui s'est passé hier. Je vous jure que ça ne se reproduira plus à l'avenir" FREEMAN avait du mal à faire comme si de rien n'était. Il était hors de question qu'il passe l'éponge.Toute la nuit le visage de Mark en sang le hanta.
Cet événement, avait réveillé en lui un souvenir douloureux, qu'il croyait avoir enfoui au fond de lui. Il se souvenait de son propre visage tuméfié sous les coups de son propre père. Toutes les personnes de son entourage avaient fermé les yeux sur les exactions de ce tyran. Il revoyait sa mère, détournant la tête à chaque coup de ceinture. Il aurait espéré rencontrer quelqu'un qui lui tende la main et arrête son calvaire.Il avait lu dans le regard de Mark la même souffrance et la même peur que lui inspirait son père quand son ami était entré :
-"C'est cet homme qui vous frappe ? Pourquoi partagez un appartement avec quelqu'un qui visiblement vous veut du mal ?
- Vous ne pouvez pas comprendre. Il n'a pas toujours été comme ça.
- Je ne veux pas me mêler de votre vie privée mais je suis sûr d'une chose, ce type finira par vous briser ! Je connais l'adresse d'un centre pour les personnes dans votre cas. Vous pourrez y demander des conseils.
- Pourquoi vous inquiétez-vous pour moi? Je ne suis qu'un employé.
- J'aurai aimé que quelqu'un fasse la même chose pour moi il y a trente ans de cela. Ne repoussez pas la main que je vous tends. Prenez cette adresse" Mark fut bouleversé par les propos de FREEMAN. Jamais il n'aurait pu imaginer qu'un homme d'affaire aussi brillant que lui, a pu vivre l'enfer de la brutalité domestique. Il prit le numéro de l'association d'aide aux victimes de maltraitance. Il devait réfléchir.
Mark ignorait les raisons qui l'avaient poussé à accepter de se rendre à une des réunions. Il n'était pas comme ces gens là. Son cas était bien différent. Mais il sentait, au fond de lui, qu'il avait besoin de conseil. Il en avait assez de souffrir.
Le lieu de la réunion était annexé à un hôpital. On aurait dit une réunion d'alcoolique anonyme. Dans une petite pièce, sans personnalité, était rassemblé une dizaine de personne, en majorité des femmes. Ils formaient un cercle autour d'un psychologue qui organisait les débats.
Mark s'installa dans un coin, espérant se faire oublier. Il n'avait qu'une hâte, sortir d'ici. Une femme pris la parole. Elle était défigurée par des bleus et avait un bras dans le plâtre. D'une voix monotone, elle raconta son histoire.Son mari au chômage depuis un an, avait commencé à boire puis à la battre lorsqu'il était ivre. Il ne supportait que sa femme ait un job et pas lui. Elle avait subi toutes les humiliations possibles sans rien dire en espérant que les choses iraient en s'arrangeant. Mais à présent elle n'en pouvait plus. Elle venait de perdre son emploi à cause de ses hospitalisations répétées et son époux s'en prenait maintenant à ses enfants.
Mark était bien triste pour elle, mais il ne se sentait toujours pas concerné. Après tout ce qu'elle venait de dire, elle se tourna vers le groupe et d'une voix plaintive dit qu'elle ne pouvait se résoudre à le quitter. Qu'il avait besoin d'elle et que tout cela ne serait jamais arrivé si elle avait su s'occuper de lui ! Une vague de protestation s'éleva dans la salle.
Une autre femme prit la parole. Elle semblait plus sur d'elle. Elle aussi avait vécu la même histoire que toutes ces femmes. Mais un jour elle avait réalisé que le fait de se laisser battre n'aidait en rien son mari, bien au contraire. Elle s'était d'abord enfuie de chez elle pour se protéger puis elle avait trouvée la force de le convaincre d'aller consulter un spécialiste. A présent, ils essayaient de retrouver un second souffle dans leur mariage.
Une autre femme se leva, elle parla du jour où son ami, avec qui elle vivait depuis trois ans, avait braqué une arme sur sa tempe menaçant de la tuer. Ce jour là, elle avait compris que se n'était pas elle qui avait un problème mais lui.
Un long silence envahit la pièce. Mark faisait toujours semblant de ne pas se sentir concerné par les témoignages éloquents de toutes ces femmes qui avaient vécu un véritable enfer. Le psychologue le remarqua dans son coin et lui demanda de bien vouloir prendre la parole. Mark devint écarlate. Il se leva péniblement et bafouilla quelques mots d'excuses, déclarant que son histoire, n'avait rien à voir avec la réunion. Toutes les personnes dans la salle l'encouragèrent du regard ou par des mots de sympathies. Il finit par se lancer, après tout il n'avait rien à perdre :
-"Je vis avec un homme depuis deux ans. Il s'appelle Jack. Avant nous étions très liés l'un à l'autre. Il était gentil et généreux. Mais depuis quelques mois, il est devenu différent. Sa vie a basculé lorsqu'il a appris qu'il était séro-positif." Il s'arrêta un instant et regarda autour de lui. Il ne vit alors que tendresse et compassion. Il n'avait plus peur de parler au contraire. Il ne s'était pas rendu compte à qu'elle point il souffrait d'avoir tout gardé pour lui :
-"Les médecins lui ont assuré qu'il pouvait encore vivre normalement de nombreuses années grâces aux nouveaux traitements. Mais Jack ne l'a pas supporté. Il est persuadé que le virus est en train de le ronger de l'intérieur. Il est devenu amer et violent. Je crois qu'il m'en veut car il ne comprend pas pourquoi moi je ne suis pas infecté. Comment lui en vouloir ? Je sais qu'il souffre. Ces derniers temps il est devenu très violent, il m'a même envoyé à l'hôpital. Je sais qu'il regrette après coup, mais il a tellement peur de la mort qu'il a besoin d'un exutoire." Il se rassit et réalisa que ses jambes étaient en coton. Ses mains s’étaient mises à trembler.
Une fois la séance terminée, le psychothérapeute vint trouver Mark. Il le remercia pour son intervention et lui demanda de revenir à la prochaine réunion. Mark préféra décliner l'offre. Il ne voyait pas comment ce genre de lieu pouvait lui apporter une quelconque aide. L'homme lui donna l'adresse d'un confrère qui était spécialiste dans le soutien au personne atteinte du Sida. Mark lui promit de tout faire pour convaincre son ami d'assister à un rendez-vous.
Il dormit en paix cette nuit là et cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps.
Mais le lendemain, les choses s'envenimèrent. En effet, un des collègues de Mark, qui était ami avec le responsable du personnel qui avait enquêté sur sa vie privée. Lui avait parlé de son homosexualité et bientôt tout le service fut au courant de ses penchants sexuels. Les blagues allaient bon train ainsi que des allusions à peine dissimulées. Mark faisait semblant de rien entendre mais il avait les nerfs à fleur de peau.
Au bout d'une semaine de ce service spécial, Mark se devait de réagir.Après le travail, il se rendit au bar que fréquentaient tous les jeunes yuppies de sa boîte. Mark s'approcha du type qui prenait un malin plaisir à l'humilier en envoyant des messages homophobes sur sa messagerie. L'homme était un peu éméché, il venait de fêter avec plusieurs cadres supérieurs un contrat juteux. En apercevant Mark il se dit qu'ils allaient bien s'amuser ce soir :
-"Tiens mais regardé qui voilà ? Je ne savais pas qu'on laissait entrer les gonzesses dans ce bar" Les autres types se mirent à rires et la colère qui bouillait en Mark était prête à exploser :
-"Ecoutes BRILTON, je crois que nous avons à nous expliquer toi et moi. Et la seule méthode qui me vient à l'esprit, la voici" Il lui envoya un directe du droit dans la mâchoire. Le barman hurla aux deux hommes de sortir, mais il était trop tard.
La bagarre dura à peine quelques minutes, une table fut brisée ainsi que quelques verres. Au bout du compte Mark et BRILTON s'écroulèrent tous les deux K.O. Mark se releva difficilement. Il avait mal partout, mais la douleur, ça le connaissait. Il contempla son oeuvre avec écoeurement. Jack avait fini par déteindre sur lui. A cette idée, il fut pris de nausées. Il se confondit en excuses et rentra chez lui en se promettant de tout faire pour ne pas se laisser ronger par la violence et la haine.
chap 2
Suite à ses rapports conflictuels avec ses collègues de travail, Mark accepta d'être muté dans une des filiales de la boite. Il avait raté sa promotion, et FREEMAN ne pus que le laisser partir.
Une période d'accalmie s'installa dans sa vie. Son nouveau poste bien que moins intéressant lui convenait et Jack avait cessé d'avoir un comportement agressif avec lui. Parfois, il lui arrivait même d'être sentimentale et tendre.
Un soir en rentrant du travail, Mark trouva la table dressée avec des bougies et du bon vin. Mark osait à peine croire en ce revirement de situation. N'y tenant plus il l'interrogea sur ses motivations :
-"Jack, qu'est-ce qui te prend. On fête quelque chose de spécial ce soir?
- Oui, en effet. Je suis allé voir le médecin ce matin.
- Il t'a annoncé une bonne nouvelle ?" Jack se leva et tendit la main vers Mark. Ce dernier la saisit et ils se retrouvèrent face à face. Il y avait une lueur dans les yeux de Jack qui l'effraya. On aurait dit qu'il s'était drogué. Ils se mirent à valser dans le salon, sans la moindre musique. Jack fredonnait un vieil air. Mark se raidit, envahit par un sentiment de peur.
Jack approcha sa bouche de l'oreille de Mark et murmura ces quelques mots :
-"Mes T4 sont en chute libre" Puis il l'embrassa sur les lèvres. Mark eut un geste de recul et de dégoût :
- Non ne fais pas ça, je t'en pris !
- De quoi as-tu peur, mon chéri ?
- Laisses moi " Jack le serra encore plus fort. Il commença à lui déboutonner sa chemise.
Depuis l'annonce de sa séro-posivité, Jack et Mark n'avaient pratiquement plus eu de relations sexuelles. Jack assommé par l'alcool et les médicaments s'endormait comme une masse chaque soir au grand soulagement de son ami. Mais ce soir il n’avait pas l’air abattu, bien au contraire.
Il continua, malgré ses protestations à le déshabiller :
-"Maintenant toi et moi nous allons être à égalité.
- Tu es devenu complètement fou, arrêtes !!
- Pourquoi serai-je le seul à souffrir ici ? Je veux que tu connaisses aussi ce sentiment de crever à petit feu, jour après jour.
- J'ai toujours été présent pour toi. Je suis resté lorsqu'on a appris pour ta maladie, je ne t’ai pas quitté quand tu as commencé à passer ta colère sur moi. J’ai tout supporté par amour pour toi.
- Non, si tu es resté, c'est par pitié. Tu ne comprends pas que je te hais car tu représentes tout ce que je ne serais plus. Je ne supporte plus de te voir, toi et ta jeunesse flamboyante. Tu vas connaître la souffrance à ton tour. Tu te réveilleras chaque nuit en sueur en te demandant si tu verras un nouveau couché de soleil. Tu verras ton corps t’échapper peu à peu. Chaque regard dans la glace te donnera la nausée !" Mark essaya de se débattre mais Jack était bien plus fort que lui.
Il le plaqua au sol, lui assena plusieurs coups violents à la tête. Sans prendre la moindre précaution, il abusa de son ami avec violence et brutalité.
Jack pleurait comme un enfant à présent. Mark était prostré. Il était pétrifié par la colère et la douleur. Il alla dans sa chambre et en profita pour appeler la police. Il avait besoin d'aide car il était terrorisé par Jack :
-" Mon ami a perdu la raison, j'ai très peur qu'il veuille me faire du mal. Je vous en prie venez vite, il est capable de tout" Jack était sur le pas de la porte. Il s'approcha à grandes enjambées et lui arracha le combiné des mains :
-" Allez, suis-moi !- Où veux-tu m'emmener ?
- Pas très loin, mon ange. Tout ira beaucoup mieux après et plus jamais on ne souffrira. Non plus jamais." Voyant que Mark refusait de le suivre, il le saisit par le bras et le menaça d'une arme à feu. Il le traîna jusqu'au toit de l'immeuble.
Il faisait déjà nuit et la lune rousse éclairait le lieu du drame d'une façon morbide.Comme il le craignait, Jack avait des idées suicidaires et voulait l'entraîner dans sa chute.
Mark essaya de jouer les psychologues et de lui faire entendre raison. Mais comment pouvait-il redonner l'envie de vivre à un homme qui se sait condamner dans un avenir plus au moins proche :
-"Réfléchis un peu à ce que tu vas faire. Pourquoi t'apitoyer sur ton sort ? Pourquoi ne pas tirer partie de la situation ? Il y a tellement de choses que tu rêvais de faire, c'est peut être le moment. Je serais toujours là pour toi.
- Tu dis ça pour sauver ta peau ! Mais toi aussi tu vas crever comme un chien, tout comme moi. Les gens te dévisageront dans la rue. Au boulot quand ils découvriront que tu as le sida, tes amis te fuiront et t'évinceront
- Non c'est faux. Il y a beaucoup de gens qui veulent t'aider. Parle-le-leur ! Ecoutes-les ! Il faut nous laisser vivre tous les deux, et il reste l'espoir...
- L'espoir de quoi ? Je veux juste mourir avant que la maladie ne me ronge de l'intérieur.
- Ils vont trouver de nouveaux traitements.
- Je serais crevé avant. Tu essais de gagner du temps pour que la police viennent te sauver.
- Oui et quand ils seront là ils vont t'abattre comme un malfrat. C'est ça que tu veux ?-
Allez viens. Nous allons faire le grand plongeons." Ils étaient maintenant à deux pas du rebord.
Vue du 10 ième étage tout paraissait si petit. Mark aperçut les sirènes de police et les pompiers. Peu à peu un groupe de badauds se positionna aux premières loges du spectacle. Un négociateur vint les rejoindre sur le toit avec une équipe de tireur d'élite. Il parla brièvement avec Mark qui lui expliqua la situation. Jack s'agrippait à lui et tenait son arme sur sa tempe. Les tireurs ne pouvaient rien tenter sans risquer d'atteindre le jeune homme.Jack était bien décidé à aller jusqu'au bout de sa folie. Il recula lentement, molestant mark qui essayait désespérément de résister.
Leurs deux corps basculèrent dans le vide. Un cri effroyable s'échappa de la bouche de Mark. Il ne voulait pas mourir.
A bout de bras il s'agrippa au rebord du toit. Ses doigts étaient en sang mais il tenait bon. Il regarda en bas et vit le corps de jack qui gisait sur le bitume.
Les policiers se précipitèrent pour le récupérer.Peut être était-ce mieux ainsi après tout. Jack ne souffrirait plus. Pourtant Mark refusait cette idée.
Le psychologue du groupe de soutien vint le voir à l'hôpital dès qu'il apprit la nouvelle. Il tenta de lui remonter le moral :
-" Tout est fini à présent. Vous n'aurez plus à avoir peur de votre ami. Vous êtes enfin libre. Pourquoi êtes-vous si inquiet ?
- Je me sens tellement coupable de ce qui est arrivé. Je n'ai pas su l’aider.
- C'est faux, vous avez fait tout ce qui était humainement possible. C'est lui qui a fait son choix. Maintenant tout est fini.
- Non ça ne fait que commencer. Je pense que Jack m'a sûrement contaminé hier soir. Je devrais avoir les résultats dans quelques semaines.
- Il faut garder espoir." Mark sourit à cette remarque. Tout le monde était désolé pour lui mais au fond d'eux ils avaient tous peurs face à ce fléau.
A présent, Mark allait devoir vivre avec la hantise d'avoir contracté le virus du Sida. Mais Il ne voulait pas finir comme son ami, détruis par la haine et la violence. Il était décidé à se battre jusqu'au bout. Il se sentait prêt à relever ce nouveau défit face à la maladie.